Je reviens du grand colloque d'Angers sur la deuxième vague et les 40 ans de celle-ci.
Des rencontres enrichissantes. Je reviens remontée à bloc !
dimanche 23 mai 2010
mercredi 19 mai 2010
Olympiques lyonnaises
Olympiques lyonnaises
GRAND ANGLE. Les féminines de l’OL disputent ce soir la finale de la Coupe d’Europe de football, qui se refuse tant aux garçons. Une fierté pour des filles aux antipodes des stars masculines.
Sur la pelouse, l’entraînement a commencé. Une fille jongle avec un ballon, une autre s’exerce au tir, avec une précision diabolique. Elles sont très à l’aise techniquement, affûtées physiquement. Mais ne se prennent pas pour des stars. L’entraîneur a besoin de déplacer un but pour un exercice ? Six des filles s’y collent, en peinant sous la charge. Elles sont joueuses de football professionnelles à l’Olympique lyonnais, pour la plupart internationales, et qualifiées pour la finale de la coupe d’Europe, ce soir à Madrid contre les Allemandes de Potsdam. Mais elles restent simples, disponibles. Ne sont pas encore assistées comme leurs collègues de l’équipe masculine. Avant la finale, leurs entraînements sont restés ouverts pendant que les hommes se barricadaient à l’abri des regards. Le foot féminin a gardé une fraîcheur que le foot pro masculin a perdu depuis longtemps.
C’est pourtant un vrai club professionnel. Un entraîneur, des adjoints, un toubib et de très bons résultats. L’Olympique lyonnais a absorbé voilà quatre ans la section féminine du FC Lyon, bon club amateur de la ville. L’entraîneur, Farid Benstiti, est un ancien footballeur professionnel de l’OL, qui a roulé sa bosse avant de devenir éducateur sportif. Il y a huit ans, un ami l’a mis en contact avec le FC Lyon, pour entraîner des filles. «Je suis venu voir, raconte-t-il, et j’ai trouvé ça bien. Il y avait une grosse qualité, un potentiel, je sentais que ça allait exploser.» Quatre ans plus tard, en récupérant le FC Lyon, l’OL a fait comme avec les hommes. Il a acheté les meilleures joueuses françaises, puis des internationales étrangères.
Face à des hommes, elles perdent rarement
L’entraîneur dispose désormais de 27 joueuses (22 aguerries et 5 jeunes prometteuses). «Elles ont beaucoup de qualités individuelles et beaucoup de caractère, ce qui n’est pas toujours très facile à gérer, dit-il. C’est comme chez les garçons : les meilleures ont le sentiment de pouvoir faire la différence seules, alors que c’est un sport collectif. Tous les entraîneurs de haut niveau ont le même problème : mettre l’individu et ses qualités au service du groupe. C’est valable chez les filles.»
Ces dernières années, il a recruté beaucoup de joueuses au talent brut, qu’il a fallu achever de former. Il en est fier. Il y a trois ans, il a ainsi fait venir des Antilles une jeune fille de 16 ans qui s’entraînait avec les garçons du pôle espoir installé là-bas. Un conseiller technique départemental lui avait fait un compte-rendu élogieux. Des tests athlétiques ont achevé de le convaincre. Trois ans plus tard, Wendie Renard (19 ans) devient l’une des meilleures défenseures européennes. Une fille très étonnante à voir jouer. Elle est grande (1,85 m), paraît frêle. Une longue tige aux jambes extrêmement fines, mais dotée d’une frappe de balle extrêmement puissante.
Techniquement, le foot féminin a énormément progressé. Les filles de l’OL, pour s’entraîner, jouent parfois contre des hommes et perdent rarement. Des anciens pros de l’OL s’y sont frottés, ils ont pris une raclée. Une équipe corpo masculine a également tenté sa chance récemment. Ses joueurs ont eu le tort de faire les coqs avant le match. Ils ont mangé leurs ergots, quittant les filles sur un 7-0…
Le jeu est assez différent du foot masculin. Si la technique est proche, il y a moins de contacts. «Il y a une vraie agressivité sportive, cela frictionne parfois, mais on voit moins de vilains gestes que chez les hommes», confirme Jean-Jacques Amprino, le toubib qui les suit. Avant les féminines, il s’est occupé pendant huit ans des garçons, les préparant pour la Ligue des champions. «Dans les grandes lignes, on met en place les mêmes programmes», dit-il. Une grosse préparation foncière d’avant-saison puis de l’entretien ensuite, pour la vivacité. De la musculation, des tests réguliers.
Une équipe très cosmopolite
Avec la professionnalisation, les filles découvrent l’hygiène de vie, l’attention à l’alimentation, au sommeil. «Elles sont très à l’écoute, très sérieuses, observe le docteur. Par rapport aux garçons, elles posent beaucoup de questions, elles veulent comprendre.» Il leur explique qu’à leur niveau, le moindre bobo peut avoir un sens. Elles doivent lui en parler systématiquement alors qu’elles ont tendance, comme chez les hommes, à cacher, de peur de ne pas être titulaires. Le doc fait aussi attention au poids, aux masses grasses, plus importantes que chez les hommes. Mais observe plus de constance dans l’effort. « Chez les filles, on s’accroche jusqu’au bout, dit-il. Qu’elles mènent 1-0 ou 4-0, il y a moins de relâchement, de baisses de niveau, même en fin de match. C’est sans doute une question de mental.»
Les Sud-Américaines, qui tiennent à l’OL le milieu de terrain, sont les plus accrocheuses. De vraies plaies pour leurs adversaires. L’équipe est devenue très cosmopolite avec des joueuses de France, de Norvège (notamment une attaquante exceptionnelle, Lotta Schelin, actuellement blessée), de Suède, de Suisse, du Brésil, du Costa-Rica. «Cela demande un temps d’adaptation et il faut arriver à se parler, raconte Laura Georges (25 ans), capitaine et pilier de la défense. Mais c’est un véritable atout dans le jeu : cela nous donne beaucoup d’hétérogénéité, des cultures différentes. C’est très riche.»
Laura s’est baladée un peu avant d’arriver à l’OL. Guadeloupéenne, elle a grandi à Versailles, a connu le PSG à 12 ans, puis le centre de formation national de Clairefontaine avant de partir à Boston, faire des études et jouer dans le championnat universitaire. Elle a passé là-bas un diplôme de communication. «Il faut absolument préparer la suite, dit-elle. C’est primordial, beaucoup plus que chez les hommes.»
Car le foot est très loin de la parité en matière salariale. Les filles de l’OL, qui font partie du gratin international, gagneraient entre 3 000 et 7 000 euros par mois. Soit au bas mot cinquante fois moins que les collègues masculins. «Il faut reconnaître qu’il n’y a pas la même dimension économique», nuance Laura Georges, qui aligne 87 sélections en équipe de France, mais dit : «J’arrive à bien en vivre sur le court terme mais il faut penser à ce qu’on fera après le foot.» Ce n’est pas évident. Poursuivre des études est une gageure quand on joue deux matchs par semaine, avec des entraînements quotidiens entre les rencontres.
Des Clio fournies par le club
Les différences sont fortes également entre les filles de l’OL et beaucoup d’autres équipes françaises. Seuls trois clubs (Lyon, le PSG et Montpellier) proposent des contrats professionnels. Juvisy, excellent club amateur, s’accroche et dispute même le titre de champion à l’OL. Mais les autres sont largués et les Lyonnaises gagnent souvent leurs matchs sur des scores fleuves. «Lorsqu’il y a eu le rapprochement avec l’OL, le club a un peu pillé les autres de leurs meilleures joueuses, explique Farid Benstiti. Mais ils se sont réorganisés, ils ont recruté les meilleurs jeunes et le championnat se resserre, le niveau s’élève. Ça nous sert. Ça nous prépare pour la coupe d’Europe.»
Après avoir échoué deux fois en demi-finale, l’entraîneur a revu tous les matchs et compris que son groupe ne défendait pas assez bien collectivement. Il a musclé son milieu de terrain, y plaçant cinq joueuses capables de se projeter très vite vers l’avant pour soutenir la buteuse. Il a aussi ressoudé son groupe, qui a connu dans la saison un vrai creux. Les filles qui ne jouaient pas assez ont eu un coup de blues qui menaçait d’entamer le moral du groupe. Après une défaite à Juvisy, toutes se sont réunies pour crever l’abcès. La solidarité semble revenue.
Les joueuses se voient à l’extérieur, regardent ensemble les matchs des garçons. Laura Georges confirme que le foot féminin conserve plus d’humilité. « Mais nous n’avons pas tout à fait la même logistique, ajoute-t-elle. S’il y avait beaucoup d’argent, est-ce que cela changerait ?»
Pour la finale, le président du club Jean-Michel Aulas a mis un avion à leur disposition, avec le droit d’inviter chacune trois personnes. Elles sont fières, excitées de disputer ce match. Mais continuent en attendant à mener une vie normale. A la fin de cet entraînement, certaines s’entassent à plusieurs dans les Clio fournies par le club pour aller se faire un resto, dans le quartier. Après avoir remis le but en place.
Par Olivier Bertrand Photo Sébastien Erome .
GRAND ANGLE. Les féminines de l’OL disputent ce soir la finale de la Coupe d’Europe de football, qui se refuse tant aux garçons. Une fierté pour des filles aux antipodes des stars masculines.
Sur la pelouse, l’entraînement a commencé. Une fille jongle avec un ballon, une autre s’exerce au tir, avec une précision diabolique. Elles sont très à l’aise techniquement, affûtées physiquement. Mais ne se prennent pas pour des stars. L’entraîneur a besoin de déplacer un but pour un exercice ? Six des filles s’y collent, en peinant sous la charge. Elles sont joueuses de football professionnelles à l’Olympique lyonnais, pour la plupart internationales, et qualifiées pour la finale de la coupe d’Europe, ce soir à Madrid contre les Allemandes de Potsdam. Mais elles restent simples, disponibles. Ne sont pas encore assistées comme leurs collègues de l’équipe masculine. Avant la finale, leurs entraînements sont restés ouverts pendant que les hommes se barricadaient à l’abri des regards. Le foot féminin a gardé une fraîcheur que le foot pro masculin a perdu depuis longtemps.
C’est pourtant un vrai club professionnel. Un entraîneur, des adjoints, un toubib et de très bons résultats. L’Olympique lyonnais a absorbé voilà quatre ans la section féminine du FC Lyon, bon club amateur de la ville. L’entraîneur, Farid Benstiti, est un ancien footballeur professionnel de l’OL, qui a roulé sa bosse avant de devenir éducateur sportif. Il y a huit ans, un ami l’a mis en contact avec le FC Lyon, pour entraîner des filles. «Je suis venu voir, raconte-t-il, et j’ai trouvé ça bien. Il y avait une grosse qualité, un potentiel, je sentais que ça allait exploser.» Quatre ans plus tard, en récupérant le FC Lyon, l’OL a fait comme avec les hommes. Il a acheté les meilleures joueuses françaises, puis des internationales étrangères.
Face à des hommes, elles perdent rarement
L’entraîneur dispose désormais de 27 joueuses (22 aguerries et 5 jeunes prometteuses). «Elles ont beaucoup de qualités individuelles et beaucoup de caractère, ce qui n’est pas toujours très facile à gérer, dit-il. C’est comme chez les garçons : les meilleures ont le sentiment de pouvoir faire la différence seules, alors que c’est un sport collectif. Tous les entraîneurs de haut niveau ont le même problème : mettre l’individu et ses qualités au service du groupe. C’est valable chez les filles.»
Ces dernières années, il a recruté beaucoup de joueuses au talent brut, qu’il a fallu achever de former. Il en est fier. Il y a trois ans, il a ainsi fait venir des Antilles une jeune fille de 16 ans qui s’entraînait avec les garçons du pôle espoir installé là-bas. Un conseiller technique départemental lui avait fait un compte-rendu élogieux. Des tests athlétiques ont achevé de le convaincre. Trois ans plus tard, Wendie Renard (19 ans) devient l’une des meilleures défenseures européennes. Une fille très étonnante à voir jouer. Elle est grande (1,85 m), paraît frêle. Une longue tige aux jambes extrêmement fines, mais dotée d’une frappe de balle extrêmement puissante.
Techniquement, le foot féminin a énormément progressé. Les filles de l’OL, pour s’entraîner, jouent parfois contre des hommes et perdent rarement. Des anciens pros de l’OL s’y sont frottés, ils ont pris une raclée. Une équipe corpo masculine a également tenté sa chance récemment. Ses joueurs ont eu le tort de faire les coqs avant le match. Ils ont mangé leurs ergots, quittant les filles sur un 7-0…
Le jeu est assez différent du foot masculin. Si la technique est proche, il y a moins de contacts. «Il y a une vraie agressivité sportive, cela frictionne parfois, mais on voit moins de vilains gestes que chez les hommes», confirme Jean-Jacques Amprino, le toubib qui les suit. Avant les féminines, il s’est occupé pendant huit ans des garçons, les préparant pour la Ligue des champions. «Dans les grandes lignes, on met en place les mêmes programmes», dit-il. Une grosse préparation foncière d’avant-saison puis de l’entretien ensuite, pour la vivacité. De la musculation, des tests réguliers.
Une équipe très cosmopolite
Avec la professionnalisation, les filles découvrent l’hygiène de vie, l’attention à l’alimentation, au sommeil. «Elles sont très à l’écoute, très sérieuses, observe le docteur. Par rapport aux garçons, elles posent beaucoup de questions, elles veulent comprendre.» Il leur explique qu’à leur niveau, le moindre bobo peut avoir un sens. Elles doivent lui en parler systématiquement alors qu’elles ont tendance, comme chez les hommes, à cacher, de peur de ne pas être titulaires. Le doc fait aussi attention au poids, aux masses grasses, plus importantes que chez les hommes. Mais observe plus de constance dans l’effort. « Chez les filles, on s’accroche jusqu’au bout, dit-il. Qu’elles mènent 1-0 ou 4-0, il y a moins de relâchement, de baisses de niveau, même en fin de match. C’est sans doute une question de mental.»
Les Sud-Américaines, qui tiennent à l’OL le milieu de terrain, sont les plus accrocheuses. De vraies plaies pour leurs adversaires. L’équipe est devenue très cosmopolite avec des joueuses de France, de Norvège (notamment une attaquante exceptionnelle, Lotta Schelin, actuellement blessée), de Suède, de Suisse, du Brésil, du Costa-Rica. «Cela demande un temps d’adaptation et il faut arriver à se parler, raconte Laura Georges (25 ans), capitaine et pilier de la défense. Mais c’est un véritable atout dans le jeu : cela nous donne beaucoup d’hétérogénéité, des cultures différentes. C’est très riche.»
Laura s’est baladée un peu avant d’arriver à l’OL. Guadeloupéenne, elle a grandi à Versailles, a connu le PSG à 12 ans, puis le centre de formation national de Clairefontaine avant de partir à Boston, faire des études et jouer dans le championnat universitaire. Elle a passé là-bas un diplôme de communication. «Il faut absolument préparer la suite, dit-elle. C’est primordial, beaucoup plus que chez les hommes.»
Car le foot est très loin de la parité en matière salariale. Les filles de l’OL, qui font partie du gratin international, gagneraient entre 3 000 et 7 000 euros par mois. Soit au bas mot cinquante fois moins que les collègues masculins. «Il faut reconnaître qu’il n’y a pas la même dimension économique», nuance Laura Georges, qui aligne 87 sélections en équipe de France, mais dit : «J’arrive à bien en vivre sur le court terme mais il faut penser à ce qu’on fera après le foot.» Ce n’est pas évident. Poursuivre des études est une gageure quand on joue deux matchs par semaine, avec des entraînements quotidiens entre les rencontres.
Des Clio fournies par le club
Les différences sont fortes également entre les filles de l’OL et beaucoup d’autres équipes françaises. Seuls trois clubs (Lyon, le PSG et Montpellier) proposent des contrats professionnels. Juvisy, excellent club amateur, s’accroche et dispute même le titre de champion à l’OL. Mais les autres sont largués et les Lyonnaises gagnent souvent leurs matchs sur des scores fleuves. «Lorsqu’il y a eu le rapprochement avec l’OL, le club a un peu pillé les autres de leurs meilleures joueuses, explique Farid Benstiti. Mais ils se sont réorganisés, ils ont recruté les meilleurs jeunes et le championnat se resserre, le niveau s’élève. Ça nous sert. Ça nous prépare pour la coupe d’Europe.»
Après avoir échoué deux fois en demi-finale, l’entraîneur a revu tous les matchs et compris que son groupe ne défendait pas assez bien collectivement. Il a musclé son milieu de terrain, y plaçant cinq joueuses capables de se projeter très vite vers l’avant pour soutenir la buteuse. Il a aussi ressoudé son groupe, qui a connu dans la saison un vrai creux. Les filles qui ne jouaient pas assez ont eu un coup de blues qui menaçait d’entamer le moral du groupe. Après une défaite à Juvisy, toutes se sont réunies pour crever l’abcès. La solidarité semble revenue.
Les joueuses se voient à l’extérieur, regardent ensemble les matchs des garçons. Laura Georges confirme que le foot féminin conserve plus d’humilité. « Mais nous n’avons pas tout à fait la même logistique, ajoute-t-elle. S’il y avait beaucoup d’argent, est-ce que cela changerait ?»
Pour la finale, le président du club Jean-Michel Aulas a mis un avion à leur disposition, avec le droit d’inviter chacune trois personnes. Elles sont fières, excitées de disputer ce match. Mais continuent en attendant à mener une vie normale. A la fin de cet entraînement, certaines s’entassent à plusieurs dans les Clio fournies par le club pour aller se faire un resto, dans le quartier. Après avoir remis le but en place.
Par Olivier Bertrand Photo Sébastien Erome .
Violences faites aux femmes: une grande cause qui avance à petite vitesse
Politiques 18/05/2010 à 18h57
Violences faites aux femmes: une grande cause qui avance à petite vitesse
Par LAURE EQUY
Egaré dans la navette parlementaire. La proposition de loi sur les violences faites aux femme, votée le 25 février à l’Assemblée nationale, attend toujours d’être examinée par les sénateurs. Un délai, certes, ordinaire pour le passage d’un texte d’une chambre à l’autre. Sauf que son sujet a été déclaré «grande cause nationale» de l’année 2010 et que la proposition de loi, objet d’un consensus droite-gauche, avait été adoptée à l’unanimité par les députés.
Le réseau associatif Osez le féminisime, plusieurs parlementaires et la secrétaire d’Etat, Nadine Morano, ont interpellé le Sénat et le ministre des Relations avec le Parlement, Henri de Raincourt, pour qu’il passe à la vitesse supérieure, le texte ne figurant toujours pas à l’ordre du jour. Leur crainte: qu'il ne soit pas étudié avant la fin de la session, ce qui repousserait son passage, au mieux, à la rentrée. La conférence des présidents du Sénat se réunit aujourd'hui, mercredi, pour compléter son ordre du jour jusqu’à la fin juin.
«Les faits démontrent qu’il y a urgence»
«Les faits nous démontrent qu’il y a urgence», a soulevé, la semaine dernière, Nadine Morano qui a téléphoné au président du Sénat, Gérard Larcher, et à Henri de Raincourt. La présidente du groupe communiste et P arti de gauche, Nicole Borvo Cohen-Seat, a formulé la même demande, pointant elle aussi «l’urgence».
C’est d’abord Osez le féminisme qui a interpellé le Sénat, rappelant au passage le gouvernement à ses engagements, une adoption avant l’été. «Au Sénat, les violences faites aux femmes passent à la trappe», a dénoncé mercredi dernier, dans un communiqué, le réseau, alerté par plusieurs parlementaires, dont la députée (PS) Danielle Bousquet. «Je veux bien entendre qu’il y a des difficultés techniques, mais il est question de vie et de mort: en France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint», plaide Caroline de Haas, animatrice d’Osez le féminisme, qui vient de lancer une campagne Internet pour relayer la demande directement auprès de Larcher.
«L’argument de l’encombrement ne tient pas»
La proposition de loi, présentée par Danièle Bousquet et l’UMP Guy Geoffroy, instaure deux mesures phares: la création d’une «ordonnance de protection» qui permettrait d’intervenir en amont d’un dépôt de plainte, et d’un délit de violence psychologique au sein du couple.
Pourquoi le texte n’a-t-il pas trouvé un créneau au Sénat? Du côté de la Haute Assemblée comme du ministre du Parlement, on invoque un agenda parlementaire chargé. «La proposition n’a pas été oubliée du tout, le vote à l’Assemblée est tout de même récent. Mais le calendrier est extrêmement serré et le gouvernement doit inscrire une série de textes lourds», justifie-t-on.
Mais pour un collaborateur d’une parlementaire qui suit de près l’évolution d’un texte, «l’argument de l’encombrement ne tient pas», le texte, consensuel, n’exigeant pas une durée très longue de débats: «Il a été examiné en une séance à l’Assemblée.»
«Préserver la nature transpartis du texte»
«Le gouvernement reporte la responsabilité sur les groupes. Il estime que c’est à eux de se saisir du texte car il est d’initiative parlementaire. Or, les groupes voudraient préserver sa nature transpartis», raconte-il encore. Inscrire ce texte dans la niche parlementaire d’un groupe reviendrait donc à le cantonner à une couleur politique.
Malgré cette étroite fenêtre de tir, les parlementaires engagés sur les questions de droits des femmes, se veulent optimistes sur la possibilité d’adopter la proposition de loi avant l’été. C’est le cas de la sénatrice PS, Michèle André, qui a écrit au président du Sénat et appelle à une «cohérence entre l’annonce de grande cause nationale» et les actes. La députée (UMP) Chantal Brunel: «C’est vrai qu’il y a des urgences, mais ce texte fait consensus et est très attendu. On ne peut pas ne pas le faire passer dans cette session.» «Il n’y a pas de raison de paniquer, le Sénat est mobilisé là-dessus», rassure, par contre, une autre sénatrice.
Violences faites aux femmes: une grande cause qui avance à petite vitesse
Par LAURE EQUY
Egaré dans la navette parlementaire. La proposition de loi sur les violences faites aux femme, votée le 25 février à l’Assemblée nationale, attend toujours d’être examinée par les sénateurs. Un délai, certes, ordinaire pour le passage d’un texte d’une chambre à l’autre. Sauf que son sujet a été déclaré «grande cause nationale» de l’année 2010 et que la proposition de loi, objet d’un consensus droite-gauche, avait été adoptée à l’unanimité par les députés.
Le réseau associatif Osez le féminisime, plusieurs parlementaires et la secrétaire d’Etat, Nadine Morano, ont interpellé le Sénat et le ministre des Relations avec le Parlement, Henri de Raincourt, pour qu’il passe à la vitesse supérieure, le texte ne figurant toujours pas à l’ordre du jour. Leur crainte: qu'il ne soit pas étudié avant la fin de la session, ce qui repousserait son passage, au mieux, à la rentrée. La conférence des présidents du Sénat se réunit aujourd'hui, mercredi, pour compléter son ordre du jour jusqu’à la fin juin.
«Les faits démontrent qu’il y a urgence»
«Les faits nous démontrent qu’il y a urgence», a soulevé, la semaine dernière, Nadine Morano qui a téléphoné au président du Sénat, Gérard Larcher, et à Henri de Raincourt. La présidente du groupe communiste et P arti de gauche, Nicole Borvo Cohen-Seat, a formulé la même demande, pointant elle aussi «l’urgence».
C’est d’abord Osez le féminisme qui a interpellé le Sénat, rappelant au passage le gouvernement à ses engagements, une adoption avant l’été. «Au Sénat, les violences faites aux femmes passent à la trappe», a dénoncé mercredi dernier, dans un communiqué, le réseau, alerté par plusieurs parlementaires, dont la députée (PS) Danielle Bousquet. «Je veux bien entendre qu’il y a des difficultés techniques, mais il est question de vie et de mort: en France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint», plaide Caroline de Haas, animatrice d’Osez le féminisme, qui vient de lancer une campagne Internet pour relayer la demande directement auprès de Larcher.
«L’argument de l’encombrement ne tient pas»
La proposition de loi, présentée par Danièle Bousquet et l’UMP Guy Geoffroy, instaure deux mesures phares: la création d’une «ordonnance de protection» qui permettrait d’intervenir en amont d’un dépôt de plainte, et d’un délit de violence psychologique au sein du couple.
