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La barbe
chronique : La barbe
par Aurélien Péréol, Enseignant
01.07.10
Le 3 juin, une conférence-débat à la Sorbonne fut interrompue, un petit groupe de femmes munies de fausses barbes. Elles lurent un texte, assez mal, je n'y compris rien, le distribuèrent au public et disparurent.
Le papier qu'elles ont distribué contient deux textes : un texte général sur leur groupe et un texte circonstancié à la conférence-débat. Elles veulent donc « remettre le féminisme en selle ». Elles veulent « partir à la conquête des territoires du pouvoir, sous toutes ces formes ». Si elles veulent atteindre ces buts, elles peuvent multiplier ce type d'action, si on peut appeler cela une action, autant de fois qu'elles veulent, cela n'avancera pas d'un pouce.
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Elles sont effarées, excédées, effrayées... etc. par la domination masculine... « Partout où les femmes se sentiront écrasées par la domination », il faut qu'elles surgissent avec de fausses barbes.
Les hommes se sentiraient, eux, « en terrain conquis ». Il faut leur dire « que les femmes veulent en être » et pour cela « jouer le jeu de la masculinité », « arborer les attributs du pouvoir ».
La barbe est apparemment pour elles un attribut du pouvoir !
Que feront les femmes du pouvoir ? On le verra. Pour l'instant, le mot d'ordre est de le prendre !
Au recto, le texte daté et circonstancié s'intitule « Quiris et Futura » présente les organisateurs de la conférence. Puis leur prête des intentions sous forme de questions fermées : « sied-il aux femmes de réfléchir?... Savent-elles seulement ce que démocratie numérique signifie?... »
Nulle part, elles n'écrivent le nom des femmes qui pourraient être à la tribune et qui n'y sont pas. Ni ce qu'elles y diraient, puisqu'elles présentent la conquête du pouvoir comme un combat sans autre but que le pouvoir lui-même.
« En nous proposant de réfléchir entre vous, vous nous obligeriez, messieurs. » Il faut analyser l’« entre ». Ce n'est ni « avec vous » ni « parmi vous ».
Aucun de ces hommes à la tribune n'a pensé qu'il ne seyait pas aux femmes de réfléchir. Ils n'ont jamais rien dit ou écrit qui permet une telle assertion. De même qu'aucun ne porte la barbe.
Ces femmes qui se plaignent qu'aucune femme ne soit à la tribune ne se soucient en aucune façon de s'y mettre elles-mêmes. Quand la salle aura la parole, aucune de ces femmes ne sera encore présente pour s'exprimer sur le sujet.
Cette manifestation n'est pas du tout dans le réel. Elle n'est que dans le symbolique. Elle prête des intentions à des gens, intentions mauvaises, il va de soi, pour leur faire honte et ne vise rien d'autre. Elle dit : « Regardez comme nous, les femmes, ne sommes pas considérées, voyez où sont ceux qui font le mal, condamnez-lez (moralement) avec nous... » Elle ne vise en aucune façon à résoudre le problème qu'elle pose (une inégalité de pouvoir entre hommes et femmes).
Envoi : Puisque vous vous imaginez que les hommes souhaitent réfléchir entre hommes (et sans femmes) et organisent de le faire (subtilement, par des barrières invisibles dont ils sont seuls coupables et responsables) je vous renvoie votre image, en espérant que vous ne trouverez pas que c'est dire du mal de vous : vous nous obligeriez, mesdames, à venir réfléchir avec nous (puisque vous voyez ce « nous »).
messages:
c'est quand même étonnant le nombre de tribunes, comités, débats etc où on n'a pas du tout pensé à inviter une femme! Imaginez un pays composé à 50% de noirs (ou de jaunes) et dont la représentation de la réflexion serait TOUJOURS tenue par des blancs (ou le contraire). je suis toujours étonnée de le constater et à contrario cela ne dérange à peu près personne. Prendre conscience de cela, ce serait déjà un progrès.
Sorbonne
03.07.10 | 21h28
Peut-on savoir sur quoi portait la conférence-débat et pourquoi aucun conférencier n'était une conférencière ? Quitte à dire les choses, autant préciser le contexte, non ?
Corinne B.
03.07.10 | 19h38
"Aucun de ces hommes à la tribune n'a pensé qu'il ne seyait pas aux femmes de réfléchir" Certes, mais donc il n'y avait pas de femmes à la tribunes de cette conférence-débat? Vous êtes vous demandés pourquoi? Leur aurait-on refusé les accès au savoir au cours d'une éducation et d'une orientation vers des métiers + "féminins"?
Le thème de la conférence: "Institutions, société civile, monde virtuel: les nouvelles formes de la démocratie". A Corinne B: Ce serait un problème d'éducation, pourtant 2/3 d'enseignantes ! Si vous êtes féministes, demandez la parité à l'éducation nationale. Et notamment dans les écoles dites "maternelles". Ces enfants n'ont pas de pères ? http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/hemiplegie-du-regard-politique-73177 Je dis surtout que cette manifestation ne mange pas de pain.
Médée
03.07.10 | 21h34
J'ai ajouté:
karine DORVAUX
04.07.10 | 08h33
L'école et sa féminisation certes mais soyons précis: plus on avance dans l'enseignement secondaire et universitaire, moins elles sont nombreuses (aussi le "plafond de verre" s'y retrouve). Quand l'orientation des adolescent-e-s se fait-elle ? Ce n'est pas en maternelle mais au secondaire. Ce plafond de verre psychologique s'installe, certes, tout au long de ce parcours et dès la naissance. Que l'on cesse alors de dire "ce n'est pas pour une fille" ou d'évoquer des capacités dites naturelles!
karine DORVAUX
04.07.10 | 08h25
L'"éducation" ne concerne pas que l'enseignement mais aussi les familles -à savoir la société et les représentations stéréotypées sur les sexes qui sont transmises, notamment sur les métiers "féminins" et "masculins". L'école a en effet un rôle: enseignants comme enseignantes doivent réfléchir à ce qu'ils/elles transmettent (de manière parfois inconsciente) comme clichés. Des colloques ont eu lieu récemment (Lyon en juin) et prochainement à Toulouse en novembre, par exemple... A SUIVRE.
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