samedi 14 avril 2012

Homophobie à peine voilée des enseignant-e-s

Depuis bientôt 5 ans, j'ai abordé la question de l'homophobie au sein de ma profession. Je sentais ici ou là des résistances personnelles d'enseignant-e-s à aborder la lutte contre cette discrimination que nous devons combattre (pour les textes officiels, voir http://laclassedekarine.eklablog.fr/egalite-au-coeur-des-apprentissages-a45875075 ou http://16.snuipp.fr/spip.php?article554&var_recherche=karine%20dorvaux). Chaque année, elle s'est d'ailleurs présentée à moi dans ma classe de cycle 2 -ou dans la cour de récréation qui ne compte pourtant que des enfants du CP au CE2- par la prononciation d'insultes homophobes entre élèves. Lesquelles ne sont entendues que par moi -et donc relevées- au sein de mon école. Pour moi, il faut dépasser le cadre de l'insulte car dans "pédé" par ex, les enfants ont intériorisé deux choses : le terme insultant et ce qu'elle désigne. Un sujet, l'homosexualité dont on en parle pas dans les familles ou très souvent en termes négatifs. La nécessité d'expliquer les mots et d'évoquer la possibilité de l'amour homosexuel est donc pour moi évidente. Encore hier, une élève de mon Cp marque son dégoût d'un bisou d'une copine qui dit l'aimer en disant "deux filles qui s'aiment, ce sont des gouines". Il a un mois, un de mes élèves insultait de "pédé" un autre. Et je n'entends qu'une infinité de ce qui se dit entre eux et elles.
J'ai intégré l'an dernier la commission nationale du SNUipp de lutte contre l'homophobie afin de porter ce combat avec d'autres que je ne trouvais pas à proximité. Car les réponses de collègues étaient " je n'entends pas ces insultes" (pédé ou gouine par ex) ou "ils ne savent pas ce que cela veut dire"... Sujet clos. Circulez, y'a rien à voir. Je suis, quand je veux l'évoquer, ramenée à ce discours de "je ne vois rien, je n'entends rien" ou pire, au fait que je suis "sensible" à cela pour des raisons personnelles. Il en est de même pour ma lutte contre le sexisme.

En l'espace de trois jours, cette semaine a concentré la preuve que le problème est bien là si on veut bien le voir ...
Deux jours ont suffi à pointer les représentations des enseignants eux-mêmes : mercredi, réunion Ecole et cinéma pour la programmation des films de l'année prochaine. Deux hommes présents -responsables du dispositif- et cinq femmes -dont moi- qui viennent proposer des films. Un des responsables fait des allusions aux fait qu'il a programmé cette année Robin des bois et des "hommes en collant" et au moment de partir -le moment est important- dit devoir récupérer son parapluie rose "déjà qu'avec Robin des bois et les hommes en collant", il se plaisante lui-même et c'est repris par les autres -sauf moi qui dit en gros "et alors tu as bien le droit"-. D'ailleurs il se corrige en disant "il n'est pas rose en fait"... Le lendemain, demie-journée usep, je retrouve d'autres collègues -dont deux hommes minoritaires- : les équipes sont rouges ou bleues et un des collègues emmène avec lui au lancement de l'activité -comme signe distinctif je suppose- un petit caddy rose sur lequel il plaisante en prenant je crois une pose en peu efféminée, les autres rigolent, idem je dis en gros la même chose que la veille. Une collègue me dit "c'est de l'humour" comme si je ne comprenais pas...
Deux moments brefs (de départ) qui ne laissent pas la place à la discussion : c'est un moment de blague qui ne dit pas son nom : elle repose sur une homophobie, une gayphobie pour être exacte. On se moque de l'homme efféminé qui serait homosexuel. Moment de partage, de communion du groupe contre cette figure-repoussoir. Je comprends (fais ta naïve) à présent pourquoi un tel discours sur la lutte contre l'homophobie de la part de l'Education n'atteint pas sa cible : trop dérangeant et en contradiction avec des croyances bien installées en l'hétéronormativité. Ce serait du privé dont on n'a pas à parler, surtout pas à des futur-e-s adultes, futur-e-s victimes de harcèlement de discriminations et violences ou futur-e-s agresseur-e-s. Circulez et riez, on vous a dit !

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