Pourquoi le texte n’a-t-il pas trouvé un créneau au Sénat? Du côté de la Haute Assemblée comme du ministre du Parlement, on invoque un agenda parlementaire chargé. «La proposition n’a pas été oubliée du tout, le vote à l’Assemblée est tout de même récent. Mais le calendrier est extrêmement serré et le gouvernement doit inscrire une série de textes lourds», justifie-t-on.
Mais pour un collaborateur d’une parlementaire qui suit de près l’évolution d’un texte, «l’argument de l’encombrement ne tient pas», le texte, consensuel, n’exigeant pas une durée très longue de débats: «Il a été examiné en une séance à l’Assemblée.»
«Préserver la nature transpartis du texte»
«Le gouvernement reporte la responsabilité sur les groupes. Il estime que c’est à eux de se saisir du texte car il est d’initiative parlementaire. Or, les groupes voudraient préserver sa nature transpartis», raconte-il encore. Inscrire ce texte dans la niche parlementaire d’un groupe reviendrait donc à le cantonner à une couleur politique.
Malgré cette étroite fenêtre de tir, les parlementaires engagés sur les questions de droits des femmes, se veulent optimistes sur la possibilité d’adopter la proposition de loi avant l’été. C’est le cas de la sénatrice PS, Michèle André, qui a écrit au président du Sénat et appelle à une «cohérence entre l’annonce de grande cause nationale» et les actes. La députée (UMP) Chantal Brunel: «C’est vrai qu’il y a des urgences, mais ce texte fait consensus et est très attendu. On ne peut pas ne pas le faire passer dans cette session.» «Il n’y a pas de raison de paniquer, le Sénat est mobilisé là-dessus», rassure, par contre, une autre sénatrice.
Burqanular
Burqanular
Décalé . Sortie, demain, d’un recueil de dessins du Néerlandais Peter De Wit. Entre comique et absurdité du voile intégral au quotidien.
Quand deux ménagères se rencontrent, de quoi parlent-elles ? Celles imaginées par le dessinateur néerlandais Peter De Wit trimballent un cabas d’où émerge un poireau, du pain ou un carton de lait. Rien que de très ordinaire. Sauf qu’elles sont affublées d’une sorte de housse noire percée d’une mince fente pour les yeux. Une burqa ! Et toutes leurs conversations tournent autour de cet accessoire. Sur un mode comique parfois grinçant.
«Moyen Age». «Je veux mourir», dit une petite fille qui porte sa burqa pour la première fois. «Elle a vite pris le pli, tu ne trouves pas ?» dit sa mère à une amie. «Vivement le printemps, non ?» dit une autre à sa copine. «Je sais pas trop, faut que je demande à mon mari», lui répond cette dernière. «Encore une année de passée», dit une troisième. «M’en parle pas. J’ai l’impression que le Moyen Age ne finira jamais», rétorque son interlocutrice.
Soixante de ces dessins sont réunis dans un joli livre publié demain par les Presses de la cité (1). A l’origine, ils sont parus dans De Volkskrant, quotidien néerlandais de référence et de tendance sociale-démocrate. «J’ai toujours voulu dessiner des comics, raconte Peter De Wit, 52 ans. Mon rêve était de dessiner uncomic stripquotidien pour un journal, et ce rêve s’est réalisé en 1994, quand j’ai créé Sigmund dans De Vokskrant.» Sigmund, c’est un psychiatre chauve et borgne qui traite ses patients avec une bonne dose de cynisme. En 2005, quand les premières femmes portant la burqa apparaissent dans les rues, Peter De Wit les introduit dans ses dessins : «Les lecteurs ont très bien réagi. Ils ont immédiatement adoré les plaisanteries sur ces femmes invisibles et leurs commentaires 'optimistes' sur la société, les hommes et la religion. Du coup, j’en ai fait de plus en plus.» Il baptise ces dessins «burqa babes» «à cause de l’allitération. BB, ça sonne bien et, bien sûr, quand on voit une femme portant la burqa, on ne peut pas l’imaginer bébé, donc c’est plutôt drôle». En 2007, Peter De Wit a accumulé suffisamment de dessins pour en faire un album. Avec 20 000 exemplaires vendus, c’est un carton. Et les musulmans, qu’en disent-ils ? «Lors d’une convention, des jeunes femmes portant le foulard ont acheté mon livre parce qu’elles le trouvaient drôle», raconte le dessinateur.
Ogive. Les situations dans lesquelles Peter De Wit met ses héroïnes sont comiques mais cruelles tant elles illustrent l’absurdité du port du voile intégral dans la vie quotidienne. Toujours couvertes de leur housse noire en forme d’ogive, les «burqa babes» se donnent des conseils de toilette, participent au concours de Miss Burqa, attendent le client derrière une vitrine du quartier des prostituées à Amsterdam, échangent des conseils de lingerie, font du ski, vont chez le psy (Sigmund en l’occurrence), se font refaire les seins.
La burqa va-t-elle devenir une source d’inspiration pour d’autres dessinateurs ? En début d’année, la dessinatrice allemande Eva Schwingenheuer (2) avait publié un ouvrage raillant la burqa (Libération du 17 mars), un peu sur le même mode, à coups de dessins en noir et blanc.
(1) Presses de la Cité, en librairie demain, 9,90 euros. (2) Burka, Ed. Anabet, fév. 2010.
Décalé . Sortie, demain, d’un recueil de dessins du Néerlandais Peter De Wit. Entre comique et absurdité du voile intégral au quotidien.
Quand deux ménagères se rencontrent, de quoi parlent-elles ? Celles imaginées par le dessinateur néerlandais Peter De Wit trimballent un cabas d’où émerge un poireau, du pain ou un carton de lait. Rien que de très ordinaire. Sauf qu’elles sont affublées d’une sorte de housse noire percée d’une mince fente pour les yeux. Une burqa ! Et toutes leurs conversations tournent autour de cet accessoire. Sur un mode comique parfois grinçant.
«Moyen Age». «Je veux mourir», dit une petite fille qui porte sa burqa pour la première fois. «Elle a vite pris le pli, tu ne trouves pas ?» dit sa mère à une amie. «Vivement le printemps, non ?» dit une autre à sa copine. «Je sais pas trop, faut que je demande à mon mari», lui répond cette dernière. «Encore une année de passée», dit une troisième. «M’en parle pas. J’ai l’impression que le Moyen Age ne finira jamais», rétorque son interlocutrice.
Soixante de ces dessins sont réunis dans un joli livre publié demain par les Presses de la cité (1). A l’origine, ils sont parus dans De Volkskrant, quotidien néerlandais de référence et de tendance sociale-démocrate. «J’ai toujours voulu dessiner des comics, raconte Peter De Wit, 52 ans. Mon rêve était de dessiner uncomic stripquotidien pour un journal, et ce rêve s’est réalisé en 1994, quand j’ai créé Sigmund dans De Vokskrant.» Sigmund, c’est un psychiatre chauve et borgne qui traite ses patients avec une bonne dose de cynisme. En 2005, quand les premières femmes portant la burqa apparaissent dans les rues, Peter De Wit les introduit dans ses dessins : «Les lecteurs ont très bien réagi. Ils ont immédiatement adoré les plaisanteries sur ces femmes invisibles et leurs commentaires 'optimistes' sur la société, les hommes et la religion. Du coup, j’en ai fait de plus en plus.» Il baptise ces dessins «burqa babes» «à cause de l’allitération. BB, ça sonne bien et, bien sûr, quand on voit une femme portant la burqa, on ne peut pas l’imaginer bébé, donc c’est plutôt drôle». En 2007, Peter De Wit a accumulé suffisamment de dessins pour en faire un album. Avec 20 000 exemplaires vendus, c’est un carton. Et les musulmans, qu’en disent-ils ? «Lors d’une convention, des jeunes femmes portant le foulard ont acheté mon livre parce qu’elles le trouvaient drôle», raconte le dessinateur.
Ogive. Les situations dans lesquelles Peter De Wit met ses héroïnes sont comiques mais cruelles tant elles illustrent l’absurdité du port du voile intégral dans la vie quotidienne. Toujours couvertes de leur housse noire en forme d’ogive, les «burqa babes» se donnent des conseils de toilette, participent au concours de Miss Burqa, attendent le client derrière une vitrine du quartier des prostituées à Amsterdam, échangent des conseils de lingerie, font du ski, vont chez le psy (Sigmund en l’occurrence), se font refaire les seins.
La burqa va-t-elle devenir une source d’inspiration pour d’autres dessinateurs ? En début d’année, la dessinatrice allemande Eva Schwingenheuer (2) avait publié un ouvrage raillant la burqa (Libération du 17 mars), un peu sur le même mode, à coups de dessins en noir et blanc.
(1) Presses de la Cité, en librairie demain, 9,90 euros. (2) Burka, Ed. Anabet, fév. 2010.
mardi 18 mai 2010
Florentine Rey : « "Mon œil !" est effectivement une prise de parole politique, pour dire qu’on a encore le choix. »
Florentine Rey : « "Mon œil !" est effectivement une prise de parole politique, pour dire qu’on a encore le choix. »
18 mars 2010
Florentine Rey est une jeune auteure féministe ; "Mon oeil !" est sa première bande dessinée. Elle a reçu pour celle-ci le prix "Olympe de Gouges" qui récompense un projet qui rappelle et prolonge l’action d’Olympe de Gouges en faveur des droits des Femmes.
Vous êtes écrivaine, deux romans sont parus aux éditions Michalon : "Blandine-Marcel" 1 et 2, et "Mon oeil !" est votre première bande dessinée. La mise en scène de vos personnages, essentiellement basée sur des dialogues, fait d’ailleurs quelque peu penser à du théâtre ; vous auriez pu également décliner cette histoire, cette réflexion quasi philosophique sur la condition féminine, en un essai... Pourquoi le choix de la bande dessinée alors ?
Ça fait longtemps que cette question du féminin me travaille. Je l’ai déjà traitée de différentes façons. Pour mon diplôme des beaux-arts, j’avais réalisé un projet de trois vidéos qui s’intitulait : « Une question tellement ouverte qu’il n’y a pas de réponse ». Puis j’ai également travaillé en photo et fait des performances autour de cette question de qu’est-ce qu’être une femme, où est notre place dans une société principalement construite par les hommes pour les hommes et qu’en est-il de nos responsabilités.
Quand je me suis attaquée au projet « Mon œil ! », j’ai eu envie d’aller plus loin et d’interroger justement cette question de la responsabilité par rapport à la société dans laquelle nous vivons, débordée par la consommation, sachant que les femmes sont les premières visées. Le projet a d’abord pris la forme d’un essai, mais ce n’était pas satisfaisant, ça manquait d’humour et j’avais envie de m’adresser aussi à un public jeune, qui ne lit pas forcément des essais.
Au cours d’une fête du livre à Saint-Étienne, j’ai rencontré des auteurs de BD et romans graphiques de la maison d’éditions Jarjille qui m’ont donné très envie de revoir la forme de mon projet. Deux de ces auteurs, Alep et Deloupy m’ont d’ailleurs beaucoup soutenue et aidée à trouver mon propre système graphique.
Florentine Rey : « "Mon œil !" est effectivement une prise de parole politique, pour dire qu'on a encore le choix. »
(c) Florentine Rey / Des ronds dans l’O
Votre graphisme n’est pas habituel dans le monde de la BD commerciale, qu’est-ce qui vous a poussé à ce choix ? Aviez-vous des références ? Comment avez-vous procédé ?
Quand j’ai commencé à m’intéresser à la BD et au roman graphique, j’ai accroché tout de suite avec le travail de David B, celui d’Emmanuel Guibert, de Frédéric Bezian, d’IBN AL Rabin. Aux beaux-arts, je n’ai jamais dessiné, je réalisais des installations interactives avec de l’image, du son et des nouvelles technologies. Pour « Mon œil ! », mon intention n’était pas de faire de beaux dessins, ni une bande dessinée au sens classique du terme. Mon propos avait besoin d’être mis en espace et je me suis lancée dans la fabrication de ce système graphique qui m’est propre et qui sert ce que j’avais à dire.
Pour la réalisation, je suis passée par quatre versions du projet. J’ai mis huit mois. J’ai dessiné les décors à la main, ainsi que les échelles et les théâtres. Puis les personnages à la palette graphique et agencé le tout sous Illustrator que je ne connaissais pas. Il a donc fallu que j’apprenne à m’en servir.
"Mon oeil !" part d’un manuel de bonne conduite à l’usage des jeunes femmes qui daterait des années 60 ; certains prétendent qu’il s’agit d’un "hoax", un faux monté pour circuler sur Internet. Pouvez-vous nous en dire plus ?
L’agitation autour de cette histoire de « hoax » me semble un débat bien stérile ! Quelle importance puisque de toute façon, ce texte est conforme à une réalité que ne personne ne peut nier. C’est une enseignante d’un collège à côté de Toulon, qui m’a donné une photocopie extraite d’un ouvrage appelé « Louise et ses éducatrices ». Quelle que soit l’origine de ce document, il n’a constitué qu’un déclic pour mettre en scène la condition des femmes à l’heure actuelle, qui elle, n’a rien d’un canular ! Dans la suite de mon récit, je fais remonter des personnages du passé et là, c’est important de préciser quelques dates-clés comme celle du droit de vote, celle du droit à l’avortement, etc.
Vous dénoncez la société de consommation, qui est à relier selon vous à la mauvaise condition de vie des femmes dans nos sociétés - ce qui ne vous empêche pas de faire également un crochet sur les femmes afghanes par exemple. "Mon oeil !" est-il alors une prise de parole politique ?
Je vis en France, j’ai eu la chance de naître dans un milieu social favorisé qui m’a permis de faire des études, alors c’est pour moi une responsabilité et un devoir de prendre la parole et de dénoncer ce qui me semble injuste. A titre personnel, j’en ai eu marre d’être manipulée et désorientée par les dictats de la société de consommation qui nous contraint à être du toute-en-une : mère, épouse, amante, travailleuse… Le consumérisme abrutit nos cerveaux, ce n’est pas nouveau. Tout le monde le sait mais on continue d’accepter des contenus médiocres sous caution du discours « je suis trop petit, je ne peux rien faire pour changer le système ! ». Et bien si ! C’est avec de petites actions, de petits « non » qu’on peut changer les choses aujourd’hui, par exemple, en étant attentifs à ce que nous achetons et au fonctionnement de nos vies quotidiennes. Personnellement, si je fais mes courses dans un supermarché qui vend des produits appartenant au même groupe que celui qui édite le journal gratuit distribué le matin en sortant du métro, et que ce groupe possède la compagnie aérienne avec laquelle je vais partir en vacances… j’étouffe ! C’est Big Brother ! « Mon œil ! » est effectivement une prise de parole politique, pour dire qu’on a encore le choix et que ce n’est ni par la violence, ni en se laissant couler qu’on changera les choses. « Mon œil ! » n’est pas un cri de guerre, c’est un appel à la lucidité, à la cohérence, au bon sens…
Vous venez de recevoir pour ce livre le prix "Olympes de Gouges" [1]... Prix qui était à la base une bourse et qui récompense un projet qui rappelle et prolonge l’action d’Olympe de Gouges en faveur des Droits des Femmes. Pouvez vous nous en parler ? Avez-vous le sentiment d’être féministe ?
J’avais repéré la bourse Olympe de Gouges depuis deux ans. J’ai hésité à déposer mon projet mais finalement je l’ai fait. J’ai passé l’oral au mois de février et j’ai obtenu le prix. Olympe de Gouges est un très beau personnage ! Femme journalise, libre de sa parole et de ses pensées, elle a rédigé la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1789. [2] La ville de Montauban a décidé de changer l’intitulé bourse en prix mais les critères d’utilisation de la somme n’ont pas changé.
Le montant du prix Olympe de Gouges doit donc être dépensé pour aider à réaliser des actions en faveur des publics scolaires et adultes. J’ai tout un programme d’ateliers d’écriture et de rencontres prévu dans la région de Montauban pour la période 2009/2010. En mars 2010, seront organisées les journées Olympe de Gouges pendant lesquelles je montrerai le travail réalisé avec les participants aux ateliers.
Pour répondre à votre question : « Avez-vous le sentiment d’être féministe ? », mais tout le monde devrait être féministe ! Féministe, ça veut dire être d’accord pour que les hommes et les femmes soient égaux en droit et faire cesser la violence faite aux femmes ! Qui peut en 2010 ne pas être d’accord avec ça ! Alors oui, bien sûr, je suis féministe !
JPEG - 77.3 ko
(c) D.R
Samedi 27 février 2010, Florentine Rey reçoit des mains de Brigitte BAREGES, député-maire de Montauban, la bourse Olympe de Gouges, rebaptisée pour l’occasion "Prix Olympe de Gouges" !
Quels sont vos prochains projets ? Comptez-vous poursuivre dans la BD ?
J’ai pas mal de projets sous le coude et j’espère bien poursuivre dans la BD !
Lire la chronique de "Mon Oeil"
Commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC
[1] Voir le petit film réalisé à l’occasion sur le site de la ville de Mautauban, en cliquant ici.
[2] La dessinatrice Catel est en train de réaliser sa biographie en bande dessinée. NDLR.
(par François Boudet)
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Article précédent: Turk & Bob De Groot : "Léonard est né grâce à Achille Talon Magazine "
Article suivant: Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD) : « Je ne cherche pas à faire un ouvrage universitaire lu par trois personnes. »
18 mars 2010
Florentine Rey est une jeune auteure féministe ; "Mon oeil !" est sa première bande dessinée. Elle a reçu pour celle-ci le prix "Olympe de Gouges" qui récompense un projet qui rappelle et prolonge l’action d’Olympe de Gouges en faveur des droits des Femmes.
Vous êtes écrivaine, deux romans sont parus aux éditions Michalon : "Blandine-Marcel" 1 et 2, et "Mon oeil !" est votre première bande dessinée. La mise en scène de vos personnages, essentiellement basée sur des dialogues, fait d’ailleurs quelque peu penser à du théâtre ; vous auriez pu également décliner cette histoire, cette réflexion quasi philosophique sur la condition féminine, en un essai... Pourquoi le choix de la bande dessinée alors ?
Ça fait longtemps que cette question du féminin me travaille. Je l’ai déjà traitée de différentes façons. Pour mon diplôme des beaux-arts, j’avais réalisé un projet de trois vidéos qui s’intitulait : « Une question tellement ouverte qu’il n’y a pas de réponse ». Puis j’ai également travaillé en photo et fait des performances autour de cette question de qu’est-ce qu’être une femme, où est notre place dans une société principalement construite par les hommes pour les hommes et qu’en est-il de nos responsabilités.
Quand je me suis attaquée au projet « Mon œil ! », j’ai eu envie d’aller plus loin et d’interroger justement cette question de la responsabilité par rapport à la société dans laquelle nous vivons, débordée par la consommation, sachant que les femmes sont les premières visées. Le projet a d’abord pris la forme d’un essai, mais ce n’était pas satisfaisant, ça manquait d’humour et j’avais envie de m’adresser aussi à un public jeune, qui ne lit pas forcément des essais.
Au cours d’une fête du livre à Saint-Étienne, j’ai rencontré des auteurs de BD et romans graphiques de la maison d’éditions Jarjille qui m’ont donné très envie de revoir la forme de mon projet. Deux de ces auteurs, Alep et Deloupy m’ont d’ailleurs beaucoup soutenue et aidée à trouver mon propre système graphique.
Florentine Rey : « "Mon œil !" est effectivement une prise de parole politique, pour dire qu'on a encore le choix. »
(c) Florentine Rey / Des ronds dans l’O
Votre graphisme n’est pas habituel dans le monde de la BD commerciale, qu’est-ce qui vous a poussé à ce choix ? Aviez-vous des références ? Comment avez-vous procédé ?
Quand j’ai commencé à m’intéresser à la BD et au roman graphique, j’ai accroché tout de suite avec le travail de David B, celui d’Emmanuel Guibert, de Frédéric Bezian, d’IBN AL Rabin. Aux beaux-arts, je n’ai jamais dessiné, je réalisais des installations interactives avec de l’image, du son et des nouvelles technologies. Pour « Mon œil ! », mon intention n’était pas de faire de beaux dessins, ni une bande dessinée au sens classique du terme. Mon propos avait besoin d’être mis en espace et je me suis lancée dans la fabrication de ce système graphique qui m’est propre et qui sert ce que j’avais à dire.
Pour la réalisation, je suis passée par quatre versions du projet. J’ai mis huit mois. J’ai dessiné les décors à la main, ainsi que les échelles et les théâtres. Puis les personnages à la palette graphique et agencé le tout sous Illustrator que je ne connaissais pas. Il a donc fallu que j’apprenne à m’en servir.
"Mon oeil !" part d’un manuel de bonne conduite à l’usage des jeunes femmes qui daterait des années 60 ; certains prétendent qu’il s’agit d’un "hoax", un faux monté pour circuler sur Internet. Pouvez-vous nous en dire plus ?
L’agitation autour de cette histoire de « hoax » me semble un débat bien stérile ! Quelle importance puisque de toute façon, ce texte est conforme à une réalité que ne personne ne peut nier. C’est une enseignante d’un collège à côté de Toulon, qui m’a donné une photocopie extraite d’un ouvrage appelé « Louise et ses éducatrices ». Quelle que soit l’origine de ce document, il n’a constitué qu’un déclic pour mettre en scène la condition des femmes à l’heure actuelle, qui elle, n’a rien d’un canular ! Dans la suite de mon récit, je fais remonter des personnages du passé et là, c’est important de préciser quelques dates-clés comme celle du droit de vote, celle du droit à l’avortement, etc.
Vous dénoncez la société de consommation, qui est à relier selon vous à la mauvaise condition de vie des femmes dans nos sociétés - ce qui ne vous empêche pas de faire également un crochet sur les femmes afghanes par exemple. "Mon oeil !" est-il alors une prise de parole politique ?
Je vis en France, j’ai eu la chance de naître dans un milieu social favorisé qui m’a permis de faire des études, alors c’est pour moi une responsabilité et un devoir de prendre la parole et de dénoncer ce qui me semble injuste. A titre personnel, j’en ai eu marre d’être manipulée et désorientée par les dictats de la société de consommation qui nous contraint à être du toute-en-une : mère, épouse, amante, travailleuse… Le consumérisme abrutit nos cerveaux, ce n’est pas nouveau. Tout le monde le sait mais on continue d’accepter des contenus médiocres sous caution du discours « je suis trop petit, je ne peux rien faire pour changer le système ! ». Et bien si ! C’est avec de petites actions, de petits « non » qu’on peut changer les choses aujourd’hui, par exemple, en étant attentifs à ce que nous achetons et au fonctionnement de nos vies quotidiennes. Personnellement, si je fais mes courses dans un supermarché qui vend des produits appartenant au même groupe que celui qui édite le journal gratuit distribué le matin en sortant du métro, et que ce groupe possède la compagnie aérienne avec laquelle je vais partir en vacances… j’étouffe ! C’est Big Brother ! « Mon œil ! » est effectivement une prise de parole politique, pour dire qu’on a encore le choix et que ce n’est ni par la violence, ni en se laissant couler qu’on changera les choses. « Mon œil ! » n’est pas un cri de guerre, c’est un appel à la lucidité, à la cohérence, au bon sens…
Vous venez de recevoir pour ce livre le prix "Olympes de Gouges" [1]... Prix qui était à la base une bourse et qui récompense un projet qui rappelle et prolonge l’action d’Olympe de Gouges en faveur des Droits des Femmes. Pouvez vous nous en parler ? Avez-vous le sentiment d’être féministe ?
J’avais repéré la bourse Olympe de Gouges depuis deux ans. J’ai hésité à déposer mon projet mais finalement je l’ai fait. J’ai passé l’oral au mois de février et j’ai obtenu le prix. Olympe de Gouges est un très beau personnage ! Femme journalise, libre de sa parole et de ses pensées, elle a rédigé la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1789. [2] La ville de Montauban a décidé de changer l’intitulé bourse en prix mais les critères d’utilisation de la somme n’ont pas changé.
Le montant du prix Olympe de Gouges doit donc être dépensé pour aider à réaliser des actions en faveur des publics scolaires et adultes. J’ai tout un programme d’ateliers d’écriture et de rencontres prévu dans la région de Montauban pour la période 2009/2010. En mars 2010, seront organisées les journées Olympe de Gouges pendant lesquelles je montrerai le travail réalisé avec les participants aux ateliers.
Pour répondre à votre question : « Avez-vous le sentiment d’être féministe ? », mais tout le monde devrait être féministe ! Féministe, ça veut dire être d’accord pour que les hommes et les femmes soient égaux en droit et faire cesser la violence faite aux femmes ! Qui peut en 2010 ne pas être d’accord avec ça ! Alors oui, bien sûr, je suis féministe !
JPEG - 77.3 ko
(c) D.R
Samedi 27 février 2010, Florentine Rey reçoit des mains de Brigitte BAREGES, député-maire de Montauban, la bourse Olympe de Gouges, rebaptisée pour l’occasion "Prix Olympe de Gouges" !
Quels sont vos prochains projets ? Comptez-vous poursuivre dans la BD ?
J’ai pas mal de projets sous le coude et j’espère bien poursuivre dans la BD !
Lire la chronique de "Mon Oeil"
Commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC
[1] Voir le petit film réalisé à l’occasion sur le site de la ville de Mautauban, en cliquant ici.
[2] La dessinatrice Catel est en train de réaliser sa biographie en bande dessinée. NDLR.
(par François Boudet)
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Article précédent: Turk & Bob De Groot : "Léonard est né grâce à Achille Talon Magazine "
Article suivant: Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD) : « Je ne cherche pas à faire un ouvrage universitaire lu par trois personnes. »
dimanche 16 mai 2010
Guy Môquet en toutes lettres
Grand Angle 06/06/2007 à 08h11
Guy Môquet en toutes lettres
«Je vais mourir !» Emblème de la Résistance, la dernière lettre du jeune militant communiste fusillé en octobre 1941 a été érigée en modèle par Nicolas Sarkozy. Derrière ces mots poignants, se dessine le parcours déterminé d'un adolescent engagé dans le sillage paternel.
LAUNET Edouard
Saint-Lô (Manche) envoyé spécial
I. Un papier jauni
Voici la lettre. Anne-Marie la dépose sans mot dire sur la nappe de la table du séjour. C'est une feuille de papier jauni, avec un quadrillage rectangulaire. Elle est couverte de bas en haut d'une belle écriture scolaire, au crayon à papier. «Je vais mourir !» On ose à peine la toucher. Anne-Marie et son mari Alain Saffray l'ont abritée dans une pochette en plastique transparent. Dans cette maison de Saint-Lô (Manche), au bord d'une rue peu avenante, sur une nappe à gros carreaux rouge et orange, la lettre est posée. «Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose», écrit Guy Môquet avec pleins et déliés.
Alain et Anne-Marie ont retrouvé la lettre en rangeant les affaires de Prosper Môquet, le père de Guy et d'Anne-Marie. En 1960, Prosper avait adopté la fille de sa seconde épouse : c'est ainsi qu'Anne-Marie est devenue la soeur de Guy Môquet, sans l'avoir jamais connu. C'est à elle qu'est revenu de trier les affaires de Prosper, mort en 1986 à Bréhal, près de Granville. Mais ce n'est que récemment qu'elle et son mari Alain ont découvert cette feuille de papier, pliée en quatre dans le portefeuille de Juliette Môquet, première épouse de Prosper et mère de Guy. «Petite maman.»
On connaissait déjà un original de la lettre de Guy Môquet, celle-là écrite à l'encre, retrouvée également dans les affaires de Prosper et confiée au musée de la Résistance. Mais ce nouvel original serait plus original que le précédent qui est, semble-t-il, une simple recopie à l'encre. Les scientifiques veulent se donner un peu de temps avant de trancher. Dans le courant du mois, le musée prendra possession de ce nouveau document, pour l'exposer sans doute à l'automne dans son établissement de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
«Je vais mourir !» C'était le 22 octobre 1941, au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), près de Nantes. Guy Môquet est fusillé vers 16 heures. Ils sont vingt-sept à tomber, en trois vagues puisqu'il n'y a que neuf poteaux d'exécution. A 15 h 50 tombent Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud et sept autres. A 16 heures, Guy Môquet et huit compagnons. A 16 h 10, neuf encore. Guy Môquet a 17 ans et demi. «Ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous.»
Guy, né à Paris le 26 avril 1924, a l'accent du titi parisien. Sa cousine Denise Legendre, 81 ans, l'entend encore. Ils ont passé quelques mois d'août ensemble à Bréhal, où Guy venait en vacances chez ses grands-parents. Il parle à Denise de Paris, de son lycée Carnot dans le XVIIe, de la vie dans cette capitale où sa cousine n'a jamais mis les pieds. Il cause aussi de politique, beaucoup. «Pour son âge, il était très avancé, se souvient Denise Legendre. Il discutait politique comme un homme. Même quand il n'avait que 14 ans.» Sinon, cousin et cousine aiment aller à la marée vers Bréville-sur-mer, sur une charrette à cheval. «La dernière fois que je l'ai vu, c'était en août 40. Il était venu à bicyclette de Paris.» Août 1940 : Guy a 16 ans et plus guère de liberté devant lui. Il est arrêté le 13 octobre au métro Gare-de-l'Est par des policiers qui traquent les militants communistes. Il n'a que 16 ans mais déjà la rage : son père a été arrêté un an auparavant, en octobre 1939. «Papa est arrêté, je dois le remplacer», annonce-t-il à sa mère. Il commence à militer au sein des Jeunesses communistes. Guy suit le chemin de son père.
II. Le chemin du père
Le sillon de ce père commence à Bréhal, berceau familial. Fils de petits cultivateurs, Prosper Môquet débute sa vie active comme garçon de ferme. La Grande Guerre l'envoie sur le front en 1916. Il n'est démobilisé qu'en septembre 1919. L'ancien soldat ne retourne pas en Normandie mais découvre à Paris un nouveau métier : cheminot. En 1923, il adhère à la fédération CGTU des chemins de fer. Entre au PCF en 1926. Peu à peu, Prosper se révèle : il prend des responsabilités syndicales, devient délégué du personnel, délégué à la sécurité, puis membre de la commission administrative. Le père de Guy se hisse en 1935 jusqu'au poste de secrétaire adjoint de la fédération unitaire des cheminots, au moment de la fusion entre la CGTU et la CGT. Le garçon de ferme normand a fait du chemin.
L'année suivante, en mai 1936, Prosper Môquet se présente aux législatives à Paris, dans la 3e circonscription (le quartier des Epinettes). Il est élu, le voici embarqué dans l'aventure du Front populaire. Le fiston est fier, naturellement. Lui n'a que 12 ans, mais il est déjà un titi des Epinettes.
1939. Le 26 septembre, un mois après la signature du pacte germano-soviétique, le président du Conseil Edouard Daladier prend un décret qui dissout le Parti communiste. Quarante-deux députés du PCF (sur soixante-douze) reconstituent immédiatement un «Groupe ouvrier et paysan français», ce qui leur vaut d'être arrêtés début octobre. Prosper Môquet est des leurs. Il perd son mandat de député en janvier 1940, lorsque la Chambre des députés vote la déchéance des parlementaires communistes ayant refusé de condamner le pacte germano-soviétique. Le 5 février, avec les autres membres du Groupe ouvrier et paysan, Môquet père est renvoyé devant le 3etribunal militaire permanent de Paris. L'ordonnance de renvoi leur reproche en particulier «la rédaction et la diffusion d'une lettre en date du 1er octobre 1939, adressée à Monsieur le président de la Chambre des députés, et prônant la paix sous les auspices de l'Union soviétique» ainsi que d'avoir «participé à une activité ayant directement ou indirectement pour objet de propager les mots d'ordre émanant de la IIIe Internationale communiste».
Prosper est jugé à huis clos fin mars, et condamné début avril à cinq ans de prison. L'année suivante, en mars 1941, il est déporté au bagne de Maison-Carrée, en Algérie. Vingt-six autres députés communistes connaîtront le même sort ; ce groupe des vingt-sept est resté célèbre sous le nom de «Chemin de l'honneur», selon l'expression de Florimond Bonte.
III. Les alexandrins du fils
On ne sait ce que Guy, du haut de ses 15 ans, perçoit vraiment des errements du PCF en 1939, mais il est clair qu'à partir d'août de cette année-là, alors que la répression commence à s'abattre sur la presse communiste, s'afficher militant devient risqué. Pourtant, Guy rejoint les Jeunesses communistes à l'automne 1939. En novembre, pour réclamer la libération de son père, il adresse à Edouard Herriot, président de l'Assemblée nationale, un long poème en alexandrins. Extrait : «Je suis jeune Français, et j'aime ma patrie/J'ai un coeur de Français, qui demande et supplie/Qu'on lui rende son père, lui qui a combattu/Pour notre belle France avec tant de vertu.» (1)
A son père en prison, Guy envoie ces autres alexandrins : «Je veux mon cher Papa, te faire savoir ici/Le juvénile amour que j'ai eu jusqu'ici/En celui à présent qui est bien enfermé/En toi mon doux Papa que j'ai toujours aimé». Il ne suit plus guère les cours du lycée Carnot.
Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris. Guy continue de distribuer des tracts. On lit sur l'un d'eux : «Des magnats d'industrie (Schneider, de Wendel, Michelin, Mercie,...), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère.» En août, il est avec sa cousine à Bréhal. Le 13 octobre, il est arrêté. Les policiers veulent qu'ils livrent les noms des amis de son père, il est frappé. Direction, la prison de Fresnes. Comme son père, il est inculpé d'«infraction au décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes».
Le gamin de 16 ans et demi est acquitté par la 15e chambre correctionnelle de Paris, et doit être mis en liberté surveillée le 23 janvier 1941. Or il reste prisonnier. Le 10 février, Môquet est transféré à la Santé. Il s'impatiente, écrit au procureur : «Je me permets de protester énergiquement contre ces actes illégaux.» Il est transféré à Clairvaux. Puis au camp de Châteaubriant.
IV. La promesse d'Odette
Le 20 octobre 1941, le commandant des troupes d'occupation de Loire-Inférieure, Karl Hotz, est abattu à Nantes par trois jeunes communistes. Les Allemands veulent que cinquante otages soient fusillés. Le ministre de l'Intérieur du gouvernement Pétain, Pierre Pucheu, est chargé d'établir une liste. Vingt-sept des otages sont pris dans le camp de Châteaubriant. Presque tous des communistes. Parmi eux, Charles Michels, 38 ans, secrétaire général des cuirs et peaux CGT ; Jean-Pierre Timbaud, 37 ans, dirigeant de la métallurgie CGT ; Jean Grandel, 50 ans, secrétaire de la fédération postale CGT. Guy Môquet, 17 ans, fils de député communiste. C'est le plus jeune.
Guy va mourir. Il écrit cette fameuse dernière lettre à sa famille. Qui commence par : «Je vais mourir !» Et se termine par : «Je vous embrasse de tout mon coeur d'enfant.» Puis il rédige un ultime petit mot. «Ma petite Odette, je vais mourir avec mes 26 camarades, nous sommes courageux. Ce que je regrette, c'est de ne pas avoir eu ce que tu m'avais promis. Mille grosses caresses.» Au camp, Guy est tombé amoureux d'Odette Nilès, une militante communiste à laquelle il a pu parler au-dessus des barbelés qui, au camp, séparent filles et garçons. Et promesse il y a eu. Dans l'Humanité du 24 mai dernier, Odette a donné le fin mot : «Guy m'avait dit un jour : "Est-ce que tu serais d'accord pour me faire un patin ?" Et moi, qui ne savais pas du tout ce que c'était, j'avais répondu : "Si tu veux."»
Le 22 octobre 1941, à 16 heures, dans la carrière de la Sablière, Guy Môquet est mort.
(1) Cité dans Guy Môquet : une enfance fusillée, de Pierre-Louis Basse, Stock, 2000.
Guy Môquet en toutes lettres
«Je vais mourir !» Emblème de la Résistance, la dernière lettre du jeune militant communiste fusillé en octobre 1941 a été érigée en modèle par Nicolas Sarkozy. Derrière ces mots poignants, se dessine le parcours déterminé d'un adolescent engagé dans le sillage paternel.
LAUNET Edouard
Saint-Lô (Manche) envoyé spécial
I. Un papier jauni
Voici la lettre. Anne-Marie la dépose sans mot dire sur la nappe de la table du séjour. C'est une feuille de papier jauni, avec un quadrillage rectangulaire. Elle est couverte de bas en haut d'une belle écriture scolaire, au crayon à papier. «Je vais mourir !» On ose à peine la toucher. Anne-Marie et son mari Alain Saffray l'ont abritée dans une pochette en plastique transparent. Dans cette maison de Saint-Lô (Manche), au bord d'une rue peu avenante, sur une nappe à gros carreaux rouge et orange, la lettre est posée. «Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose», écrit Guy Môquet avec pleins et déliés.
Alain et Anne-Marie ont retrouvé la lettre en rangeant les affaires de Prosper Môquet, le père de Guy et d'Anne-Marie. En 1960, Prosper avait adopté la fille de sa seconde épouse : c'est ainsi qu'Anne-Marie est devenue la soeur de Guy Môquet, sans l'avoir jamais connu. C'est à elle qu'est revenu de trier les affaires de Prosper, mort en 1986 à Bréhal, près de Granville. Mais ce n'est que récemment qu'elle et son mari Alain ont découvert cette feuille de papier, pliée en quatre dans le portefeuille de Juliette Môquet, première épouse de Prosper et mère de Guy. «Petite maman.»
On connaissait déjà un original de la lettre de Guy Môquet, celle-là écrite à l'encre, retrouvée également dans les affaires de Prosper et confiée au musée de la Résistance. Mais ce nouvel original serait plus original que le précédent qui est, semble-t-il, une simple recopie à l'encre. Les scientifiques veulent se donner un peu de temps avant de trancher. Dans le courant du mois, le musée prendra possession de ce nouveau document, pour l'exposer sans doute à l'automne dans son établissement de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
«Je vais mourir !» C'était le 22 octobre 1941, au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), près de Nantes. Guy Môquet est fusillé vers 16 heures. Ils sont vingt-sept à tomber, en trois vagues puisqu'il n'y a que neuf poteaux d'exécution. A 15 h 50 tombent Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud et sept autres. A 16 heures, Guy Môquet et huit compagnons. A 16 h 10, neuf encore. Guy Môquet a 17 ans et demi. «Ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous.»
Guy, né à Paris le 26 avril 1924, a l'accent du titi parisien. Sa cousine Denise Legendre, 81 ans, l'entend encore. Ils ont passé quelques mois d'août ensemble à Bréhal, où Guy venait en vacances chez ses grands-parents. Il parle à Denise de Paris, de son lycée Carnot dans le XVIIe, de la vie dans cette capitale où sa cousine n'a jamais mis les pieds. Il cause aussi de politique, beaucoup. «Pour son âge, il était très avancé, se souvient Denise Legendre. Il discutait politique comme un homme. Même quand il n'avait que 14 ans.» Sinon, cousin et cousine aiment aller à la marée vers Bréville-sur-mer, sur une charrette à cheval. «La dernière fois que je l'ai vu, c'était en août 40. Il était venu à bicyclette de Paris.» Août 1940 : Guy a 16 ans et plus guère de liberté devant lui. Il est arrêté le 13 octobre au métro Gare-de-l'Est par des policiers qui traquent les militants communistes. Il n'a que 16 ans mais déjà la rage : son père a été arrêté un an auparavant, en octobre 1939. «Papa est arrêté, je dois le remplacer», annonce-t-il à sa mère. Il commence à militer au sein des Jeunesses communistes. Guy suit le chemin de son père.
II. Le chemin du père
Le sillon de ce père commence à Bréhal, berceau familial. Fils de petits cultivateurs, Prosper Môquet débute sa vie active comme garçon de ferme. La Grande Guerre l'envoie sur le front en 1916. Il n'est démobilisé qu'en septembre 1919. L'ancien soldat ne retourne pas en Normandie mais découvre à Paris un nouveau métier : cheminot. En 1923, il adhère à la fédération CGTU des chemins de fer. Entre au PCF en 1926. Peu à peu, Prosper se révèle : il prend des responsabilités syndicales, devient délégué du personnel, délégué à la sécurité, puis membre de la commission administrative. Le père de Guy se hisse en 1935 jusqu'au poste de secrétaire adjoint de la fédération unitaire des cheminots, au moment de la fusion entre la CGTU et la CGT. Le garçon de ferme normand a fait du chemin.
L'année suivante, en mai 1936, Prosper Môquet se présente aux législatives à Paris, dans la 3e circonscription (le quartier des Epinettes). Il est élu, le voici embarqué dans l'aventure du Front populaire. Le fiston est fier, naturellement. Lui n'a que 12 ans, mais il est déjà un titi des Epinettes.
1939. Le 26 septembre, un mois après la signature du pacte germano-soviétique, le président du Conseil Edouard Daladier prend un décret qui dissout le Parti communiste. Quarante-deux députés du PCF (sur soixante-douze) reconstituent immédiatement un «Groupe ouvrier et paysan français», ce qui leur vaut d'être arrêtés début octobre. Prosper Môquet est des leurs. Il perd son mandat de député en janvier 1940, lorsque la Chambre des députés vote la déchéance des parlementaires communistes ayant refusé de condamner le pacte germano-soviétique. Le 5 février, avec les autres membres du Groupe ouvrier et paysan, Môquet père est renvoyé devant le 3etribunal militaire permanent de Paris. L'ordonnance de renvoi leur reproche en particulier «la rédaction et la diffusion d'une lettre en date du 1er octobre 1939, adressée à Monsieur le président de la Chambre des députés, et prônant la paix sous les auspices de l'Union soviétique» ainsi que d'avoir «participé à une activité ayant directement ou indirectement pour objet de propager les mots d'ordre émanant de la IIIe Internationale communiste».
Prosper est jugé à huis clos fin mars, et condamné début avril à cinq ans de prison. L'année suivante, en mars 1941, il est déporté au bagne de Maison-Carrée, en Algérie. Vingt-six autres députés communistes connaîtront le même sort ; ce groupe des vingt-sept est resté célèbre sous le nom de «Chemin de l'honneur», selon l'expression de Florimond Bonte.
III. Les alexandrins du fils
On ne sait ce que Guy, du haut de ses 15 ans, perçoit vraiment des errements du PCF en 1939, mais il est clair qu'à partir d'août de cette année-là, alors que la répression commence à s'abattre sur la presse communiste, s'afficher militant devient risqué. Pourtant, Guy rejoint les Jeunesses communistes à l'automne 1939. En novembre, pour réclamer la libération de son père, il adresse à Edouard Herriot, président de l'Assemblée nationale, un long poème en alexandrins. Extrait : «Je suis jeune Français, et j'aime ma patrie/J'ai un coeur de Français, qui demande et supplie/Qu'on lui rende son père, lui qui a combattu/Pour notre belle France avec tant de vertu.» (1)
A son père en prison, Guy envoie ces autres alexandrins : «Je veux mon cher Papa, te faire savoir ici/Le juvénile amour que j'ai eu jusqu'ici/En celui à présent qui est bien enfermé/En toi mon doux Papa que j'ai toujours aimé». Il ne suit plus guère les cours du lycée Carnot.
Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris. Guy continue de distribuer des tracts. On lit sur l'un d'eux : «Des magnats d'industrie (Schneider, de Wendel, Michelin, Mercie,...), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère.» En août, il est avec sa cousine à Bréhal. Le 13 octobre, il est arrêté. Les policiers veulent qu'ils livrent les noms des amis de son père, il est frappé. Direction, la prison de Fresnes. Comme son père, il est inculpé d'«infraction au décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes».
Le gamin de 16 ans et demi est acquitté par la 15e chambre correctionnelle de Paris, et doit être mis en liberté surveillée le 23 janvier 1941. Or il reste prisonnier. Le 10 février, Môquet est transféré à la Santé. Il s'impatiente, écrit au procureur : «Je me permets de protester énergiquement contre ces actes illégaux.» Il est transféré à Clairvaux. Puis au camp de Châteaubriant.
IV. La promesse d'Odette
Le 20 octobre 1941, le commandant des troupes d'occupation de Loire-Inférieure, Karl Hotz, est abattu à Nantes par trois jeunes communistes. Les Allemands veulent que cinquante otages soient fusillés. Le ministre de l'Intérieur du gouvernement Pétain, Pierre Pucheu, est chargé d'établir une liste. Vingt-sept des otages sont pris dans le camp de Châteaubriant. Presque tous des communistes. Parmi eux, Charles Michels, 38 ans, secrétaire général des cuirs et peaux CGT ; Jean-Pierre Timbaud, 37 ans, dirigeant de la métallurgie CGT ; Jean Grandel, 50 ans, secrétaire de la fédération postale CGT. Guy Môquet, 17 ans, fils de député communiste. C'est le plus jeune.
Guy va mourir. Il écrit cette fameuse dernière lettre à sa famille. Qui commence par : «Je vais mourir !» Et se termine par : «Je vous embrasse de tout mon coeur d'enfant.» Puis il rédige un ultime petit mot. «Ma petite Odette, je vais mourir avec mes 26 camarades, nous sommes courageux. Ce que je regrette, c'est de ne pas avoir eu ce que tu m'avais promis. Mille grosses caresses.» Au camp, Guy est tombé amoureux d'Odette Nilès, une militante communiste à laquelle il a pu parler au-dessus des barbelés qui, au camp, séparent filles et garçons. Et promesse il y a eu. Dans l'Humanité du 24 mai dernier, Odette a donné le fin mot : «Guy m'avait dit un jour : "Est-ce que tu serais d'accord pour me faire un patin ?" Et moi, qui ne savais pas du tout ce que c'était, j'avais répondu : "Si tu veux."»
Le 22 octobre 1941, à 16 heures, dans la carrière de la Sablière, Guy Môquet est mort.
(1) Cité dans Guy Môquet : une enfance fusillée, de Pierre-Louis Basse, Stock, 2000.
Très résistante (portrait d'Odette Nilès)
Portrait 04/01/2008 à 01h50
Très résistante
Portrait
Par DIDIER ARNAUD
C'est une dame dont les amis ont donné leurs noms à des rues, des écoles et des gymnases du 9-3. Jean-Pierre Timbaud (elle dit «Tintin»), Daniel Casanova. Et Guy Môquet. Depuis qu'on a lu sa lettre (à lui), on a beaucoup parlé d'elle. La presse l'a transformée en anecdote. C'est la «fiancée» du fusillé. Au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), quelques semaines avant de mourir, en 1941, il lui a demandé «un patin». Elle ne savait même pas ce que c'était. Il la surnommait «Epinard», nom d'un cheval qui gagnait tout à l'époque, parce qu'elle était bonne à la course. Il lui a donné une bague taillée dans une pièce de monnaie. Sur les photos, elle est belle. Lui aussi.
Dans la vie d'aujourd'hui, elle n'a pas vieilli. Odette Nilès, 84 ans, est d'abord une petite voix un peu nasillarde qui répond au téléphone sans reprendre son souffle. Quand on l'appelle, elle vous lâche un «vous vous réveillez tard».Chemisier noir et blanc, cheveux gris et lunettes, elle ouvre la porte de son pavillon de Drancy. Cette maison, son mari et son beau-frère l'ont construite de leurs mains, sur ce terrain vague où elle pêchait les écrevisses quand elle était gamine. C'est devenu une impasse coquette, à un quart d'heure à pied du terminus du métro Bobigny. Elle y vit seule. Enfin presque, son petit-fils occupe l'autre aile. Tous les matins, elle conduit ses arrière-petits-enfants à l'école. Le petit-fils lui apporte le Parisien. Elle, c'est plutôt une dose quotidienne de l'Huma. Les communistes, elle ne les abandonnera jamais. «Il faut lutter, dit-elle. Quand on quitte, ça veut dire qu'on abandonne. Je désapprouve tous ceux qui abandonnent, même à l'heure actuelle.» Car Odette est communiste.
Le jour où le président fraîchement élu a déclaré sa flamme à Guy Môquet, les yeux embués, à Boulogne, au mur des fusillés de la Résistance, elle était devant sa télé. Pas conviée, Odette. Comme Jacqueline, la fille de «Tintin». Le carton est arrivé le lendemain. «C'était comme si on nous disait : vous êtes invitées, mais ne venez pas.» Le président de la République, elle l'a trouvé «gonflé».«La veille, des enfants étaient encore expulsés du territoire français.» En octobre, elle ne s'est pas rendue au lycée Carnot où on lisait la lettre. Beaucoup de gens savaient qu'Odette avait été internée pendant la guerre. Personne ne connaissait sa parenthèse amoureuse. Sauf son mari, Maurice, figure de la Résistance, maire de Drancy pendant trente-sept ans. C'est à Bordeaux, à la fin de la guerre, qu'Odette l'a rencontré. Responsable FTP (francs-tireurs et partisans) de la zone Sud, elle l'épousera peu après. Leur fils, ils l'ont appelé Claude-Guy.
Odette est une vraie fille de la banlieue rouge. Parents communistes, engagement chez les Jeunes Amis du secours rouge et à l'Union des jeunes filles de France. Ses modèles, elle les a collectionnés en effigies de timbres qu'on distribuait chaque mois aux gamins de l'époque. Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht. «Quand on est jeunes, on a besoin d'avoir des héros», dit Odette. Premières armes dans la résistance à 17 ans. Elle distribue des tracts, colle des affiches, participe aux manifestations antiallemandes, renseigne sur les usines occupées. «Il fallait réveiller la population, qui était amorphe et avait très peur», dit-elle. L'engagement est malaisé : les voisins se méfient, les policiers perquisitionnent souvent chez eux. A 18 ans, en allant à une manifestation à Richelieu-Drouot où elle a rendez-vous avec Daniel Casanova, elle se fait arrêter. «On n'avait pas trop l'expérience de la clandestinité. On a dû être dénoncés.»A la prison de la Roquette, elle découvre un monde. Elle avoue aussi sa naïveté. Son enfance est cette période où les filles sont très «tenues».«On sortait toujours avec la mère de l'une d'entre nous.» Elle découvre ce qu'est un «jules». Elle explique que les femmes devaient se laver habillées, et que les prisonnières politiques ont fait changer cela en montrant leurs seins.
De retour à la vie civile après trois ans de détention dans plusieurs camps, les Nilès se marient. Puis s'installent à Drancy. Il est nommé adjoint au maire ; elle, conseillère municipale. Odette rejoint la mairie d'Aubervilliers pour y être responsable des jeunes et des colonies de vacances. «La fin de la guerre, c'était pas une période joyeuse, dit Odette. Moi qui suis sensible, qui n'aime pas voir tuer un poulet.» Des collaborateurs sont arrêtés, fusillés. Dans l'ancienne mairie de Pierre Laval, «le climat était difficile», dit diplomatiquement Odette. Là, les gens se méfient d'elle. «Ça m'a été très pénible.» Elle qui avait l'habitude d'une «certaine camaraderie» se trouve projetée dans l'ambiance des coups bas. Elle fait une croix sur ses rêves de devenir professeure de gym.
Une collègue se souvient d'une belle et grande femme qui en impose. «Pas une responsable de service comme les autres, avec une dimension humaine.» On connaît son passé, son caractère bien trempé. Elle ne supporte pas de voir les animatrices boire du café devant les enfants sans rien leur proposer les jours de neige. Militer leur cause des ennuis. Pendant la guerre d'Algérie, les Nilès reçoivent des coups de fils de menace de l'OAS en pleine nuit. Il n'est pas souvent là. Elle le regrette sans trop le dire. Elle mène sa vie de son côté, indépendante. Elle va rarement à la mairie. Maurice la tance gentiment : «Mon mari m'a dit : "Tu viens, sinon les gars vont croire que je suis veuf !"» Même si, ensemble, ils forment un couple très uni. Jusqu'à sa mort, en 2001.
Elle voudrait oublier la guerre. Son association, l'Amicale de Châteaubriant, la ramène à cela. Une dame - l'ancien agent de liaison de Jacques Duclos - téléphone deux fois par semaine depuis sa maison de retraite où elle s'ennuie à mourir. Odette Nilès se rend dans les lycées et collèges pour raconter ce qu'elle nomme sa «petite histoire». Elle veut que cela serve à quelque chose, rappeler qu'on a «oublié les femmes qui ont fait beaucoup pendant la guerre». Mais elle n'en rajoute pas. «C'est quelqu'un qui nous relie», dit une ancienne collègue de travail. «On honore assez tardivement cette phase de l'histoire, mais on n'est pas des héros», dit Odette. Elle tient cette philosophie : «Ça vous montre que la vie n'est pas faite que de choses bien. On a toujours besoin de lutter pour arriver à quelque chose. C'est une leçon de vie.» Elle reste pudique sur le mal que lui fait la débandade du parti. Une de ses vieilles copines dit que les militants ont été «abusés», notamment sur le rôle de la Russie.
Quand Odette ne parle pas de ses histoires de la guerre, elle se promène en forêt, lit des policiers («Il faut que ce soit du rapide») et des Agatha Christie. Elle apprécie aussi les documentaires sur la vie des gens et elle tambouille pour ses petits-enfants, qui n'ont jamais le temps de cuisiner. Elle a une santé de fer. Dit qu'elle va moins bien depuis qu'elle a eu son accident vasculaire cérébral. «Je regardais les infos dans le fauteuil, je suis tombée dans le coma.» Elle aimerait faire venir le slameur Grand Corps malade au théâtre de Châteaubriant pour la prochaine commémoration de la fusillade.
photo Thierry Pasquet
Odette Nilès en 5 dates
1923. Naissance.
13 août 1941. Arrestation au métro Richelieu-Drouot.
1945. Création de l'Amicale de Châteaubriant.
1948. Embauche à la mairie d'Aubervilliers.
Octobre 2007. Lecture de la lettre de Guy Môquet.
A lire aussi
Précision
Dans le portrait d'Odette Nilès (Libération du 4 janvier), il fallait lire Danielle Casanova (et non Daniel), célèbre résistante communiste.
Très résistante
Portrait
Par DIDIER ARNAUD
C'est une dame dont les amis ont donné leurs noms à des rues, des écoles et des gymnases du 9-3. Jean-Pierre Timbaud (elle dit «Tintin»), Daniel Casanova. Et Guy Môquet. Depuis qu'on a lu sa lettre (à lui), on a beaucoup parlé d'elle. La presse l'a transformée en anecdote. C'est la «fiancée» du fusillé. Au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), quelques semaines avant de mourir, en 1941, il lui a demandé «un patin». Elle ne savait même pas ce que c'était. Il la surnommait «Epinard», nom d'un cheval qui gagnait tout à l'époque, parce qu'elle était bonne à la course. Il lui a donné une bague taillée dans une pièce de monnaie. Sur les photos, elle est belle. Lui aussi.
Dans la vie d'aujourd'hui, elle n'a pas vieilli. Odette Nilès, 84 ans, est d'abord une petite voix un peu nasillarde qui répond au téléphone sans reprendre son souffle. Quand on l'appelle, elle vous lâche un «vous vous réveillez tard».Chemisier noir et blanc, cheveux gris et lunettes, elle ouvre la porte de son pavillon de Drancy. Cette maison, son mari et son beau-frère l'ont construite de leurs mains, sur ce terrain vague où elle pêchait les écrevisses quand elle était gamine. C'est devenu une impasse coquette, à un quart d'heure à pied du terminus du métro Bobigny. Elle y vit seule. Enfin presque, son petit-fils occupe l'autre aile. Tous les matins, elle conduit ses arrière-petits-enfants à l'école. Le petit-fils lui apporte le Parisien. Elle, c'est plutôt une dose quotidienne de l'Huma. Les communistes, elle ne les abandonnera jamais. «Il faut lutter, dit-elle. Quand on quitte, ça veut dire qu'on abandonne. Je désapprouve tous ceux qui abandonnent, même à l'heure actuelle.» Car Odette est communiste.
Le jour où le président fraîchement élu a déclaré sa flamme à Guy Môquet, les yeux embués, à Boulogne, au mur des fusillés de la Résistance, elle était devant sa télé. Pas conviée, Odette. Comme Jacqueline, la fille de «Tintin». Le carton est arrivé le lendemain. «C'était comme si on nous disait : vous êtes invitées, mais ne venez pas.» Le président de la République, elle l'a trouvé «gonflé».«La veille, des enfants étaient encore expulsés du territoire français.» En octobre, elle ne s'est pas rendue au lycée Carnot où on lisait la lettre. Beaucoup de gens savaient qu'Odette avait été internée pendant la guerre. Personne ne connaissait sa parenthèse amoureuse. Sauf son mari, Maurice, figure de la Résistance, maire de Drancy pendant trente-sept ans. C'est à Bordeaux, à la fin de la guerre, qu'Odette l'a rencontré. Responsable FTP (francs-tireurs et partisans) de la zone Sud, elle l'épousera peu après. Leur fils, ils l'ont appelé Claude-Guy.
Odette est une vraie fille de la banlieue rouge. Parents communistes, engagement chez les Jeunes Amis du secours rouge et à l'Union des jeunes filles de France. Ses modèles, elle les a collectionnés en effigies de timbres qu'on distribuait chaque mois aux gamins de l'époque. Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht. «Quand on est jeunes, on a besoin d'avoir des héros», dit Odette. Premières armes dans la résistance à 17 ans. Elle distribue des tracts, colle des affiches, participe aux manifestations antiallemandes, renseigne sur les usines occupées. «Il fallait réveiller la population, qui était amorphe et avait très peur», dit-elle. L'engagement est malaisé : les voisins se méfient, les policiers perquisitionnent souvent chez eux. A 18 ans, en allant à une manifestation à Richelieu-Drouot où elle a rendez-vous avec Daniel Casanova, elle se fait arrêter. «On n'avait pas trop l'expérience de la clandestinité. On a dû être dénoncés.»A la prison de la Roquette, elle découvre un monde. Elle avoue aussi sa naïveté. Son enfance est cette période où les filles sont très «tenues».«On sortait toujours avec la mère de l'une d'entre nous.» Elle découvre ce qu'est un «jules». Elle explique que les femmes devaient se laver habillées, et que les prisonnières politiques ont fait changer cela en montrant leurs seins.
De retour à la vie civile après trois ans de détention dans plusieurs camps, les Nilès se marient. Puis s'installent à Drancy. Il est nommé adjoint au maire ; elle, conseillère municipale. Odette rejoint la mairie d'Aubervilliers pour y être responsable des jeunes et des colonies de vacances. «La fin de la guerre, c'était pas une période joyeuse, dit Odette. Moi qui suis sensible, qui n'aime pas voir tuer un poulet.» Des collaborateurs sont arrêtés, fusillés. Dans l'ancienne mairie de Pierre Laval, «le climat était difficile», dit diplomatiquement Odette. Là, les gens se méfient d'elle. «Ça m'a été très pénible.» Elle qui avait l'habitude d'une «certaine camaraderie» se trouve projetée dans l'ambiance des coups bas. Elle fait une croix sur ses rêves de devenir professeure de gym.
Une collègue se souvient d'une belle et grande femme qui en impose. «Pas une responsable de service comme les autres, avec une dimension humaine.» On connaît son passé, son caractère bien trempé. Elle ne supporte pas de voir les animatrices boire du café devant les enfants sans rien leur proposer les jours de neige. Militer leur cause des ennuis. Pendant la guerre d'Algérie, les Nilès reçoivent des coups de fils de menace de l'OAS en pleine nuit. Il n'est pas souvent là. Elle le regrette sans trop le dire. Elle mène sa vie de son côté, indépendante. Elle va rarement à la mairie. Maurice la tance gentiment : «Mon mari m'a dit : "Tu viens, sinon les gars vont croire que je suis veuf !"» Même si, ensemble, ils forment un couple très uni. Jusqu'à sa mort, en 2001.
Elle voudrait oublier la guerre. Son association, l'Amicale de Châteaubriant, la ramène à cela. Une dame - l'ancien agent de liaison de Jacques Duclos - téléphone deux fois par semaine depuis sa maison de retraite où elle s'ennuie à mourir. Odette Nilès se rend dans les lycées et collèges pour raconter ce qu'elle nomme sa «petite histoire». Elle veut que cela serve à quelque chose, rappeler qu'on a «oublié les femmes qui ont fait beaucoup pendant la guerre». Mais elle n'en rajoute pas. «C'est quelqu'un qui nous relie», dit une ancienne collègue de travail. «On honore assez tardivement cette phase de l'histoire, mais on n'est pas des héros», dit Odette. Elle tient cette philosophie : «Ça vous montre que la vie n'est pas faite que de choses bien. On a toujours besoin de lutter pour arriver à quelque chose. C'est une leçon de vie.» Elle reste pudique sur le mal que lui fait la débandade du parti. Une de ses vieilles copines dit que les militants ont été «abusés», notamment sur le rôle de la Russie.
Quand Odette ne parle pas de ses histoires de la guerre, elle se promène en forêt, lit des policiers («Il faut que ce soit du rapide») et des Agatha Christie. Elle apprécie aussi les documentaires sur la vie des gens et elle tambouille pour ses petits-enfants, qui n'ont jamais le temps de cuisiner. Elle a une santé de fer. Dit qu'elle va moins bien depuis qu'elle a eu son accident vasculaire cérébral. «Je regardais les infos dans le fauteuil, je suis tombée dans le coma.» Elle aimerait faire venir le slameur Grand Corps malade au théâtre de Châteaubriant pour la prochaine commémoration de la fusillade.
photo Thierry Pasquet
Odette Nilès en 5 dates
1923. Naissance.
13 août 1941. Arrestation au métro Richelieu-Drouot.
1945. Création de l'Amicale de Châteaubriant.
1948. Embauche à la mairie d'Aubervilliers.
Octobre 2007. Lecture de la lettre de Guy Môquet.
A lire aussi
Précision
Dans le portrait d'Odette Nilès (Libération du 4 janvier), il fallait lire Danielle Casanova (et non Daniel), célèbre résistante communiste.
Manifestation contre les violences faites aux Algériennes
Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /2010 14:30
Manifestation contre les violences faites aux Algériennes (nouvelobs.com)
Des partis de gauche et des syndicats ont défilé devant l'ambassade d'Algérie à Paris aux côtés d'associations féministes et des droits de l'Homme.
Une centaine de personnes ont manifesté lundi 10 mai devant l'ambassade d'Algérie à Paris pour protester contre les violences dont ont été victimes des femmes à Hassi Messaoud, situé à 800 km au sud-est d'Alger, et réclamer une réaction des autorités algériennes.
Des partis de gauche et des syndicats ont manifesté aux côtés d'associations féministes et de défense des droits de l'Homme.
"Nous sommes là parce que des femmes se font agresser à Hassi Messaoud (...). Ces femmes n'ont commis aucun crime si ce n'est le fait d'être femme et de travailler", a réagi la responsable de l'association Pluriel Algérie, Akrouf Sanhadja.
Plusieurs femmes ont été agressées en mars et début avril à Hassi Messaoud par des groupes d'inconnus qui, cagoulés et armés, ont "terrorisé" des victimes isolées, les volant et les molestant après être entrés par effraction dans leur logement, ont dénoncé des associations algériennes mi-avril.
Ces événements rappellent ceux du 13 juillet 2001 durant lesquels au moins une quarantaine de femmes vivant seules, accusées d'être des prostituées, avaient été violemment agressées dans cette ville pétrolière saharienne, après le prêche virulent d'un imam.
"L'Etat algérien n'a jamais rien dit"
"On veut que le gouvernement algérien réagisse", a déclaré Nadia Kaci co-auteur de "Laissées pour mortes", un livre de témoignages qui relate les violences de 2001. Elle regrette qu'il n'y ait "aucune volonté politique de faire en sorte que cela se règle".
"Il y a des violations absolument spectaculaires des droits de l'Homme", a estimé la secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), Sophie Bessis.
"L'Etat algérien n'a jamais rien dit, ni en 2001, ni aujourd'hui. (...) Ce silence, cette misogynie de l'Etat, encourage la misogynie de la société dans la mesure où ceux qui commettent ces exactions savent qu'ils le font dans l'impunité la plus totale", a-t-elle dénoncé.
Plus important champ pétrolier d'Algérie, Hassi Messaoud attire des milliers de travailleurs de tout le pays, notamment des femmes, qui viennent faire le ménage ou la cuisine dans les grandes entreprises étrangères.
Manifestation contre les violences faites aux Algériennes (nouvelobs.com)
Des partis de gauche et des syndicats ont défilé devant l'ambassade d'Algérie à Paris aux côtés d'associations féministes et des droits de l'Homme.
Une centaine de personnes ont manifesté lundi 10 mai devant l'ambassade d'Algérie à Paris pour protester contre les violences dont ont été victimes des femmes à Hassi Messaoud, situé à 800 km au sud-est d'Alger, et réclamer une réaction des autorités algériennes.
Des partis de gauche et des syndicats ont manifesté aux côtés d'associations féministes et de défense des droits de l'Homme.
"Nous sommes là parce que des femmes se font agresser à Hassi Messaoud (...). Ces femmes n'ont commis aucun crime si ce n'est le fait d'être femme et de travailler", a réagi la responsable de l'association Pluriel Algérie, Akrouf Sanhadja.
Plusieurs femmes ont été agressées en mars et début avril à Hassi Messaoud par des groupes d'inconnus qui, cagoulés et armés, ont "terrorisé" des victimes isolées, les volant et les molestant après être entrés par effraction dans leur logement, ont dénoncé des associations algériennes mi-avril.
Ces événements rappellent ceux du 13 juillet 2001 durant lesquels au moins une quarantaine de femmes vivant seules, accusées d'être des prostituées, avaient été violemment agressées dans cette ville pétrolière saharienne, après le prêche virulent d'un imam.
"L'Etat algérien n'a jamais rien dit"
"On veut que le gouvernement algérien réagisse", a déclaré Nadia Kaci co-auteur de "Laissées pour mortes", un livre de témoignages qui relate les violences de 2001. Elle regrette qu'il n'y ait "aucune volonté politique de faire en sorte que cela se règle".
"Il y a des violations absolument spectaculaires des droits de l'Homme", a estimé la secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), Sophie Bessis.
"L'Etat algérien n'a jamais rien dit, ni en 2001, ni aujourd'hui. (...) Ce silence, cette misogynie de l'Etat, encourage la misogynie de la société dans la mesure où ceux qui commettent ces exactions savent qu'ils le font dans l'impunité la plus totale", a-t-elle dénoncé.
Plus important champ pétrolier d'Algérie, Hassi Messaoud attire des milliers de travailleurs de tout le pays, notamment des femmes, qui viennent faire le ménage ou la cuisine dans les grandes entreprises étrangères.
«En Algérie, la femme est un sous-citoyen»
«En Algérie, la femme est un sous-citoyen» (Libération.fr)
Nadia Kaci est comédienne et co-auteur du livre Laissées pour mortes (éditions Max Milo), qui recueille le témoignage de Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura, deux victimes du déchaînement de violence à Hassi Messaoud en 2001. Dans cette ville algérienne, les femmes sont régulièrement victimes de violences de la part d'hommes venus là, souvent seuls, pour travailler dans l'industrie pétrolière. Liberation.fr l'a rencontrée lundi 10 mai, à la manifestation de soutien aux femmes d'Hassi Messaoud, devant l'ambassade d'Algérie à Paris.
Pourquoi vous battez-vous? Quelle est l'attitude du gouvernement algérien face aux violences d'Hassi Messaoud?
A Hassi Messaoud, une des villes les plus surveillées d'Algérie, cinq cents hommes peuvent attaquer cent femmes, les violer, les torturer, voler leurs maigres biens, en toute impunité. Pour légitimer la barbarie, les femmes ont été accusées d'être des prostitués.
Le gouvernement refuse de défendre ces femmes. Les plaintes sont restées sans suite. Le ministère de l'action sociale et de la solidarité nationale est dans le déni, le gouvernement prétend que l'affaire d'Hassi Messaoud est un complot monté par la France pour déstabiliser l'Algérie, ce silence est effarant.
Les actes commis à Hassi Messaoud sont la conséquence directe du code de la famille de 1984, qui réduit la femme au statut de mineur. En Algérie, la femme est un sous-citoyen. On ne constate aucune volonté politique de régler le problème, et c'est ça le plus inquiétant.
Est-ce que les violences d'Hassi Messaoud sont un événement isolé ou symptomatique d'une violence récurrente en Algérie?
En Algérie, quand une femme se fait battre dans la rue, personne ne fait attention, les gens pense «ce doit être son mari, son père ou son frère».
Personne ne fait entendre raison aux hommes, puisque les femmes sont considérées comme des propriétés. Hassi Messaoud est un peu particulier dans la mesure où il y a beaucoup de mouvements de population, mais on peut observer dans tout le pays ces mouvements de violence orientés contre les femmes.
La voie médiatique est-elle le seul moyen de faire avancer les choses? Comment les médias algériens réagissent-ils?
La seule solution pour faire évoluer la condition des femmes d'Hassi Messaoud est la pression médiatique. Il ne faut surtout pas que cette pression se relâche, car les hommes attendent une accalmie pour recommencer leurs attaques.
En revanche, en Algérie, c'est le silence quasi total. Le seul article que j'ai lu sur les dernières agressions date d'aujourd'hui, dans Liberté.
Sur place, la presse est censurée, les journalistes étrangers ont du mal à obtenir des visas pour constater les violences faites aux femmes, c'est le black-out complet.
Depuis la parution de votre livre (février 2010), avez-vous constaté des changements en Algérie?
Non, après la parution du livre (Laissées pour mortes), j'ai reçu des appels de femmes d'Hassi Messaoud, qui me disaient qu'elles se faisaient encore agresser. Les travailleuses reçoivent des coups de fils, des menaces, on leur demande de se taire, de ne pas raconter ce qui leur est arrivé. Elles vivent dans la peur en permanence.
D'après mes sources, Hassi Messaoud est toujours un espace de non-droit. J'ai entendu parler d'une femme brûlée vive, mais je n'ai aucun moyen d'obtenir des précisions. Là où j'observe du changement, c'est que le monde est plus à l'écoute de ce qui se passe à Hassi Messaoud, il faut que la pression continue, et se renforce.
Ariane Lecointre,
Libération, 11 mai 2010
RECTIFICATION
Nadia Kaci tenait à apporter quelques précisions sur l'interview, certains propos ayant été déformés.
"500 hommes violent, volent, etc.. une centaine de femmes en toute impunité,"
--> Je parlais ici du pogrom de juillet 2001, et non des agressions qui ont eu lieu ces derniers temps à Hassi messaoud.
"En revanche, en Algérie, c'est le silence quasi total. Le seul article que j'ai lu sur les dernières agressions date d'aujourd'hui, dans Liberté".
--> Je n'ai pas dit cela. J'ai parlé d'El Watan, à peu près le seul journal à relayer l'information. Salima Tlemçani, la journaliste qui a fait une enquête à Hassi Messaoud et a rendu compte des agressions à l'encontre des femmes, subit d'ailleurs elle-même des pressions. J'ai dit aussi avoir aperçu, le 10 mai, un article dans le quotidien Liberté sur les violences à l'encontre des femmes ou était cité, entre autre, les agressions de Hassi messaoud.
Nadia Kaci est comédienne et co-auteur du livre Laissées pour mortes (éditions Max Milo), qui recueille le témoignage de Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura, deux victimes du déchaînement de violence à Hassi Messaoud en 2001. Dans cette ville algérienne, les femmes sont régulièrement victimes de violences de la part d'hommes venus là, souvent seuls, pour travailler dans l'industrie pétrolière. Liberation.fr l'a rencontrée lundi 10 mai, à la manifestation de soutien aux femmes d'Hassi Messaoud, devant l'ambassade d'Algérie à Paris.
Pourquoi vous battez-vous? Quelle est l'attitude du gouvernement algérien face aux violences d'Hassi Messaoud?
A Hassi Messaoud, une des villes les plus surveillées d'Algérie, cinq cents hommes peuvent attaquer cent femmes, les violer, les torturer, voler leurs maigres biens, en toute impunité. Pour légitimer la barbarie, les femmes ont été accusées d'être des prostitués.
Le gouvernement refuse de défendre ces femmes. Les plaintes sont restées sans suite. Le ministère de l'action sociale et de la solidarité nationale est dans le déni, le gouvernement prétend que l'affaire d'Hassi Messaoud est un complot monté par la France pour déstabiliser l'Algérie, ce silence est effarant.
Les actes commis à Hassi Messaoud sont la conséquence directe du code de la famille de 1984, qui réduit la femme au statut de mineur. En Algérie, la femme est un sous-citoyen. On ne constate aucune volonté politique de régler le problème, et c'est ça le plus inquiétant.
Est-ce que les violences d'Hassi Messaoud sont un événement isolé ou symptomatique d'une violence récurrente en Algérie?
En Algérie, quand une femme se fait battre dans la rue, personne ne fait attention, les gens pense «ce doit être son mari, son père ou son frère».
Personne ne fait entendre raison aux hommes, puisque les femmes sont considérées comme des propriétés. Hassi Messaoud est un peu particulier dans la mesure où il y a beaucoup de mouvements de population, mais on peut observer dans tout le pays ces mouvements de violence orientés contre les femmes.
La voie médiatique est-elle le seul moyen de faire avancer les choses? Comment les médias algériens réagissent-ils?
La seule solution pour faire évoluer la condition des femmes d'Hassi Messaoud est la pression médiatique. Il ne faut surtout pas que cette pression se relâche, car les hommes attendent une accalmie pour recommencer leurs attaques.
En revanche, en Algérie, c'est le silence quasi total. Le seul article que j'ai lu sur les dernières agressions date d'aujourd'hui, dans Liberté.
Sur place, la presse est censurée, les journalistes étrangers ont du mal à obtenir des visas pour constater les violences faites aux femmes, c'est le black-out complet.
Depuis la parution de votre livre (février 2010), avez-vous constaté des changements en Algérie?
Non, après la parution du livre (Laissées pour mortes), j'ai reçu des appels de femmes d'Hassi Messaoud, qui me disaient qu'elles se faisaient encore agresser. Les travailleuses reçoivent des coups de fils, des menaces, on leur demande de se taire, de ne pas raconter ce qui leur est arrivé. Elles vivent dans la peur en permanence.
D'après mes sources, Hassi Messaoud est toujours un espace de non-droit. J'ai entendu parler d'une femme brûlée vive, mais je n'ai aucun moyen d'obtenir des précisions. Là où j'observe du changement, c'est que le monde est plus à l'écoute de ce qui se passe à Hassi Messaoud, il faut que la pression continue, et se renforce.
Ariane Lecointre,
Libération, 11 mai 2010
RECTIFICATION
Nadia Kaci tenait à apporter quelques précisions sur l'interview, certains propos ayant été déformés.
"500 hommes violent, volent, etc.. une centaine de femmes en toute impunité,"
--> Je parlais ici du pogrom de juillet 2001, et non des agressions qui ont eu lieu ces derniers temps à Hassi messaoud.
"En revanche, en Algérie, c'est le silence quasi total. Le seul article que j'ai lu sur les dernières agressions date d'aujourd'hui, dans Liberté".
--> Je n'ai pas dit cela. J'ai parlé d'El Watan, à peu près le seul journal à relayer l'information. Salima Tlemçani, la journaliste qui a fait une enquête à Hassi Messaoud et a rendu compte des agressions à l'encontre des femmes, subit d'ailleurs elle-même des pressions. J'ai dit aussi avoir aperçu, le 10 mai, un article dans le quotidien Liberté sur les violences à l'encontre des femmes ou était cité, entre autre, les agressions de Hassi messaoud.
samedi 15 mai 2010
Journée contre l'homophobie: les religions invitées à prendre position à l'Assemblée
Journée contre l'homophobie: les religions invitées à prendre position à l'Assemblée
Par Margaux Guignard samedi 15 mai 2010, à 15h15 | 1107 vues
Têtu
Etre homosexuel et croyant est-ce possible en 2010? Quelles sont les positions des religions face à l'homophobie et la transphobie? Ce sont quelques une des questions auxquelles devront répondre plusieurs représentants religieux invité lundi à l'Assemblée, pour un colloque dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie.
Trois tables rondes et beaucoup de questions à aborder, voici le point de départ du colloque organisé lundi sur le thème de la religion, dans le cadre de la journée contre l'homophobie. A l'initiative de plusieurs associations LGBT de sensibilités religieuses comme David et Jonathan (chrétien), le Beit-Haverim (juif), ou encore HM2F (musulman), ce colloque est ouvert à tous.
Pour en savoir plus, Louis-Georges Tin, universitaire et fondateur de la journée contre l'homophobie, Olivier Pradel membre de l'association David et Jonathan, et Ludovic Zahed président de l'association HM2F, répondent à nos questions.
En quoi ce colloque est-il une première?
Louis-Georges Tin: Ce colloque est une initiative inédite car, pour la première fois en France, les grands cultes seront représentés officiellement (christianisme, judaïsme, islam, bouddhisme), et invités à prendre position sur l'homophobie et la transphobie. En effet, nous demandons aux leaders religieux non pas d'approuver l'homosexualité ou la transidentité, mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie et la transphobie. Nous savons déjà qu'ils sont prêts à le faire, et ils viennent dans cet esprit-là, mais nous aurons lors de ce colloque leurs avis et positions exactes à ce sujet. C'est une étape très importante. Mais ce n'est qu'une étape. Nous avons demandé aux intervenants de faire des propositions concrètes, et au-delà du 17 mai, nous voulons mettre en place un mécanisme de suivi, afin que les engagements de principe pris lors du colloque trouvent une application pratique, et durable, sur le long terme. C'est donc un colloque à ne pas rater.
Est-ce-qu'il a été facile de faire venir ces représentants?
Ludovic Zahed: Oh non! Louis-Georges Tin a du s'armer de patience et être convainquant. Certains ont répondu présent très vite et d'autres pas, je pense que ça correspond aussi à leur point de vue sur le sujet, certains sont très frileux et d'autres moins. Mais de toute façon ils n'ont pas le choix, ils doivent se mettre au diapason et se positionner.
N'est-ce pas un peu hypocrite de leur faire condamner l'homophobie, sans accepter l'homosexualité?
Olivier Pradel: On pourrait le croire, mais c'est une étape importante et bon nombre de religions, y compris en France, en sont loin. Preuve en est la timide réponse de Mgr Vingt-Trois à notre interpellation à la suite des violences devant Notre-Dame ou encore les propos du cardinal Bertone qui n'ont jamais été démentis, malgré nos protestations et manifestation devant la Nonciature. David & Jonathan agit depuis des années contre l'homophobie mais cette nouvelle étape est l'occasion d'une parole claire et sans ambiguïté. Elle a été préparée par notre livre Noir-Gris-Blanc sur l'homophobie, l'appel des intellectuels du 17 mars et notre récente lettre ouverte aux autorités religieuses, signée par le Beit Haverim, HM2F et D&J. Nous saurons rester vigilants pour constater si elle est ou non suivie d'effets sur le terrain.
Ludovic Zahed: L'objectif c'est que dans 20 ans, ou plus tard, on puisse être musulman et homosexuel, ou croyant et homosexuel sans que cela pose de problème. Bien sûr on en est encore loin et parfois on a l'impression que c'est un combat sans fin, mais même si cela prend du temps il faut les éduquer.
L'homophobie vous semble-t-elle plus forte qu'avant?
Olivier Pradel: La situation est contrastée. A tous les niveaux, nous constatons des durcissements et des ouvertures. Les hiérarchies religieuses tiennent des propos homophobes ou agissent pour limiter l'avancée des droits des homosexuel-le-s ou transexuel-le-s, même si à D&J nous avons l'expérience de dialogue fructueux avec certains évêques, mais cela reste marginal. En revanche, de nombreux chrétiens et communautés font de réels gestes d'ouvertures, suivant en cela l'évolution des mentalités. On constate hélas aussi des groupuscules de plus en plus radicaux, justifiant leur homophobie par des arguments religieux. C'est face à ses replis identitaires, refusant l'évolution des moeurs, qu'une parole claire des autorités religieuses est plus qu'urgente.
Ludovic Zahed: L'homophobie, au sein de la communauté musulmane, est beaucoup plus présente est violente. Il est donc très important de faire évoluer les mentalités.
Le colloque aura lieu à l'Assemblé à partir de 9h30. Pour s'inscrire, il suffit d'écrire à cette adresse:colloque@idahomophobia.org.
Par Margaux Guignard samedi 15 mai 2010, à 15h15 | 1107 vues
Têtu
Etre homosexuel et croyant est-ce possible en 2010? Quelles sont les positions des religions face à l'homophobie et la transphobie? Ce sont quelques une des questions auxquelles devront répondre plusieurs représentants religieux invité lundi à l'Assemblée, pour un colloque dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie.
Trois tables rondes et beaucoup de questions à aborder, voici le point de départ du colloque organisé lundi sur le thème de la religion, dans le cadre de la journée contre l'homophobie. A l'initiative de plusieurs associations LGBT de sensibilités religieuses comme David et Jonathan (chrétien), le Beit-Haverim (juif), ou encore HM2F (musulman), ce colloque est ouvert à tous.
Pour en savoir plus, Louis-Georges Tin, universitaire et fondateur de la journée contre l'homophobie, Olivier Pradel membre de l'association David et Jonathan, et Ludovic Zahed président de l'association HM2F, répondent à nos questions.
En quoi ce colloque est-il une première?
Louis-Georges Tin: Ce colloque est une initiative inédite car, pour la première fois en France, les grands cultes seront représentés officiellement (christianisme, judaïsme, islam, bouddhisme), et invités à prendre position sur l'homophobie et la transphobie. En effet, nous demandons aux leaders religieux non pas d'approuver l'homosexualité ou la transidentité, mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie et la transphobie. Nous savons déjà qu'ils sont prêts à le faire, et ils viennent dans cet esprit-là, mais nous aurons lors de ce colloque leurs avis et positions exactes à ce sujet. C'est une étape très importante. Mais ce n'est qu'une étape. Nous avons demandé aux intervenants de faire des propositions concrètes, et au-delà du 17 mai, nous voulons mettre en place un mécanisme de suivi, afin que les engagements de principe pris lors du colloque trouvent une application pratique, et durable, sur le long terme. C'est donc un colloque à ne pas rater.
Est-ce-qu'il a été facile de faire venir ces représentants?
Ludovic Zahed: Oh non! Louis-Georges Tin a du s'armer de patience et être convainquant. Certains ont répondu présent très vite et d'autres pas, je pense que ça correspond aussi à leur point de vue sur le sujet, certains sont très frileux et d'autres moins. Mais de toute façon ils n'ont pas le choix, ils doivent se mettre au diapason et se positionner.
N'est-ce pas un peu hypocrite de leur faire condamner l'homophobie, sans accepter l'homosexualité?
Olivier Pradel: On pourrait le croire, mais c'est une étape importante et bon nombre de religions, y compris en France, en sont loin. Preuve en est la timide réponse de Mgr Vingt-Trois à notre interpellation à la suite des violences devant Notre-Dame ou encore les propos du cardinal Bertone qui n'ont jamais été démentis, malgré nos protestations et manifestation devant la Nonciature. David & Jonathan agit depuis des années contre l'homophobie mais cette nouvelle étape est l'occasion d'une parole claire et sans ambiguïté. Elle a été préparée par notre livre Noir-Gris-Blanc sur l'homophobie, l'appel des intellectuels du 17 mars et notre récente lettre ouverte aux autorités religieuses, signée par le Beit Haverim, HM2F et D&J. Nous saurons rester vigilants pour constater si elle est ou non suivie d'effets sur le terrain.
Ludovic Zahed: L'objectif c'est que dans 20 ans, ou plus tard, on puisse être musulman et homosexuel, ou croyant et homosexuel sans que cela pose de problème. Bien sûr on en est encore loin et parfois on a l'impression que c'est un combat sans fin, mais même si cela prend du temps il faut les éduquer.
L'homophobie vous semble-t-elle plus forte qu'avant?
Olivier Pradel: La situation est contrastée. A tous les niveaux, nous constatons des durcissements et des ouvertures. Les hiérarchies religieuses tiennent des propos homophobes ou agissent pour limiter l'avancée des droits des homosexuel-le-s ou transexuel-le-s, même si à D&J nous avons l'expérience de dialogue fructueux avec certains évêques, mais cela reste marginal. En revanche, de nombreux chrétiens et communautés font de réels gestes d'ouvertures, suivant en cela l'évolution des mentalités. On constate hélas aussi des groupuscules de plus en plus radicaux, justifiant leur homophobie par des arguments religieux. C'est face à ses replis identitaires, refusant l'évolution des moeurs, qu'une parole claire des autorités religieuses est plus qu'urgente.
Ludovic Zahed: L'homophobie, au sein de la communauté musulmane, est beaucoup plus présente est violente. Il est donc très important de faire évoluer les mentalités.
Le colloque aura lieu à l'Assemblé à partir de 9h30. Pour s'inscrire, il suffit d'écrire à cette adresse:colloque@idahomophobia.org.
J'ai envoyé un e-mail à mes deux sénateurs ...
Madame la Sénatrice
Les violences touchent des millions de femmes dans notre pays : 1 femme meurt tous les deux jours ½ sous les coups de son conjoint et 75 000 femmes sont violées chaque année. Le département de la Charente n’est pas une exception.
Le Premier ministre a annoncé que 2010 serait année « Grande Cause nationale contre les violences faites aux femmes » et une proposition de loi était votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale le 25 février dernier. Je m’inquiète que cette proposition ne soit toujours pas inscrite à l’ordre du jour des débats du Sénat.
Électrice dans le département de la Charente, il me semble fondamental que vous interveniez sur ce sujet pour que la loi soit votée avant la fin de la session ordinaire. Chaque jour qui passe, des femmes sont victimes de violences et cette proposition de loi permettra de lutter contre ce fléau qui montre encore à quel point notre pays est loin de l’égalité femmes-hommes.
Afin que la promesse gouvernementale d'une adoption de ce texte avant l'été puisse être tenue, je vous demande de tout faire pour que la conférence des Présidents du 19 mai inscrive cette proposition de loi à l'ordre du jour de votre assemblée.
Merci d’avance de votre réponse,
Les violences touchent des millions de femmes dans notre pays : 1 femme meurt tous les deux jours ½ sous les coups de son conjoint et 75 000 femmes sont violées chaque année. Le département de la Charente n’est pas une exception.
Le Premier ministre a annoncé que 2010 serait année « Grande Cause nationale contre les violences faites aux femmes » et une proposition de loi était votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale le 25 février dernier. Je m’inquiète que cette proposition ne soit toujours pas inscrite à l’ordre du jour des débats du Sénat.
Électrice dans le département de la Charente, il me semble fondamental que vous interveniez sur ce sujet pour que la loi soit votée avant la fin de la session ordinaire. Chaque jour qui passe, des femmes sont victimes de violences et cette proposition de loi permettra de lutter contre ce fléau qui montre encore à quel point notre pays est loin de l’égalité femmes-hommes.
Afin que la promesse gouvernementale d'une adoption de ce texte avant l'été puisse être tenue, je vous demande de tout faire pour que la conférence des Présidents du 19 mai inscrive cette proposition de loi à l'ordre du jour de votre assemblée.
Merci d’avance de votre réponse,
Homosexualité: le nouveau dérapage du député UMP Vanneste
Politiques 14/05/2010 à 12h41
Homosexualité: le nouveau dérapage du député UMP Vanneste
Le numéro 2 du Vatican, Tarcisio Bertone, qui avait choqué mi-avril en amalgamant pédophilie et homosexualité, vient de trouver un soutien du côté de Tourcoing. Le député UMP du Nord, Christian Vanneste, qui s’était déjà illustré par ses sorties sur l’homosexualité, a écrit que «l’opposition outrancière entre pédophilie et homosexualité n’est pas fondée». Un billet publié sur son blog le 30 avril, que l’hebdomadaire chrétien Golias et le mensuel Têtu ont dénoncé cette semaine.
«L’atelier sémantique gay a inventé la prise de judo conceptuelle la plus efficace: la pédophilie est un crime», commence Vanneste. Il déplore que le cardinal Bertone ait été critiqué «pour avoir dit tout haut qu’il y avait des rapports entre l’une et l’autre», alors que l’on aurait «fait basculer du crime à la vertu», «un ministre», Frédéric Mitterrand, qu’il ne cite pas.
Poursuivant son argumentaire douteux, le député juge «patent», «le lien et même la confusion qui règnent entre l’homosexualité et l’éphébophilie». «Ephébophilie» que Vanneste définit comme «l’attirance des hommes pour les adolescents pubères, mais ambigus de traits» et qui, ajoute-t-il, «ne commence ni ne s’arrête à 15 ans». Et Vanneste de décréter qu’«une société lucide sur son avenir devrait avant tout ne porter d’intérêt qu’à l’hétérosexualité tendant à la création de familles les plus stables possibles». Puis il conclut par un plaidoyer pour le «mariage chrétien», «l’institution la plus conforme aux valeurs républicaines», vante-t-il.
«Une clarification, voire une rupture de l’UMP»
Vanneste avait été poursuivi pour avoir jugé, en 2005, l’homosexualité «inférieure à l’hétérosexualité» et condamné pour injures homophobes à 3.000 euros d’amende et à 2.000 euros de dommages et intérêts à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays. Mais la Cour de cassation avait annulé, en novembre 2008, la condamnation du tribunal correctionnel de Lille, confirmée par la cour d’appel de Douai. Si ses propos «ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression», avait jugé la Cour de cassation.
Dans un communiqué, l’Interassociative lesbienne, gay, bi et trans (LGBT) exprime sa consternation, et rappelle que «la loi sur la liberté de la presse condamne toute provocation à la haine, aux violences et à la discrimination, toute injure ou diffamation en raison de l’orientation sexuelle d’un groupe de personne». Et réclame «une clarification, voire une rupture de l’UMP, avec Christian Vanneste qui lui est toujours rattaché».
Ce vendredi matin sur Europe 1, Nathalie Kosckiusko-Morizet, secrétaire d'Etat et secrétaire générale adjointe de l'UMP, interrogée sur les propos de Vanneste, a assuré qu'il n’était plus à l’UMP, mais membre du CNI (Centre national des indépendants et paysans), tout en continuant de siéger au sein du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Sur le site de l’UMP, le député figure toujours parmi les élus du parti...
Homosexualité: le nouveau dérapage du député UMP Vanneste
Le numéro 2 du Vatican, Tarcisio Bertone, qui avait choqué mi-avril en amalgamant pédophilie et homosexualité, vient de trouver un soutien du côté de Tourcoing. Le député UMP du Nord, Christian Vanneste, qui s’était déjà illustré par ses sorties sur l’homosexualité, a écrit que «l’opposition outrancière entre pédophilie et homosexualité n’est pas fondée». Un billet publié sur son blog le 30 avril, que l’hebdomadaire chrétien Golias et le mensuel Têtu ont dénoncé cette semaine.
«L’atelier sémantique gay a inventé la prise de judo conceptuelle la plus efficace: la pédophilie est un crime», commence Vanneste. Il déplore que le cardinal Bertone ait été critiqué «pour avoir dit tout haut qu’il y avait des rapports entre l’une et l’autre», alors que l’on aurait «fait basculer du crime à la vertu», «un ministre», Frédéric Mitterrand, qu’il ne cite pas.
Poursuivant son argumentaire douteux, le député juge «patent», «le lien et même la confusion qui règnent entre l’homosexualité et l’éphébophilie». «Ephébophilie» que Vanneste définit comme «l’attirance des hommes pour les adolescents pubères, mais ambigus de traits» et qui, ajoute-t-il, «ne commence ni ne s’arrête à 15 ans». Et Vanneste de décréter qu’«une société lucide sur son avenir devrait avant tout ne porter d’intérêt qu’à l’hétérosexualité tendant à la création de familles les plus stables possibles». Puis il conclut par un plaidoyer pour le «mariage chrétien», «l’institution la plus conforme aux valeurs républicaines», vante-t-il.
«Une clarification, voire une rupture de l’UMP»
Vanneste avait été poursuivi pour avoir jugé, en 2005, l’homosexualité «inférieure à l’hétérosexualité» et condamné pour injures homophobes à 3.000 euros d’amende et à 2.000 euros de dommages et intérêts à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays. Mais la Cour de cassation avait annulé, en novembre 2008, la condamnation du tribunal correctionnel de Lille, confirmée par la cour d’appel de Douai. Si ses propos «ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression», avait jugé la Cour de cassation.
Dans un communiqué, l’Interassociative lesbienne, gay, bi et trans (LGBT) exprime sa consternation, et rappelle que «la loi sur la liberté de la presse condamne toute provocation à la haine, aux violences et à la discrimination, toute injure ou diffamation en raison de l’orientation sexuelle d’un groupe de personne». Et réclame «une clarification, voire une rupture de l’UMP, avec Christian Vanneste qui lui est toujours rattaché».
Ce vendredi matin sur Europe 1, Nathalie Kosckiusko-Morizet, secrétaire d'Etat et secrétaire générale adjointe de l'UMP, interrogée sur les propos de Vanneste, a assuré qu'il n’était plus à l’UMP, mais membre du CNI (Centre national des indépendants et paysans), tout en continuant de siéger au sein du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Sur le site de l’UMP, le député figure toujours parmi les élus du parti...
"Les religions contribuent souvent à l'homophobie"
Entretien
"Les religions contribuent souvent à l'homophobie"
LEMONDE | 14.05.10 | 18h18 • Mis à jour le 14.05.10 | 18h18
Porte parole du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Louis-Georges Tin a notamment dirigé un Dictionnaire de l'homophobie (PUF, 2003).
Le 17 mai, ce sera la 6e édition de la Journée mondiale contre l'homophobie, que vous avez créée. N'y-a-t-il pas une multiplication excessive de ces journées annuelles consacrées à tel ou tel sujet de société ?
Je ne le crois pas. Ces journées permettent à la société civile de se saisir de l'agenda politique et d'y introduire des thématiques quelque peu négligées par les dirigeants. Elles répondent donc à une exigence démocratique.
Comment avez-vous décidé, en 2005, de proposer cette journée ?
Cette journée, je l'ai proposée à de nombreuses associations à travers le monde, qui ont trouvé l'idée très intéressante, et qui s'en sont saisies. Je l'ai proposée aussi aux autorités publiques, et elle a ensuite été reconnue officiellement par l'Union européenne, par la France et par plusieurs autres pays.
Quant au choix de la date, c'est le 17 mai 1990 que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales. C'est une date internationale, positive, qui nous invite aussi à demander que l'on fasse pour les transsexuels, demain, ce qui a été fait pour les homosexuels, hier.
La France a été le premier pays au monde à supprimer la transsexualité de la liste des maladies mentales, en 2009, à l'occasion de la Journée contre l'homophobie et la transphobie, et nous souhaitons qu'elle porte ce combat à l'OMS.
Que fait-on pendant cette journée ?
Dans plus de 60 pays à travers le monde, il y a des conférences, des expositions, des festivals, des actions de rue. Des décisions politiques sont prises. En France, il y a plus de cent cinquante événements dans plus de quarante villes.
La journée de 2010 a pour thème "Homophobie et religions". Que souhaitez-vous obtenir des diverses autorités religieuses ?
Les traditions religieuses contribuent souvent à renforcer l'homophobie, d'où le thème que nous avons choisi. Cette année, nous demandons aux croyants, et en particulier aux responsables religieux, non pas d'approuver l'homosexualité mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie. Notamment lorsqu'il s'agit de violences commises au nom d'un Dieu, quel qu'il soit. Nous n'entendons pas aller sur le terrain de la théologie, qui n'est pas le nôtre ; nous demandons aux théologiens de venir sur le terrain des droits humains, qui nous concerne tous.
Ainsi, en France, nous organisons un colloque à l'Assemblée nationale, dans lequel interviennent les représentants officiels de la Conférence des évêques de France, de la Fédération protestante, du Grand Rabbinat, de la Mosquée de Paris et de l'Union bouddhiste de France. C'est un événement totalement inédit.
Nous avons rédigé avec l'Eglise de France une prière universelle demandant le respect de la dignité de chacun, à l'occasion de cette journée. C'est aussi, pour l'islam de France, une occasion historique de tordre le cou au préjugé qui voudrait que les musulmans soient forcément homophobes.
Qu'avez-vous pensé des récentes déclarations d'un cardinal liant la pédophilie dans l'Eglise à l'homosexualité ?
Il n'a fait que dire ce que beaucoup de personnes homophobes, dans l'Eglise ou ailleurs, pensent ordinairement. En revanche, ce qui est nouveau, c'est le scandale international que ces déclarations ont suscité. Il y a quelques années, qui s'en serait soucié, à part quelques militants ? C'est le signe que les temps changent. Il est temps que le Vatican s'en rende compte...
Les actes homophobes sont-ils en augmentation en France ?
Il n'y a pas d'enquête globale sur ce sujet. Nous avons des chiffres de l'association SOS-Homophobie, qui sont en augmentation. Mais il est difficile de savoir si cela traduit une augmentation de la réalité homophobe ou de la propension à témoigner de cette réalité. Toutefois, beaucoup de personnes qui devraient en témoigner ne le font toujours pas, de peur de s'exposer à une stigmatisation sociale. Il faudrait en France des enquêtes de victimation plus larges, pour établir plus précisément le degré de violence homophobe ou transphobe.
Etes-vous de ceux qui disent que le refus, en France, du mariage homosexuel est une homophobie d'Etat ?
C'est mon sentiment. Je crois qu'il fut un temps où, dans certains pays, les mariages entre Noirs et Blancs étaient interdits, était-ce du racisme ? Il est des pays où les femmes ne peuvent pas se marier comme elles le souhaitent, est-ce du sexisme ? Il y a des pays où les homosexuels ne peuvent pas se marier comme ils le souhaitent. Je crois que la conclusion s'impose d'elle-même...
En 2006, vous disiez que 80 pays considéraient toujours l'homosexualité comme un crime, est-ce encore le cas ?
Oui. Et dans sept pays, principalement dans l'arc du Moyen Orient, la peine de mort est requise contre les homosexuels, sur la base de la charia. En 2006, nous avons lancé un appel "pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité". Cette pétition a été très largement soutenue par des personnalités comme Jacques Delors, des artistes comme Meryl Streep, des Prix Nobel comme Desmond Tutu, Dario Fo, etc.
Notre campagne a abouti à une déclaration à l'Assemblée générale des Nations unies, portée par Rama Yade, en 2008. Mais ce n'est qu'une déclaration, un texte, symbolique, fort, mais sans valeur de loi. Il faudrait une résolution, et pour cela nous devons convaincre davantage d'Etats, obtenir une majorité et une décision qu'il faudra ensuite faire appliquer.
En dehors des questions institutionnelles, comme le mariage, comment jugez-vous la situation sociale de l'homosexualité en France aujourd'hui ?
Les choses s'améliorent. Deux Français sur trois sont favorables au mariage de couples du même sexe. Il y a de plus en plus d'actions au niveau social, et quelques mesures importantes au niveau gouvernemental. Mais, notamment pour les jeunes, l'homophobie se maintient à un niveau élevé. Même dans un environnement raciste, un enfant noir a toutes les chances de grandir dans une famille noire où sa "différence" n'est pas perçue comme telle. Rien de tel pour les jeunes homosexuels, qui grandissent en général dans des familles hétérosexuelles.
Donc, s'ils sont exposés à l'homophobie sociale, ils ne pourront pas forcément trouver dans leur famille le soutien dont ils auraient besoin. Beaucoup d'exemples montrent qu'ils prendraient même un risque important à le faire. Nombre de familles rejettent encore leurs enfants quand ils annoncent leur homosexualité. Les jeunes préfèrent alors rester dans le silence, ce qui est source de dépression, de déchirement. Dans les cours de récréation, dans le monde du sport, dans la vie quotidienne, les insultes homophobes sont encore fréquentes, parfois sans importance pour ceux qui les prononcent, mais très dures pour ceux qui les reçoivent.
La France est-elle un pays refuge pour les homosexuels persécutés dans leur pays ?
Plus ou moins, mais il faut prendre en compte la situation que l'on réserve aux immigrés. Les pays les plus ouverts sur l'homosexualité ne sont pas forcément les plus ouverts sur l'immigration.
Nous avons rencontré le cabinet d'Eric Besson récemment, et nous attendons des mesures fortes pour que les personnels qui s'occupent du droit d'asile soient mieux formés à l'accueil des réfugiés persécutés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Nous n'y sommes pas encore...
Propos recueillis par Josyane Savigneau
"Les religions contribuent souvent à l'homophobie"
LEMONDE | 14.05.10 | 18h18 • Mis à jour le 14.05.10 | 18h18
Porte parole du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Louis-Georges Tin a notamment dirigé un Dictionnaire de l'homophobie (PUF, 2003).
Le 17 mai, ce sera la 6e édition de la Journée mondiale contre l'homophobie, que vous avez créée. N'y-a-t-il pas une multiplication excessive de ces journées annuelles consacrées à tel ou tel sujet de société ?
Je ne le crois pas. Ces journées permettent à la société civile de se saisir de l'agenda politique et d'y introduire des thématiques quelque peu négligées par les dirigeants. Elles répondent donc à une exigence démocratique.
Comment avez-vous décidé, en 2005, de proposer cette journée ?
Cette journée, je l'ai proposée à de nombreuses associations à travers le monde, qui ont trouvé l'idée très intéressante, et qui s'en sont saisies. Je l'ai proposée aussi aux autorités publiques, et elle a ensuite été reconnue officiellement par l'Union européenne, par la France et par plusieurs autres pays.
Quant au choix de la date, c'est le 17 mai 1990 que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales. C'est une date internationale, positive, qui nous invite aussi à demander que l'on fasse pour les transsexuels, demain, ce qui a été fait pour les homosexuels, hier.
La France a été le premier pays au monde à supprimer la transsexualité de la liste des maladies mentales, en 2009, à l'occasion de la Journée contre l'homophobie et la transphobie, et nous souhaitons qu'elle porte ce combat à l'OMS.
Que fait-on pendant cette journée ?
Dans plus de 60 pays à travers le monde, il y a des conférences, des expositions, des festivals, des actions de rue. Des décisions politiques sont prises. En France, il y a plus de cent cinquante événements dans plus de quarante villes.
La journée de 2010 a pour thème "Homophobie et religions". Que souhaitez-vous obtenir des diverses autorités religieuses ?
Les traditions religieuses contribuent souvent à renforcer l'homophobie, d'où le thème que nous avons choisi. Cette année, nous demandons aux croyants, et en particulier aux responsables religieux, non pas d'approuver l'homosexualité mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie. Notamment lorsqu'il s'agit de violences commises au nom d'un Dieu, quel qu'il soit. Nous n'entendons pas aller sur le terrain de la théologie, qui n'est pas le nôtre ; nous demandons aux théologiens de venir sur le terrain des droits humains, qui nous concerne tous.
Ainsi, en France, nous organisons un colloque à l'Assemblée nationale, dans lequel interviennent les représentants officiels de la Conférence des évêques de France, de la Fédération protestante, du Grand Rabbinat, de la Mosquée de Paris et de l'Union bouddhiste de France. C'est un événement totalement inédit.
Nous avons rédigé avec l'Eglise de France une prière universelle demandant le respect de la dignité de chacun, à l'occasion de cette journée. C'est aussi, pour l'islam de France, une occasion historique de tordre le cou au préjugé qui voudrait que les musulmans soient forcément homophobes.
Qu'avez-vous pensé des récentes déclarations d'un cardinal liant la pédophilie dans l'Eglise à l'homosexualité ?
Il n'a fait que dire ce que beaucoup de personnes homophobes, dans l'Eglise ou ailleurs, pensent ordinairement. En revanche, ce qui est nouveau, c'est le scandale international que ces déclarations ont suscité. Il y a quelques années, qui s'en serait soucié, à part quelques militants ? C'est le signe que les temps changent. Il est temps que le Vatican s'en rende compte...
Les actes homophobes sont-ils en augmentation en France ?
Il n'y a pas d'enquête globale sur ce sujet. Nous avons des chiffres de l'association SOS-Homophobie, qui sont en augmentation. Mais il est difficile de savoir si cela traduit une augmentation de la réalité homophobe ou de la propension à témoigner de cette réalité. Toutefois, beaucoup de personnes qui devraient en témoigner ne le font toujours pas, de peur de s'exposer à une stigmatisation sociale. Il faudrait en France des enquêtes de victimation plus larges, pour établir plus précisément le degré de violence homophobe ou transphobe.
Etes-vous de ceux qui disent que le refus, en France, du mariage homosexuel est une homophobie d'Etat ?
C'est mon sentiment. Je crois qu'il fut un temps où, dans certains pays, les mariages entre Noirs et Blancs étaient interdits, était-ce du racisme ? Il est des pays où les femmes ne peuvent pas se marier comme elles le souhaitent, est-ce du sexisme ? Il y a des pays où les homosexuels ne peuvent pas se marier comme ils le souhaitent. Je crois que la conclusion s'impose d'elle-même...
En 2006, vous disiez que 80 pays considéraient toujours l'homosexualité comme un crime, est-ce encore le cas ?
Oui. Et dans sept pays, principalement dans l'arc du Moyen Orient, la peine de mort est requise contre les homosexuels, sur la base de la charia. En 2006, nous avons lancé un appel "pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité". Cette pétition a été très largement soutenue par des personnalités comme Jacques Delors, des artistes comme Meryl Streep, des Prix Nobel comme Desmond Tutu, Dario Fo, etc.
Notre campagne a abouti à une déclaration à l'Assemblée générale des Nations unies, portée par Rama Yade, en 2008. Mais ce n'est qu'une déclaration, un texte, symbolique, fort, mais sans valeur de loi. Il faudrait une résolution, et pour cela nous devons convaincre davantage d'Etats, obtenir une majorité et une décision qu'il faudra ensuite faire appliquer.
En dehors des questions institutionnelles, comme le mariage, comment jugez-vous la situation sociale de l'homosexualité en France aujourd'hui ?
Les choses s'améliorent. Deux Français sur trois sont favorables au mariage de couples du même sexe. Il y a de plus en plus d'actions au niveau social, et quelques mesures importantes au niveau gouvernemental. Mais, notamment pour les jeunes, l'homophobie se maintient à un niveau élevé. Même dans un environnement raciste, un enfant noir a toutes les chances de grandir dans une famille noire où sa "différence" n'est pas perçue comme telle. Rien de tel pour les jeunes homosexuels, qui grandissent en général dans des familles hétérosexuelles.
Donc, s'ils sont exposés à l'homophobie sociale, ils ne pourront pas forcément trouver dans leur famille le soutien dont ils auraient besoin. Beaucoup d'exemples montrent qu'ils prendraient même un risque important à le faire. Nombre de familles rejettent encore leurs enfants quand ils annoncent leur homosexualité. Les jeunes préfèrent alors rester dans le silence, ce qui est source de dépression, de déchirement. Dans les cours de récréation, dans le monde du sport, dans la vie quotidienne, les insultes homophobes sont encore fréquentes, parfois sans importance pour ceux qui les prononcent, mais très dures pour ceux qui les reçoivent.
La France est-elle un pays refuge pour les homosexuels persécutés dans leur pays ?
Plus ou moins, mais il faut prendre en compte la situation que l'on réserve aux immigrés. Les pays les plus ouverts sur l'homosexualité ne sont pas forcément les plus ouverts sur l'immigration.
Nous avons rencontré le cabinet d'Eric Besson récemment, et nous attendons des mesures fortes pour que les personnels qui s'occupent du droit d'asile soient mieux formés à l'accueil des réfugiés persécutés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Nous n'y sommes pas encore...
Propos recueillis par Josyane Savigneau
vendredi 14 mai 2010
Une secrétaire d'Etat de David Cameron critique un gouvernement «mâle et pale»
Monde 14/05/2010
Une secrétaire d'Etat de David Cameron critique un gouvernement «mâle et pale»
Une secrétaire d'Etat du nouveau gouvernement du Premier ministre britannique David Cameron a critiqué vendredi le manque de femmes au sein du cabinet, et raillé les équipes de négociations «masculines et pales» à l'origine de ce gouvernement de coalition.
Lynne Featherstone, membre du parti libéral démocrate, en charge de l'égalité, a précisé avoir insisté auprès du Premier ministre conservateur pour avoir un gouvernement comprenant plus de femmes et de représentants des minorités, en lui disant «qu'il fallait faire mieux», lors d'une interview sur la radio BBC.
«Je suis très déçue», a-t-elle concédé. Dans son nouveau gouvernement de 23 membres, négocié cette semaine entre conservateurs et libéraux démocrates, David Cameron a nommé seulement quatre ministres ou secrétaires d'Etat femmes, moins que dans le premier gouvernement de Tony Blair de 1997.
Et deux seulement ont des postes-clés: Theresa May, ministre de l'Intérieur et secrétaire d'Etat aux Femmes et à l'Egalité, et Caroline Spelman, à l'Environnement, l'Alimentation et les Affaires rurales. Lynne Featherstone a déploré le manque de femmes dans les équipes qui ont forgé l'alliance entre les deux partis: «Quand vous regardez les équipes de négociations, elles sont masculines et mâles».
Mais elle a également reconnu qu'augmenter le nombre de femmes ministres au gouvernement était complexe. «Si on regarde les cinq libéraux démocrates, dont Nick Clegg, qui sont au cabinet (le conseil des ministres), ils sont tous, et c'est l'une des difficultés, extrêmement talentueux, ont beaucoup d'expérience, et sont les poids lourds des Libdem», note-t-elle.
«Donc la question est de savoir comment parvenir à faire passer des femmes du parlement à ces fonctions». «Les conservateurs ont fait de grands progrès dans le nombre de femmes qui arrivent à la chambre des Communes, mais malheureusement, les libéraux démocrates n'en n'ont pas fait autant», a-t-elle noté.
Les conservateurs comptent 48 femmes sur 306 députés à la chambre des Communes issue des élections du 6 mai, contre seulement 7 sur 57 députés chez leurs partenaires libéraux-démocrates.
(Source AFP)
Une secrétaire d'Etat de David Cameron critique un gouvernement «mâle et pale»
Une secrétaire d'Etat du nouveau gouvernement du Premier ministre britannique David Cameron a critiqué vendredi le manque de femmes au sein du cabinet, et raillé les équipes de négociations «masculines et pales» à l'origine de ce gouvernement de coalition.
Lynne Featherstone, membre du parti libéral démocrate, en charge de l'égalité, a précisé avoir insisté auprès du Premier ministre conservateur pour avoir un gouvernement comprenant plus de femmes et de représentants des minorités, en lui disant «qu'il fallait faire mieux», lors d'une interview sur la radio BBC.
«Je suis très déçue», a-t-elle concédé. Dans son nouveau gouvernement de 23 membres, négocié cette semaine entre conservateurs et libéraux démocrates, David Cameron a nommé seulement quatre ministres ou secrétaires d'Etat femmes, moins que dans le premier gouvernement de Tony Blair de 1997.
Et deux seulement ont des postes-clés: Theresa May, ministre de l'Intérieur et secrétaire d'Etat aux Femmes et à l'Egalité, et Caroline Spelman, à l'Environnement, l'Alimentation et les Affaires rurales. Lynne Featherstone a déploré le manque de femmes dans les équipes qui ont forgé l'alliance entre les deux partis: «Quand vous regardez les équipes de négociations, elles sont masculines et mâles».
Mais elle a également reconnu qu'augmenter le nombre de femmes ministres au gouvernement était complexe. «Si on regarde les cinq libéraux démocrates, dont Nick Clegg, qui sont au cabinet (le conseil des ministres), ils sont tous, et c'est l'une des difficultés, extrêmement talentueux, ont beaucoup d'expérience, et sont les poids lourds des Libdem», note-t-elle.
«Donc la question est de savoir comment parvenir à faire passer des femmes du parlement à ces fonctions». «Les conservateurs ont fait de grands progrès dans le nombre de femmes qui arrivent à la chambre des Communes, mais malheureusement, les libéraux démocrates n'en n'ont pas fait autant», a-t-elle noté.
Les conservateurs comptent 48 femmes sur 306 députés à la chambre des Communes issue des élections du 6 mai, contre seulement 7 sur 57 députés chez leurs partenaires libéraux-démocrates.
(Source AFP)
La "société du care" de Martine Aubry fait débat
La "société du care" de Martine Aubry fait débat
LEMONDE.FR | 14.05.10 | 15h31 • Mis à jour le 14.05.10 | 16h13
Réagissez à cet article Réagissez (18) Recommandez cet article Recommandez
Martine Aubry a réussi son coup : son interview au site Mediapart, puis sa tribune dans Le Monde au sujet de la "société du 'care'" n'en finissent pas de provoquer le débat dans la classe politique.
Retour en arrière. Le 2 avril, Mediapart publie une longue interview de la première secrétaire du Parti socialiste (PS). Elle y détaille ses projets pour le PS et lance un appel "à une société du bien-être et du respect, qui prend soin de chacun et prépare l'avenir" et fustige "le matérialisme et le tout-avoir".
dans
Point de vue Manuel Valls : "Promouvoir comme panacée une 'société du soin' est une erreur profonde"
Point de vue "Care", ou le triomphe des bons sentiments, par Nathalie Kosciusko-Morizet
Décryptage Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste
Cette "société du bien-être", du "soin" ou du "care" ("soin" en anglais) va devenir le socle de la réflexion de Martine Aubry. Le "care" est en fait une notion de philosophie anglo-saxonne (David Hume et Adam Smith notamment) qui se centre sur les interactions empathiques, sur le souci de l'autre. L'idée a été modernisée par le mouvement féministe américain des années 1960, devenant une forme de "moralité des femmes", une éthique particulière développée notamment par Carol Gilligan.
Le "care", une notion tirée du féminisme... et empruntée à Tony Blair
Cette figure du féminisme américain postulait une vision proprement féminine de l'éthique et des rapports sociaux, centrée autour de la notion de prendre soin des autres, qu'elle souhaitait enseigner à l'ensemble de la société et aux hommes. Ses travaux ont inspiré ceux de Joan Tronto, une autre universitaire américaine, qui a modernisé la notion dans Un monde vulnérable, pour une politique du care, paru en 1993. Martine Aubry s'inspire visiblement de cet ouvrage lorsqu'elle résume sa vision du "care" comme un "autre modèle de développement économique, social et durable, mais aussi un autre rapport des individus entre eux". (Lire "Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste".)
La première secrétaire du PS utilise cette grille de lecture, déjà employée par Anthony Giddens, l'un des stratèges de Tony Blair, dans une tribune consacrée aux retraites et publiée dans Le Monde du 14 avril. Elle y explique qu'il faut "aller vers une société du soin" : "aucune allocation ne remplace les chaînes de soins, les solidarités familiales et amicales, l’attention du voisinage, l’engagement de la société tout entière. A ce prix, la réhumanisation de notre société prendra tout son sens", estime Martine Aubry.
Cette vision n'est pas partagée par tout le monde. Le journaliste de RTL, Jean-Michel Aphatie, lui décerne ainsi un "prix de nunucherie", fustigeant avec violence un "galimatias de bons sentiments", un "record de banalités et de poncifs au cm²", et estimant que Martine Aubry "se noie dans ces considérations pseudo-philosophiques". Ailleurs, on note la proximité des idées de la première secrétaire avec les notions "d'ordre juste" ou de "fraternité" agitées par Ségolène Royal depuis sa campagne de 2007.
Manuel Valls et Nathalie Kosciusko-Morizet critiques
Et pourtant, le débat s'installe. L'UMP confie à la secrétaire d'Etat à l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, la tâche de répondre à Martine Aubry. Dans une tribune au Monde, "NKM" fustige "le triomphe des bons sentiments". "Rien de nouveau sous le soleil, sinon le retour à un discours de l'assistanat social et des bons sentiments, dont je doute qu'il rende justice aux femmes", écrit la secrétaire d'Etat, qui juge le concept dépassé car "il enferme les femmes et la réflexion politique dans la seule considération de la souffrance sociale".
A gauche aussi, on doute du concept de Martine Aubry. Dans une autre tribune, toujours au Monde, Manuel Valls dénonce une "erreur profonde" et "un recul pour la gauche". Selon le député-maire d'Evry, qui veut incarner l'aile droite du PS, "l'individu n'est ni malade ni en demande de soins", mais demande au contraire "à pouvoir agir en toute liberté". Pour lui, cette "vieille idée des années 1980 (...) n'est en rien adaptée à la société française d'aujourd'hui". Et si la gauche gagnait avec cette philosophie, poursuit-il, elle risquerait de générer des attentes énormes et "une nouvelle bombe à retardement de la déception".
Critiquée, l'idée de Martine Aubry a néanmoins fait réfléchir certains. A commencer, peut-être, par... Nicolas Sarkozy. Selon plusieurs députés reçus mardi 11 mai à l'Elysée, Nicolas Sarkozy aurait expliqué que s'il se représentait, il changerait de stratégie : "Après un quinquennat de réformes, les Français aspireront à un président protecteur", aurait-il lancé. De l'acte de protéger à celui de soigner, il n'y a qu'un pas...
Samuel Laurent
LEMONDE.FR | 14.05.10 | 15h31 • Mis à jour le 14.05.10 | 16h13
Réagissez à cet article Réagissez (18) Recommandez cet article Recommandez
Martine Aubry a réussi son coup : son interview au site Mediapart, puis sa tribune dans Le Monde au sujet de la "société du 'care'" n'en finissent pas de provoquer le débat dans la classe politique.
Retour en arrière. Le 2 avril, Mediapart publie une longue interview de la première secrétaire du Parti socialiste (PS). Elle y détaille ses projets pour le PS et lance un appel "à une société du bien-être et du respect, qui prend soin de chacun et prépare l'avenir" et fustige "le matérialisme et le tout-avoir".
dans
Point de vue Manuel Valls : "Promouvoir comme panacée une 'société du soin' est une erreur profonde"
Point de vue "Care", ou le triomphe des bons sentiments, par Nathalie Kosciusko-Morizet
Décryptage Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste
Cette "société du bien-être", du "soin" ou du "care" ("soin" en anglais) va devenir le socle de la réflexion de Martine Aubry. Le "care" est en fait une notion de philosophie anglo-saxonne (David Hume et Adam Smith notamment) qui se centre sur les interactions empathiques, sur le souci de l'autre. L'idée a été modernisée par le mouvement féministe américain des années 1960, devenant une forme de "moralité des femmes", une éthique particulière développée notamment par Carol Gilligan.
Le "care", une notion tirée du féminisme... et empruntée à Tony Blair
Cette figure du féminisme américain postulait une vision proprement féminine de l'éthique et des rapports sociaux, centrée autour de la notion de prendre soin des autres, qu'elle souhaitait enseigner à l'ensemble de la société et aux hommes. Ses travaux ont inspiré ceux de Joan Tronto, une autre universitaire américaine, qui a modernisé la notion dans Un monde vulnérable, pour une politique du care, paru en 1993. Martine Aubry s'inspire visiblement de cet ouvrage lorsqu'elle résume sa vision du "care" comme un "autre modèle de développement économique, social et durable, mais aussi un autre rapport des individus entre eux". (Lire "Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste".)
La première secrétaire du PS utilise cette grille de lecture, déjà employée par Anthony Giddens, l'un des stratèges de Tony Blair, dans une tribune consacrée aux retraites et publiée dans Le Monde du 14 avril. Elle y explique qu'il faut "aller vers une société du soin" : "aucune allocation ne remplace les chaînes de soins, les solidarités familiales et amicales, l’attention du voisinage, l’engagement de la société tout entière. A ce prix, la réhumanisation de notre société prendra tout son sens", estime Martine Aubry.
Cette vision n'est pas partagée par tout le monde. Le journaliste de RTL, Jean-Michel Aphatie, lui décerne ainsi un "prix de nunucherie", fustigeant avec violence un "galimatias de bons sentiments", un "record de banalités et de poncifs au cm²", et estimant que Martine Aubry "se noie dans ces considérations pseudo-philosophiques". Ailleurs, on note la proximité des idées de la première secrétaire avec les notions "d'ordre juste" ou de "fraternité" agitées par Ségolène Royal depuis sa campagne de 2007.
Manuel Valls et Nathalie Kosciusko-Morizet critiques
Et pourtant, le débat s'installe. L'UMP confie à la secrétaire d'Etat à l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, la tâche de répondre à Martine Aubry. Dans une tribune au Monde, "NKM" fustige "le triomphe des bons sentiments". "Rien de nouveau sous le soleil, sinon le retour à un discours de l'assistanat social et des bons sentiments, dont je doute qu'il rende justice aux femmes", écrit la secrétaire d'Etat, qui juge le concept dépassé car "il enferme les femmes et la réflexion politique dans la seule considération de la souffrance sociale".
A gauche aussi, on doute du concept de Martine Aubry. Dans une autre tribune, toujours au Monde, Manuel Valls dénonce une "erreur profonde" et "un recul pour la gauche". Selon le député-maire d'Evry, qui veut incarner l'aile droite du PS, "l'individu n'est ni malade ni en demande de soins", mais demande au contraire "à pouvoir agir en toute liberté". Pour lui, cette "vieille idée des années 1980 (...) n'est en rien adaptée à la société française d'aujourd'hui". Et si la gauche gagnait avec cette philosophie, poursuit-il, elle risquerait de générer des attentes énormes et "une nouvelle bombe à retardement de la déception".
Critiquée, l'idée de Martine Aubry a néanmoins fait réfléchir certains. A commencer, peut-être, par... Nicolas Sarkozy. Selon plusieurs députés reçus mardi 11 mai à l'Elysée, Nicolas Sarkozy aurait expliqué que s'il se représentait, il changerait de stratégie : "Après un quinquennat de réformes, les Français aspireront à un président protecteur", aurait-il lancé. De l'acte de protéger à celui de soigner, il n'y a qu'un pas...
Samuel Laurent
jeudi 13 mai 2010
IV. CONTRE LES STÉRÉOTYPES, CHANGER L'ÉDUCATION
IV. CONTRE LES STÉRÉOTYPES, CHANGER L'ÉDUCATION
cf Etats généraux de Elle sur les femmes
24 propositions dont :
IV. Contre les stereotypes changer l education
IV- Changer les représentations et l'éducation, le nerf de la guerre
Quand sont analysées les causes de la persistance des discriminations, la question de l’éducation des garçons est toujours évoquée. Or, cette éducation est du ressort des familles, mais aussi de l’institution scolaire qui reste, malgré ses bonnes intentions, discriminante, voire sexiste. Il est urgent de sensibiliser les enseignants à la question du féminin / masculin pour qu’ils modifient leur pratiques pédagogiques et de faire évoluer le contenu des enseignements à tous les niveaux des établissements scolaires, pour les rendre moins différentialistes et plus ouverts à l’altérité.
A l’identique, les représentations données des femmes dans les médias, le plus souvent par simple héritage, perpétuent les stéréotypes et portent atteinte à leur crédibilité mais aussi à leur estime de soi. Après les batailles juridiques, politiques, ou professionnelles, le combat de l’image reste très largement à mener. Il est crucial pour faire changer les représentations en profondeur.
21. Pour changer les pratiques pédagogiques du personnel éducatif
La mixité de tous les niveaux des enseignements, classiques, techniques et professionnels a été installée en 1974. Et pourtant, des discriminations sexuées subsistent de la part des enseignant.e.s, discriminations sans doute résumables dans l’aphorisme : « les garçons comprennent ce que les filles apprennent ». Parallèlement et dès les premiers apprentissages scolaires, les filles sont reprises sur la propreté et les soins, quand les garçons le sont sur la discipline. Par ailleurs, on souligne l’investissement des filles dans les disciplines « féminines », la littérature ou les langues, quand, parallèlement, on exagère la domination masculine dans les domaines mathématiques et scientifiques. Malgré l’égalité constatée des compétences, la divergence des orientations, soutenue par le corps enseignant, triomphe.
Nous demandons que, dans le cadre de leurs formations initiales comme continues, les futur-e-s enseignant-e-s et conseiller-e-s d’orientation suivent obligatoirement des enseignements leur permettant de déjouer les pièges d’une organisation sociale nourrie de représentations qui assignent filles et garçons à des rôles entérinant la hiérarchie entre les femmes et les hommes.
Nous demandons que, tout particulièrement dans les lycées professionnels, les orientations des élèves cessent d’être stéréotypées, au motif qu’il y aurait des « métiers d’hommes » et des « métiers de femmes ». Tous les secteurs d’emploi doivent être envisagés d’un point de vue neutre et mixte, y compris par un volontarisme permettant de valoriser ces métiers si féminisés qu’il en sont socialement dévalorisés.
22. Pour intégrer la question de l’égalité entre les femmes et les hommes aux enseignements
Nous demandons que dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire soit instauré un module concernant l’histoire des femmes (histoire des luttes politiques, histoire économique, artistique). Nous proposons également de rendre obligatoires, dans les cursus de formation des futur.e.s enseignant.e.s et responsables de l’orientation académique, des sessions de cours sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes ses composantes. Nous demandons enfin des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes dans les livres scolaires.
23. Pour une éducation aux relations entre les sexes
Les enseignements dispensés dans les établissements scolaires sur la sexualité, la procréation et la contraception sont cantonnés à deux heures annuelles en classes de 3e et de 4e, et au simple amalgame contraception, MST, sida, IVG, reproduction/prévention. Nous demandons leur extension à une véritable éducation aux relations entre les sexes : éducation sexuelle, mais aussi éducation au respect et à l’égalité.
24. Pour soutenir la création d’une mission d’observation et de suivi concernant les stéréotypes sur les femmes
Nous soutenons la pérennisation de la commission de l’image de la femme dans les médias et la création d’une mission d’observation et de suivi des stéréotypes féminins constituée de responsables des médias (proposition faite dans le rapport sur l’image de la femme dans les médias en 2008). Sur la base d’indicateurs de suivi et de rapports annuels issus des organismes publics (CSA…), elle devrait rendre compte, annuellement, des progrès réalisés.
En conclusion
Ces propositions ne doivent pas être lues comme une énième collection de vœux pieux mais bien comme des mesures concrètes pour changer les choses ici et maintenant et établir des rapports entre les sexes et entre les générations plus justes et plus équitables.
Nous voulons contribuer à l’édification d’une société plurielle où les femmes prennent leur place, et font valoir avec la même légitimité et liberté que les hommes leur vision et leurs choix; une société où femmes et hommes brisent les stéréotypes qui les enferment pour enfin vivre ensemble dans une reconnaissance réciproque de leurs compétences et qualités propres sans que leurs différences signifient la domination d’un sexe sur l’autre.
* Le « livre blanc » des Etats Généraux de la Femme de ELLE a été réalisé en collaboration avec Terra Nova et avec la participation de Sciences Po.
Le groupe de Terra Nova qui a travaillé sur ce livre blanc était placé sous la responsabilité de Yolande Cohen (historienne et professeure à l’Université du Québec à Montréal)*. Karine Martin, consultante en stratégie et transformation et Céline Mas, entrepreneure, spécialiste en stratégies de communication ont été les rapporteures/co-rédactrices du présent document. En outre, les membres du groupe de travail sont : Valérie Aveline, DRH au sein d’une grande entreprise ; Armelle Le Bras-Chopard, professeure de sciences politiques à l'Université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines ; Virginie Martin, professeure chercheure à Euromed Management ; Mariette Sineau, directrice de recherche au CNRS et au Centre de Recherches Politiques de Sciences Po ; ainsi que Floran Augagneur, Terra Nova, et Olivier Ferrand, président de Terra Nova.
Nous tenons à remercier Sylvie Schweitzer pour son importante contribution aux débats du groupe et à la préparation de ce document, ainsi que les expertes consultées, Dominique Méda, Jeanne Fagnani et Françoise Thébaud en particulier. Ce texte n’engage aucunement leur responsabilité.
cf Etats généraux de Elle sur les femmes
24 propositions dont :
IV. Contre les stereotypes changer l education
IV- Changer les représentations et l'éducation, le nerf de la guerre
Quand sont analysées les causes de la persistance des discriminations, la question de l’éducation des garçons est toujours évoquée. Or, cette éducation est du ressort des familles, mais aussi de l’institution scolaire qui reste, malgré ses bonnes intentions, discriminante, voire sexiste. Il est urgent de sensibiliser les enseignants à la question du féminin / masculin pour qu’ils modifient leur pratiques pédagogiques et de faire évoluer le contenu des enseignements à tous les niveaux des établissements scolaires, pour les rendre moins différentialistes et plus ouverts à l’altérité.
A l’identique, les représentations données des femmes dans les médias, le plus souvent par simple héritage, perpétuent les stéréotypes et portent atteinte à leur crédibilité mais aussi à leur estime de soi. Après les batailles juridiques, politiques, ou professionnelles, le combat de l’image reste très largement à mener. Il est crucial pour faire changer les représentations en profondeur.
21. Pour changer les pratiques pédagogiques du personnel éducatif
La mixité de tous les niveaux des enseignements, classiques, techniques et professionnels a été installée en 1974. Et pourtant, des discriminations sexuées subsistent de la part des enseignant.e.s, discriminations sans doute résumables dans l’aphorisme : « les garçons comprennent ce que les filles apprennent ». Parallèlement et dès les premiers apprentissages scolaires, les filles sont reprises sur la propreté et les soins, quand les garçons le sont sur la discipline. Par ailleurs, on souligne l’investissement des filles dans les disciplines « féminines », la littérature ou les langues, quand, parallèlement, on exagère la domination masculine dans les domaines mathématiques et scientifiques. Malgré l’égalité constatée des compétences, la divergence des orientations, soutenue par le corps enseignant, triomphe.
Nous demandons que, dans le cadre de leurs formations initiales comme continues, les futur-e-s enseignant-e-s et conseiller-e-s d’orientation suivent obligatoirement des enseignements leur permettant de déjouer les pièges d’une organisation sociale nourrie de représentations qui assignent filles et garçons à des rôles entérinant la hiérarchie entre les femmes et les hommes.
Nous demandons que, tout particulièrement dans les lycées professionnels, les orientations des élèves cessent d’être stéréotypées, au motif qu’il y aurait des « métiers d’hommes » et des « métiers de femmes ». Tous les secteurs d’emploi doivent être envisagés d’un point de vue neutre et mixte, y compris par un volontarisme permettant de valoriser ces métiers si féminisés qu’il en sont socialement dévalorisés.
22. Pour intégrer la question de l’égalité entre les femmes et les hommes aux enseignements
Nous demandons que dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire soit instauré un module concernant l’histoire des femmes (histoire des luttes politiques, histoire économique, artistique). Nous proposons également de rendre obligatoires, dans les cursus de formation des futur.e.s enseignant.e.s et responsables de l’orientation académique, des sessions de cours sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes ses composantes. Nous demandons enfin des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes dans les livres scolaires.
23. Pour une éducation aux relations entre les sexes
Les enseignements dispensés dans les établissements scolaires sur la sexualité, la procréation et la contraception sont cantonnés à deux heures annuelles en classes de 3e et de 4e, et au simple amalgame contraception, MST, sida, IVG, reproduction/prévention. Nous demandons leur extension à une véritable éducation aux relations entre les sexes : éducation sexuelle, mais aussi éducation au respect et à l’égalité.
24. Pour soutenir la création d’une mission d’observation et de suivi concernant les stéréotypes sur les femmes
Nous soutenons la pérennisation de la commission de l’image de la femme dans les médias et la création d’une mission d’observation et de suivi des stéréotypes féminins constituée de responsables des médias (proposition faite dans le rapport sur l’image de la femme dans les médias en 2008). Sur la base d’indicateurs de suivi et de rapports annuels issus des organismes publics (CSA…), elle devrait rendre compte, annuellement, des progrès réalisés.
En conclusion
Ces propositions ne doivent pas être lues comme une énième collection de vœux pieux mais bien comme des mesures concrètes pour changer les choses ici et maintenant et établir des rapports entre les sexes et entre les générations plus justes et plus équitables.
Nous voulons contribuer à l’édification d’une société plurielle où les femmes prennent leur place, et font valoir avec la même légitimité et liberté que les hommes leur vision et leurs choix; une société où femmes et hommes brisent les stéréotypes qui les enferment pour enfin vivre ensemble dans une reconnaissance réciproque de leurs compétences et qualités propres sans que leurs différences signifient la domination d’un sexe sur l’autre.
* Le « livre blanc » des Etats Généraux de la Femme de ELLE a été réalisé en collaboration avec Terra Nova et avec la participation de Sciences Po.
Le groupe de Terra Nova qui a travaillé sur ce livre blanc était placé sous la responsabilité de Yolande Cohen (historienne et professeure à l’Université du Québec à Montréal)*. Karine Martin, consultante en stratégie et transformation et Céline Mas, entrepreneure, spécialiste en stratégies de communication ont été les rapporteures/co-rédactrices du présent document. En outre, les membres du groupe de travail sont : Valérie Aveline, DRH au sein d’une grande entreprise ; Armelle Le Bras-Chopard, professeure de sciences politiques à l'Université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines ; Virginie Martin, professeure chercheure à Euromed Management ; Mariette Sineau, directrice de recherche au CNRS et au Centre de Recherches Politiques de Sciences Po ; ainsi que Floran Augagneur, Terra Nova, et Olivier Ferrand, président de Terra Nova.
Nous tenons à remercier Sylvie Schweitzer pour son importante contribution aux débats du groupe et à la préparation de ce document, ainsi que les expertes consultées, Dominique Méda, Jeanne Fagnani et Françoise Thébaud en particulier. Ce texte n’engage aucunement leur responsabilité.
Les Etats généraux de la femme : L'OREAL applique la loi
Les Etats généraux de la femme : L'OREAL applique la loi
Par Olympe le dimanche 9 mai 2010, 20:27 - Lien permanent
Mme Valérie Aveline DRH de l'OReal a présenté les actions mises en place par le groupe pour favoriser l'égalité hommes/femmes.
Une attention particulière est portée aux parents (et pas seulement aux mères elle a insisté là dessus) pour qu'ils puissent concilier vie familiale et vie privée selon leurs désirs. L'Oréal fait partie des entreprises qui ont signé la charte de la parentalité.
Et tout est fait pour que le congé maternité ne contribue pas à accentuer les inégalités .
La dernière mesure a déclenché les applaudissements de la salle et a ensuite été largement encensée par la représentante de ELLE qui l'a qualifiée de vertueuse. L'Oréal garantit aux femmes, l'année de leur congé maternité une progression de rémunération automatiquement égale à la moyenne des augmentations individuelles de leurs collègues. Ce qui n'exclut pas une augmentation individuelle en fonction de leurs performance.
Elle est donc en bonne place au menu de la 5eme proposition. Sauf que ...
Sauf que c'est juste que l'Oréal applique la loi et l'article L1225-26 du Code du travail. Cet article date de 2006 et faisait partie de ce qu'on a appelé la loi Ameline.
J'en suis restée songeuse. Je suppose que les entreprises appliquent la loi mais qui informe les gens de leurs droits ? Significatif en tout cas d'une certaine façon de fonctionner : accumuler des textes plutôt que de veiller à l'application de ceux qui existent.
Et je ne suis pas certaine que tous les Comités d'entreprises mettent beaucoup d'énergie à analyser le rapport sur l'égalité hommes/femmes (obligatoire dans les grandes entreprises) et à exiger des mesures.
EDIT : on me dit qu'il n'est plus fait mention de cette proposition sur le site de ELLE. Mais elle est bien en toutes lettres dans le livre blanc et en page 191 du ELLE de cette semaine
Par Olympe le dimanche 9 mai 2010, 20:27 - Lien permanent
Mme Valérie Aveline DRH de l'OReal a présenté les actions mises en place par le groupe pour favoriser l'égalité hommes/femmes.
Une attention particulière est portée aux parents (et pas seulement aux mères elle a insisté là dessus) pour qu'ils puissent concilier vie familiale et vie privée selon leurs désirs. L'Oréal fait partie des entreprises qui ont signé la charte de la parentalité.
Et tout est fait pour que le congé maternité ne contribue pas à accentuer les inégalités .
La dernière mesure a déclenché les applaudissements de la salle et a ensuite été largement encensée par la représentante de ELLE qui l'a qualifiée de vertueuse. L'Oréal garantit aux femmes, l'année de leur congé maternité une progression de rémunération automatiquement égale à la moyenne des augmentations individuelles de leurs collègues. Ce qui n'exclut pas une augmentation individuelle en fonction de leurs performance.
Elle est donc en bonne place au menu de la 5eme proposition. Sauf que ...
Sauf que c'est juste que l'Oréal applique la loi et l'article L1225-26 du Code du travail. Cet article date de 2006 et faisait partie de ce qu'on a appelé la loi Ameline.
J'en suis restée songeuse. Je suppose que les entreprises appliquent la loi mais qui informe les gens de leurs droits ? Significatif en tout cas d'une certaine façon de fonctionner : accumuler des textes plutôt que de veiller à l'application de ceux qui existent.
Et je ne suis pas certaine que tous les Comités d'entreprises mettent beaucoup d'énergie à analyser le rapport sur l'égalité hommes/femmes (obligatoire dans les grandes entreprises) et à exiger des mesures.
EDIT : on me dit qu'il n'est plus fait mention de cette proposition sur le site de ELLE. Mais elle est bien en toutes lettres dans le livre blanc et en page 191 du ELLE de cette semaine
L'universalisme, cache sexe de l'homme blanc, par Isabelle Germain
Point de vue
L'universalisme, cache sexe de l'homme blanc, par Isabelle Germain
LEMONDE.FR | 11.05.10 | 13h22
Le point de vue de Monsieur Ezra Suleiman intitulé Schizophrénie française sur les quotas est plutôt étrange (Le Monde du 28 avril). Selon lui, la France est contre les quotas. Puis, il affirme qu'elle est "un des rares pays à promulguer des lois qui en instaurent et sans que cela choque".
Double déni de réalité. La France n'est pas contre les quotas : un sondage réalisé en septembre dernier par Ipsos pour le groupe GEF (Grandes écoles au féminin) montre que 55 % des diplômés (hommes et femmes) des plus prestigieuses écoles de France sont favorables aux quotas. Certes, les diplômés des grandes écoles ne représentent peut-être pas la France et un sondage peut être sujet à critiques, mais c'est toujours mieux qu'une affirmation sortie de nulle part. Ensuite, "sans que cela choque"… Entre ceux qui prétendent que ce serait humiliant pour les femmes d'être désignées par des quotas et celles qui finissent par s'y ranger en se bouchant le nez, difficile d'affirmer que ça ne choque personne.
Pire : l'histoire de la loi sur l'égalité dans la sphère économique n'est pas un long fleuve tranquille. Il a fallu attendre 2006 pour commencer à en parler. Oscillant entre déclarations enfiévrées et replis prudents sur fond de coquetteries juridiques, cette législation a tout du tango argentin. Le 23 février 2006, le Parlement adopte une première loi avec quotas progressifs… Croyant voir un danger, le Conseil constitutionnel s'auto-saisit de la question, jugeant que cette disposition était contraire au principe selon lequel "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit". Illico, Marie-Jo Zimmermann, députée de la Moselle et rapporteure de l'Observatoire de la parité, dépose une proposition de loi constitutionnelle permettant, comme dans la sphère politique, de "favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales". Il a fallu attendre le 27 mai 2008 pour que l'amendement soit adopté. Ensuite, il fallait faire voter une nouvelle loi ordinaire pour passer à l'action. Adoptée à l'Assemblée nationale le 20 janvier dernier et en suspens jusqu'au vote du Sénat en juin prochain… Déjà, nombre de sénateurs UMP sont debout sur les freins. Alors, côté consensus, on repassera.
Monsieur Suleiman affirme ensuite que les femmes sont une minorité privilégiée par rapport à d'autres minorités dédaignées par la France. D'abord, les femmes ne sont pas une minorité. Elles représentent même plus de la moitié de la population. Et il y a, au sein de la population des femmes, des personnes appartenant à des minorités injustement sous-représentées dans les lieux de pouvoir. Double peine pour elles ! Ouvrir les portes du pouvoir aux minorités est en effet une question de justice, de respect de tous et d'intelligence puisqu'on est plus intelligents avec des talents variés qu'entre clones. C'est ainsi que se justifie la quête de diversité.
Concernant les femmes, la question ne se pose pas de la même façon. En leur barrant l'accès au pouvoir, la démocratie est amputée de la moitié de ses forces. On ne voit pas la vie dans la cité, la politique et l'économie de la même façon lorsqu'on s'occupe d'enfants au quotidien, lorsqu'on prend en charge le travail familial et domestique, lorsqu'on met en pratique la "solidarité entre générations". Or, aujourd'hui, 80 % de ces activités sont prises en charge par les femmes et ignorées par la politique. Aujourd'hui, par exemple, il existe une loi qui oblige les municipalités à créer un nombre de places de parking proportionnel au nombre de logements construits mais il n'existe aucune loi les obligeant à proposer un nombre de places en crèches proportionnel. (60 % des trajets effectués en voiture sont faits par les hommes et 64 % des enfants de moins de 3 ans sont gardés par leur mère qui cesse de travailler).
"LE PIB EST MASCULIN"
Les responsables politiques ne mettent pas le sujet sur la table et les journaux – dirigés par des hommes – ne dénoncent pas le manque. Ce versant de la vie de la cité tombe dans les oubliettes de la politique. De leur côté, les entreprises pénalisent leurs femmes salariées en leur offrant de moins belles carrières qu'aux hommes, les punissant ainsi de mettre au monde les enfants qui seront la richesse de demain.
Notre économie ne prend en compte que le versant masculin de la vie de la cité. Comme l'explique l'économiste Jean Gadrey, le sexe du PIB est masculin. Notre indicateur de richesses phare ne prend en compte que la production de biens et services. Tout le travail familial et domestique, et la prévention-santé ne comptent pas. Pourtant, ces activités représenteraient près de 50 % du PIB.
Et tout le monde trouve cela normal. Les économistes, les responsables politiques, les penseurs, les dirigeants de médias… Bref, ceux qui ont un avis autorisé dans le débat public sont très majoritairement des hommes qui prétendent avoir une pensée universelle. Leurs opinions et leurs priorités politiques font office de vérité. Alors pourquoi renvoyer dos à dos les minorités et les femmes pour lesquelles il faudrait condescendre à faire des quotas ? Il serait plus opportun de s'intéresser à la minorité qui détient le pouvoir : la caste des hommes, blancs, hétéros, à nom français, qui occupe les pouvoirs politique, économique, médiatique, intellectuel… Et de limiter leur participation au pouvoir à la proportion qu'ils représentent dans la société.
Isabelle Germain est directrice du webmagazine www.lesnouvellesnews.fr et l'auteure de Si elles avaient le pouvoir… (Larousse, 2009) et co-auteure du Dictionnaire iconoclaste du féminin avec Annie Batlle et Jeanne Tardieu (Bourin 2010).
L'universalisme, cache sexe de l'homme blanc, par Isabelle Germain
LEMONDE.FR | 11.05.10 | 13h22
Le point de vue de Monsieur Ezra Suleiman intitulé Schizophrénie française sur les quotas est plutôt étrange (Le Monde du 28 avril). Selon lui, la France est contre les quotas. Puis, il affirme qu'elle est "un des rares pays à promulguer des lois qui en instaurent et sans que cela choque".
Double déni de réalité. La France n'est pas contre les quotas : un sondage réalisé en septembre dernier par Ipsos pour le groupe GEF (Grandes écoles au féminin) montre que 55 % des diplômés (hommes et femmes) des plus prestigieuses écoles de France sont favorables aux quotas. Certes, les diplômés des grandes écoles ne représentent peut-être pas la France et un sondage peut être sujet à critiques, mais c'est toujours mieux qu'une affirmation sortie de nulle part. Ensuite, "sans que cela choque"… Entre ceux qui prétendent que ce serait humiliant pour les femmes d'être désignées par des quotas et celles qui finissent par s'y ranger en se bouchant le nez, difficile d'affirmer que ça ne choque personne.
Pire : l'histoire de la loi sur l'égalité dans la sphère économique n'est pas un long fleuve tranquille. Il a fallu attendre 2006 pour commencer à en parler. Oscillant entre déclarations enfiévrées et replis prudents sur fond de coquetteries juridiques, cette législation a tout du tango argentin. Le 23 février 2006, le Parlement adopte une première loi avec quotas progressifs… Croyant voir un danger, le Conseil constitutionnel s'auto-saisit de la question, jugeant que cette disposition était contraire au principe selon lequel "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit". Illico, Marie-Jo Zimmermann, députée de la Moselle et rapporteure de l'Observatoire de la parité, dépose une proposition de loi constitutionnelle permettant, comme dans la sphère politique, de "favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales". Il a fallu attendre le 27 mai 2008 pour que l'amendement soit adopté. Ensuite, il fallait faire voter une nouvelle loi ordinaire pour passer à l'action. Adoptée à l'Assemblée nationale le 20 janvier dernier et en suspens jusqu'au vote du Sénat en juin prochain… Déjà, nombre de sénateurs UMP sont debout sur les freins. Alors, côté consensus, on repassera.
Monsieur Suleiman affirme ensuite que les femmes sont une minorité privilégiée par rapport à d'autres minorités dédaignées par la France. D'abord, les femmes ne sont pas une minorité. Elles représentent même plus de la moitié de la population. Et il y a, au sein de la population des femmes, des personnes appartenant à des minorités injustement sous-représentées dans les lieux de pouvoir. Double peine pour elles ! Ouvrir les portes du pouvoir aux minorités est en effet une question de justice, de respect de tous et d'intelligence puisqu'on est plus intelligents avec des talents variés qu'entre clones. C'est ainsi que se justifie la quête de diversité.
Concernant les femmes, la question ne se pose pas de la même façon. En leur barrant l'accès au pouvoir, la démocratie est amputée de la moitié de ses forces. On ne voit pas la vie dans la cité, la politique et l'économie de la même façon lorsqu'on s'occupe d'enfants au quotidien, lorsqu'on prend en charge le travail familial et domestique, lorsqu'on met en pratique la "solidarité entre générations". Or, aujourd'hui, 80 % de ces activités sont prises en charge par les femmes et ignorées par la politique. Aujourd'hui, par exemple, il existe une loi qui oblige les municipalités à créer un nombre de places de parking proportionnel au nombre de logements construits mais il n'existe aucune loi les obligeant à proposer un nombre de places en crèches proportionnel. (60 % des trajets effectués en voiture sont faits par les hommes et 64 % des enfants de moins de 3 ans sont gardés par leur mère qui cesse de travailler).
"LE PIB EST MASCULIN"
Les responsables politiques ne mettent pas le sujet sur la table et les journaux – dirigés par des hommes – ne dénoncent pas le manque. Ce versant de la vie de la cité tombe dans les oubliettes de la politique. De leur côté, les entreprises pénalisent leurs femmes salariées en leur offrant de moins belles carrières qu'aux hommes, les punissant ainsi de mettre au monde les enfants qui seront la richesse de demain.
Notre économie ne prend en compte que le versant masculin de la vie de la cité. Comme l'explique l'économiste Jean Gadrey, le sexe du PIB est masculin. Notre indicateur de richesses phare ne prend en compte que la production de biens et services. Tout le travail familial et domestique, et la prévention-santé ne comptent pas. Pourtant, ces activités représenteraient près de 50 % du PIB.
Et tout le monde trouve cela normal. Les économistes, les responsables politiques, les penseurs, les dirigeants de médias… Bref, ceux qui ont un avis autorisé dans le débat public sont très majoritairement des hommes qui prétendent avoir une pensée universelle. Leurs opinions et leurs priorités politiques font office de vérité. Alors pourquoi renvoyer dos à dos les minorités et les femmes pour lesquelles il faudrait condescendre à faire des quotas ? Il serait plus opportun de s'intéresser à la minorité qui détient le pouvoir : la caste des hommes, blancs, hétéros, à nom français, qui occupe les pouvoirs politique, économique, médiatique, intellectuel… Et de limiter leur participation au pouvoir à la proportion qu'ils représentent dans la société.
Isabelle Germain est directrice du webmagazine www.lesnouvellesnews.fr et l'auteure de Si elles avaient le pouvoir… (Larousse, 2009) et co-auteure du Dictionnaire iconoclaste du féminin avec Annie Batlle et Jeanne Tardieu (Bourin 2010).
dimanche 9 mai 2010
Il manque 100 millions de femmes
Monde 08/05/2010 à 00h00
Il manque 100 millions de femmes
Interview
Esclavage sexuel, discriminations… des centaines de milliers de filles meurent chaque année victimes de cette oppression. Un couple de journalistes américains s’attaque, dans un livre manifeste, à cette fatalité.
Recueilli par Lorraine Millot Envoyée spéciale à New York
Ce livre peut vous changer. «Il est impossible de ne rien faire après l’avoir lu», a résumé George Clooney, saisi par Half The Sky, comme l’ont été nombre de lecteurs depuis sa sortie en septembre aux Etats-Unis. Publié en France sous le titre la Moitié du ciel, le livre de Nicholas D. Kristof et de Sheryl WuDunn, son épouse, est un manifeste. A l’instar de Dans la peau d’un Noir de John Howard Griffin pour le mouvement des droits civiques, ou du Printemps silencieux de Rachel Carson pour le mouvement écologiste, l’ouvrage se veut fondateur d’un nouveau mouvement abolitionniste pour mettre fin, cette fois-ci, à «l’esclavage des femmes» dans le monde.
Dans les bordels d’Asie, les deux auteurs ont rencontré des femmes et de toutes jeunes filles qui racontent comment elles ont été kidnappées et forcées à se prostituer. Dans le monde entier, la misère et la discrimination tuent chaque année près de 2 millions de femmes, rappellent-ils. Mais la Moitié du ciel propose aussi des solutions : libérer les femmes, les éduquer, c’est aussi le moyen le plus efficace de lutter contre la pauvreté en Asie ou en Afrique. Et chacun de nous peut y contribuer. Rencontre avec les auteurs, dans le bureau de Nicolas D. Kristof, éditorialiste reporter au New York Times. Née à New York d’une famille d’origine chinoise, Sheryl WuDunn y a rejoint son mari : elle a longtemps collaboré au New York Times, mais travaille maintenant pour une banque d’affaires.
Comment est venue l’idée de ce livre ?
Nicholas Kristof : Nous avons travaillé comme journalistes en Chine et couvert les événements de la place Tiananmen, en 1989, qui ont fait quelque 500 morts. Pendant des semaines, tous nos articles faisaient la une du journal. L’année suivante, nous tombons sur une étude selon laquelle 39 000 bébés filles meurent chaque année en Chine parce qu’elles n’ont pas le même accès à la nourriture et aux soins que les garçons. Jamais nous n’avions accordé le moindre article à ce sujet. Cela nous a menés à nous interroger sur le journalisme et aussi sur les violations des droits de l’homme en Chine. Les plus graves atteintes aux droits de l’homme ne sont pas forcément celles commises par le gouvernement. Ce sont plutôt celles infligées aux femmes, pour la seule raison qu’elles sont femmes.
Sheryl WuDunn : Mais la Chine montre aussi que les cultures peuvent changer. Il y a un siècle, c’était un endroit terrible pour une femme. Ma grand-mère a eu les pieds bandés [pratique interdite en 1912 puis en 1949, ndlr]. Aujourd’hui, tout n’est pas parfait, mais la Chine a fait un chemin considérable. Les femmes chinoises ont de larges perspectives, elles ne sont pas cantonnées au foyer, elles peuvent développer leur commerce ou leur entreprise, choisir leur emploi.
Votre livre est très dur : vous parlez «d’esclavage» des femmes dans certains pays d’Afrique ou d’Asie et dénoncez même un génocide des femmes. N’est-ce pas exagéré ?
N.K. : Chaque année dans le monde, on compte 2 millions de filles en moins que de garçons, car dans beaucoup de pays pauvres, le garçon est nourri et soigné en priorité sur la fille. Au total dans le monde, cela fait entre 50 et 110 millions de femmes qui manquent. C’est plus que le nombre de victimes de tous les génocides du XXe siècle.
Cela veut-il dire qu’en Occident, nous sommes complices ? Un génocide se produit et nous ne faisons rien ?
S.W. : Nous avons une certaine responsabilité. Comment pouvons-nous être un modèle de démocratie si celle-ci ne doit s’appliquer qu’à nos petits cercles ? Si nous tournons la tête pour ne pas voir ce qui se passe ailleurs ?
N.K. : Je ne dirais pas que c’est la faute de l’Occident. Mais si nous ne faisons rien, nous devenons complices. Pensez à ce que nous faisons en Afghanistan et au Pakistan : on dépense des sommes considérables pour tenter d’y installer plus de sécurité. On le fait en envoyant des soldats américains, qui coûtent un million de dollars par an et par soldat, ou en bombardant. Cet argent serait dépensé beaucoup plus efficacement si on investissait plutôt dans des écoles, notamment les écoles pour filles.
Vous êtes plutôt sévères avec les féministes que vous invitez à regarder au-delà de leur clocher. Elles ont dû apprécier…
S.W : Je n’ai jamais étudié la question des femmes à l’université. J’ai un grand respect pour le travail de certaines féministes. Mais elles s’adressent souvent à un cercle restreint, et nous voulons nous adresser au grand public.
N.K : Si ce livre n’avait été écrit que par Sheryl, je crois qu’il aurait été vite marginalisé. C’est injuste, mais le fait qu’un homme s’y consacre donne plus de crédibilité au sujet. Une amie féministe me l’a dit aussi : aux Etats-Unis, on n’a commencé à se soucier des droits des homosexuels que lorsque des hétérosexuels ont plaidé leur cause. De même, pour que l’on se soucie davantage des droits des femmes, il faut sans doute que les hommes en parlent.
Les dons individuels auxquels vous appelez ne suffiront pas à régler le problème. Que devraient faire nos responsables politiques ?
N.K. : Si l’Union européenne et les Etats-Unis alliaient leurs efforts pour permettre l’accès des produits africains à leurs marchés, cela serait un vrai espoir pour les économies africaines. Si le Sénégal avait une industrie pour faire des tee-shirts ou des chaussures pas chers à destination du marché européen, ce sont les femmes sénégalaises et leurs enfants qui en profiteraient.
Contre l’esclavage sexuel, que faire ?
N.K. : Nos politiques peuvent aider à braquer les projecteurs sur un sujet. Ils peuvent aller à Goma, dans l’est du Congo, où les viols et les violences contre les femmes sont systématiques. Si davantage d’hommes politiques y vont et passent quelques heures avec les survivants des viols, cela augmentera la pression pour y mettre fin. Hillary Clinton y est allée, sans se laisser arrêter par ses services de sécurité qui jugeaient cette visite trop dangereuse.
Quand Nicolas Sarkozy va en Inde, au-delà des visites d’usines, il peut aussi se rendre dans un refuge pour les femmes réchappées des bordels. La classe moyenne indienne ignore largement ce trafic des femmes. Lorsque des étrangers s’y intéressent, posent des questions, cela peut avoir un impact. Et cela est aussi valable dans d’autres pays comme le Pakistan, le Cambodge, le Vietnam… En France même, comme aux Etats-Unis, il y a certainement aussi des femmes victimes de trafic et forcées à la prostitution. On peut également donner le bon exemple en s’attaquant plus sérieusement au problème chez nous.
Sur ce point, vous prônez même la pénalisation des clients. Vous voudriez généraliser le modèle suédois à toute l’Europe, aux Etats-Unis ?
N.K. : Rien n’est parfait en ce domaine, mais le modèle suédois [qui pénalise depuis 1999 les clients des prostitués(e)s, ndlr] semble marcher plutôt mieux que les autres. Je suis surtout pour ce modèle dans tous les pays où il y a des trafics de femmes. En Inde, beaucoup de libéraux objectent qu’il vaut mieux légaliser la prostitution pour permettre aux femmes de gagner un peu d’argent et qu’elles apprennent à utiliser des préservatifs. Mais la réalité, notamment en Inde, est que la légalisation profite aux trafiquants : les filles sont kidnappées et enfermées dans des bordels qui ne sont pas vraiment surveillés. Aux Etats-Unis, je voudrais que l’expérience de la pénalisation soit tentée dans un Etat, pour voir si cela fonctionne.
Nicolas Sarkozy est très soucieux du rôle de la France dans le monde, que pourrait-il faire encore ?
N.K. : Il y a des pays, en Afrique particulièrement, où la France a une grande influence, une autorité morale. Dans l’Afrique anglophone, les gens parlent peu anglais. Dans l’Afrique francophone, ils parlent le français. Cela donne au gouvernement et aux médias français une réelle possibilité de peser sur l’ordre du jour. Vous pouvez dire que l’éducation des filles est une priorité. En République centrafricaine, la principale présence étrangère, ce sont quelques Français, et les troupes pour les évacuer en cas de troubles. Il y a un diplomate américain et quelques diplomates chinois. Même pas de présence de la Banque mondiale, le pays est pratiquement abandonné. Si quelqu’un peut y faire quelque chose en matière d’éducation, ce sont les Français.
Pour lutter cette fois contre l’esclavage des femmes, vous appelez à la création d’un mouvement abolitionniste. Où en est-il ?
N.K. : Aux Etats-Unis, notre livre s’est déjà vendu à 230 000 exemplaires, et nous préparons une série documentaire à la télévision, un jeu en ligne, une exposition itinérante, des conférences dans les universités… Chaque fois, à l’issue de ces présentations, des jeunes femmes viennent me dire : monsieur Kristof, j’ai lu votre livre et la semaine prochaine, je pars pour les Philippines, le Malawi, l’Equateur. Je les regarde, terrifié : dans ce contexte économique, laisser tomber son travail, partir ! Mais elles y croient. Sans doute beaucoup de parents me haïssent-ils. Mais je ne peux pas vous donner de chiffres, nous ne faisons qu’orienter les lecteurs vers les ONG actives sur le terrain.
Sheryl, vous êtes retournée travailler pour une banque américaine. N’est-ce pas un peu contradictoire ?
S.W. : Non, je ne pense pas que les gens doivent tout abandonner et changer de vie pour aider les autres. Mieux vaut essayer d’en faire une partie de notre vie. Mieux vaut avoir un savoir-faire que l’on entretient et que l’on peut aussi partager, quelques heures par semaine ou un mois de temps en temps. Des études scientifiques sur le bonheur montrent d’ailleurs que c’est l’une des rares choses qui peut rendre les gens plus heureux : contribuer à une cause plus grande que soi-même.
Il manque 100 millions de femmes
Interview
Esclavage sexuel, discriminations… des centaines de milliers de filles meurent chaque année victimes de cette oppression. Un couple de journalistes américains s’attaque, dans un livre manifeste, à cette fatalité.
Recueilli par Lorraine Millot Envoyée spéciale à New York
Ce livre peut vous changer. «Il est impossible de ne rien faire après l’avoir lu», a résumé George Clooney, saisi par Half The Sky, comme l’ont été nombre de lecteurs depuis sa sortie en septembre aux Etats-Unis. Publié en France sous le titre la Moitié du ciel, le livre de Nicholas D. Kristof et de Sheryl WuDunn, son épouse, est un manifeste. A l’instar de Dans la peau d’un Noir de John Howard Griffin pour le mouvement des droits civiques, ou du Printemps silencieux de Rachel Carson pour le mouvement écologiste, l’ouvrage se veut fondateur d’un nouveau mouvement abolitionniste pour mettre fin, cette fois-ci, à «l’esclavage des femmes» dans le monde.
Dans les bordels d’Asie, les deux auteurs ont rencontré des femmes et de toutes jeunes filles qui racontent comment elles ont été kidnappées et forcées à se prostituer. Dans le monde entier, la misère et la discrimination tuent chaque année près de 2 millions de femmes, rappellent-ils. Mais la Moitié du ciel propose aussi des solutions : libérer les femmes, les éduquer, c’est aussi le moyen le plus efficace de lutter contre la pauvreté en Asie ou en Afrique. Et chacun de nous peut y contribuer. Rencontre avec les auteurs, dans le bureau de Nicolas D. Kristof, éditorialiste reporter au New York Times. Née à New York d’une famille d’origine chinoise, Sheryl WuDunn y a rejoint son mari : elle a longtemps collaboré au New York Times, mais travaille maintenant pour une banque d’affaires.
Comment est venue l’idée de ce livre ?
Nicholas Kristof : Nous avons travaillé comme journalistes en Chine et couvert les événements de la place Tiananmen, en 1989, qui ont fait quelque 500 morts. Pendant des semaines, tous nos articles faisaient la une du journal. L’année suivante, nous tombons sur une étude selon laquelle 39 000 bébés filles meurent chaque année en Chine parce qu’elles n’ont pas le même accès à la nourriture et aux soins que les garçons. Jamais nous n’avions accordé le moindre article à ce sujet. Cela nous a menés à nous interroger sur le journalisme et aussi sur les violations des droits de l’homme en Chine. Les plus graves atteintes aux droits de l’homme ne sont pas forcément celles commises par le gouvernement. Ce sont plutôt celles infligées aux femmes, pour la seule raison qu’elles sont femmes.
Sheryl WuDunn : Mais la Chine montre aussi que les cultures peuvent changer. Il y a un siècle, c’était un endroit terrible pour une femme. Ma grand-mère a eu les pieds bandés [pratique interdite en 1912 puis en 1949, ndlr]. Aujourd’hui, tout n’est pas parfait, mais la Chine a fait un chemin considérable. Les femmes chinoises ont de larges perspectives, elles ne sont pas cantonnées au foyer, elles peuvent développer leur commerce ou leur entreprise, choisir leur emploi.
Votre livre est très dur : vous parlez «d’esclavage» des femmes dans certains pays d’Afrique ou d’Asie et dénoncez même un génocide des femmes. N’est-ce pas exagéré ?
N.K. : Chaque année dans le monde, on compte 2 millions de filles en moins que de garçons, car dans beaucoup de pays pauvres, le garçon est nourri et soigné en priorité sur la fille. Au total dans le monde, cela fait entre 50 et 110 millions de femmes qui manquent. C’est plus que le nombre de victimes de tous les génocides du XXe siècle.
Cela veut-il dire qu’en Occident, nous sommes complices ? Un génocide se produit et nous ne faisons rien ?
S.W. : Nous avons une certaine responsabilité. Comment pouvons-nous être un modèle de démocratie si celle-ci ne doit s’appliquer qu’à nos petits cercles ? Si nous tournons la tête pour ne pas voir ce qui se passe ailleurs ?
N.K. : Je ne dirais pas que c’est la faute de l’Occident. Mais si nous ne faisons rien, nous devenons complices. Pensez à ce que nous faisons en Afghanistan et au Pakistan : on dépense des sommes considérables pour tenter d’y installer plus de sécurité. On le fait en envoyant des soldats américains, qui coûtent un million de dollars par an et par soldat, ou en bombardant. Cet argent serait dépensé beaucoup plus efficacement si on investissait plutôt dans des écoles, notamment les écoles pour filles.
Vous êtes plutôt sévères avec les féministes que vous invitez à regarder au-delà de leur clocher. Elles ont dû apprécier…
S.W : Je n’ai jamais étudié la question des femmes à l’université. J’ai un grand respect pour le travail de certaines féministes. Mais elles s’adressent souvent à un cercle restreint, et nous voulons nous adresser au grand public.
N.K : Si ce livre n’avait été écrit que par Sheryl, je crois qu’il aurait été vite marginalisé. C’est injuste, mais le fait qu’un homme s’y consacre donne plus de crédibilité au sujet. Une amie féministe me l’a dit aussi : aux Etats-Unis, on n’a commencé à se soucier des droits des homosexuels que lorsque des hétérosexuels ont plaidé leur cause. De même, pour que l’on se soucie davantage des droits des femmes, il faut sans doute que les hommes en parlent.
Les dons individuels auxquels vous appelez ne suffiront pas à régler le problème. Que devraient faire nos responsables politiques ?
N.K. : Si l’Union européenne et les Etats-Unis alliaient leurs efforts pour permettre l’accès des produits africains à leurs marchés, cela serait un vrai espoir pour les économies africaines. Si le Sénégal avait une industrie pour faire des tee-shirts ou des chaussures pas chers à destination du marché européen, ce sont les femmes sénégalaises et leurs enfants qui en profiteraient.
Contre l’esclavage sexuel, que faire ?
N.K. : Nos politiques peuvent aider à braquer les projecteurs sur un sujet. Ils peuvent aller à Goma, dans l’est du Congo, où les viols et les violences contre les femmes sont systématiques. Si davantage d’hommes politiques y vont et passent quelques heures avec les survivants des viols, cela augmentera la pression pour y mettre fin. Hillary Clinton y est allée, sans se laisser arrêter par ses services de sécurité qui jugeaient cette visite trop dangereuse.
Quand Nicolas Sarkozy va en Inde, au-delà des visites d’usines, il peut aussi se rendre dans un refuge pour les femmes réchappées des bordels. La classe moyenne indienne ignore largement ce trafic des femmes. Lorsque des étrangers s’y intéressent, posent des questions, cela peut avoir un impact. Et cela est aussi valable dans d’autres pays comme le Pakistan, le Cambodge, le Vietnam… En France même, comme aux Etats-Unis, il y a certainement aussi des femmes victimes de trafic et forcées à la prostitution. On peut également donner le bon exemple en s’attaquant plus sérieusement au problème chez nous.
Sur ce point, vous prônez même la pénalisation des clients. Vous voudriez généraliser le modèle suédois à toute l’Europe, aux Etats-Unis ?
N.K. : Rien n’est parfait en ce domaine, mais le modèle suédois [qui pénalise depuis 1999 les clients des prostitués(e)s, ndlr] semble marcher plutôt mieux que les autres. Je suis surtout pour ce modèle dans tous les pays où il y a des trafics de femmes. En Inde, beaucoup de libéraux objectent qu’il vaut mieux légaliser la prostitution pour permettre aux femmes de gagner un peu d’argent et qu’elles apprennent à utiliser des préservatifs. Mais la réalité, notamment en Inde, est que la légalisation profite aux trafiquants : les filles sont kidnappées et enfermées dans des bordels qui ne sont pas vraiment surveillés. Aux Etats-Unis, je voudrais que l’expérience de la pénalisation soit tentée dans un Etat, pour voir si cela fonctionne.
Nicolas Sarkozy est très soucieux du rôle de la France dans le monde, que pourrait-il faire encore ?
N.K. : Il y a des pays, en Afrique particulièrement, où la France a une grande influence, une autorité morale. Dans l’Afrique anglophone, les gens parlent peu anglais. Dans l’Afrique francophone, ils parlent le français. Cela donne au gouvernement et aux médias français une réelle possibilité de peser sur l’ordre du jour. Vous pouvez dire que l’éducation des filles est une priorité. En République centrafricaine, la principale présence étrangère, ce sont quelques Français, et les troupes pour les évacuer en cas de troubles. Il y a un diplomate américain et quelques diplomates chinois. Même pas de présence de la Banque mondiale, le pays est pratiquement abandonné. Si quelqu’un peut y faire quelque chose en matière d’éducation, ce sont les Français.
Pour lutter cette fois contre l’esclavage des femmes, vous appelez à la création d’un mouvement abolitionniste. Où en est-il ?
N.K. : Aux Etats-Unis, notre livre s’est déjà vendu à 230 000 exemplaires, et nous préparons une série documentaire à la télévision, un jeu en ligne, une exposition itinérante, des conférences dans les universités… Chaque fois, à l’issue de ces présentations, des jeunes femmes viennent me dire : monsieur Kristof, j’ai lu votre livre et la semaine prochaine, je pars pour les Philippines, le Malawi, l’Equateur. Je les regarde, terrifié : dans ce contexte économique, laisser tomber son travail, partir ! Mais elles y croient. Sans doute beaucoup de parents me haïssent-ils. Mais je ne peux pas vous donner de chiffres, nous ne faisons qu’orienter les lecteurs vers les ONG actives sur le terrain.
Sheryl, vous êtes retournée travailler pour une banque américaine. N’est-ce pas un peu contradictoire ?
S.W. : Non, je ne pense pas que les gens doivent tout abandonner et changer de vie pour aider les autres. Mieux vaut essayer d’en faire une partie de notre vie. Mieux vaut avoir un savoir-faire que l’on entretient et que l’on peut aussi partager, quelques heures par semaine ou un mois de temps en temps. Des études scientifiques sur le bonheur montrent d’ailleurs que c’est l’une des rares choses qui peut rendre les gens plus heureux : contribuer à une cause plus grande que soi-même.
Inscription à :
Articles (Atom)