dimanche 6 décembre 2009

où se cache le sexisme

Un blog qui fait la même analyse que moi sur les blagues sur les blondes ...

où se cache le sexisme
2009 novembre 20
http://polluxe.wordpress.com/2009/11/20/ou-se-cache-le-sexisme/#comment-1667
mots-clés : femme, racisme, sexisme
by polluxe

Olympe dénonce à juste titre une vidéo qui sous prétexte de lutter contre le racisme utilise des insultes sexistes du style « stupid white bitch » ou « damned bitch », bitch étant l’équivalent de pétasse, de salope ou de pute… Cherchez l’erreur… Manifestement ceux qui ont élaboré cette vidéo n’y ont pas pensé, sans doute parce que le sexisme c’est banal et finalement c’est moins grave…

Cela m’a fait penser aux blagues sur les blondes qui sous prétexte de se moquer des blondes se moquent en fait des femmes, la blonde étant le faux nez de la femme. Cela permet de ne pas afficher trop ouvertement cette forme d’humour sexiste et accessoirement de ne pas tomber sous le coup de la loi en créant des pages de blagues sur les blondes sur des sites comme Humour.net.
A noter que sur leur première page de blagues sur les blondes, cinq blagues sur sept ont une connotation sexuelle… CQFD, si je puis dire :

Un gendarme arrête une blonde qui a fait un excès de vitesse. Le gendarme :
- Bonjour Mlle, puis-je voir votre permis de conduire ?
- Permis de conduire ? Qu’est- ce que c’est ?
- C’est un papier rose qui certifie que vous êtes autorisée à conduire une voiture.
- Ah oui, ca… Le voilà.
- Pourrais-je avoir votre certificat d’assurance maintenant ?
- Le certificat d’assurance ? Qu’est- ce que c’est ?
- C’est un document qui certifie que vous êtes assurée pour les dégâts que vous pourriez causer avec cette voiture.
A ce moment, le gendarme baisse sa braguette et sort son “bâton de joie”. La blonde en voyant l’instrument s’écrie :
- Oh non, encore un Alcootest…

* * *

Quelle est la différence entre une blonde et une boule de bowling ? On ne peut mettre que trois doigts dans la boule de bowling.

* * *

Qu’est-ce qu’une blonde fait quand elle trouve un 10 € par terre ? Elle se déshabille et se met à danser !

Ce serait amusant de remplacer le mot blonde par le mot noire pour voir, comme ça, si ça passerait bien.

Par ailleurs cette vidéo anti-raciste où l’on voit un noir et une blonde dans un ascenseur et où il est question de white bitch reprend à l’insu de son plein gré des fantasmes et des expressions que l’on peut trouver dans certaines vidéos… pornos, du style http:…/big-black-dick-fucking-white-bitch/

Ironie du sort, le dictionnaire Urban dictionnary donne tout un tas de définitions du terme white bitch, dont une qui signale qu’il peut être utilisé par des gens « who are racist and call people of caucasian descent white bitch »…
Bref white bitch serait une insulte sexiste et raciste…

vendredi 4 décembre 2009

Mauresmo - La révérence d’une incomprise

Elle s'en va, celle qui a tant apporté ... à tous points de vue ;-)

03 décembre 2009
Mauresmo - La révérence d’une incomprise
http://contre-pied.blog.lemonde.fr/2009/12/03/mauresmo-la-reverence-dune-incomprise/#xtor=RSS-32280322

Ça fait un petit pincement au cœur de voir partir Amélie. Parce que dans un pays prompt à encenser sans raison et à démolir sans vergogne, elle n’a sans doute jamais eu l’aura que sa carrière méritait. Quand on pense que Yannick Noah vogue en tête des classements de popularité alors qu’il n’a gagné qu’un seul tournoi du Grand Chelem alors que Mauresmo n’a jamais brigué semblables honneurs, elles qui en a gagné deux, dont le plus grand, Wimbledon…

Oui, mais voilà, Amélie n’a pas gagné Roland-Garros…

Qu’importe qu’elle fut numéro un mondial pendant 39 semaines, ce qu’aucun autre Français n’avait réussi depuis Suzanne Lenglen et les Mousquetaires, le grand public qui ne s’intéresse au tennis que pendant la quinzaine de mai-juin lui reprochera toujours ces longs passages à vide sur la terre battue d’Auteuil.

Son jeu, pourtant, aurait dû s’y prêter, puisqu’elle enleva d’autres grands tournois sur terre battue (Berlin et Rome, deux fois…). Mais jamais, sous la poussée souvent injuste du public du Central, elle ne parvint à surmonter son émotivité.

Ses détracteurs la trouvaient trop baraquée, comme si les sœurs Williams ou la plupart des joueuses qui ont dominé le tennis depuis 15 ans ne l’étaient pas, mais c’est au contraire sa fragilité qui la rendait attachante. Aucune joueuse n’analysait avec autant de gentillesse et de franchise ses exploits comme ses loupés, avec ce regard pétillant si différent du masque tétanisé de ses matches à Roland-Garros.

A voir la popularité – quasi-nulle - dont bénéficia pour sa part Mary Pierce, pourtant sacrée Porte d’Auteuil, il faut bien en conclure que la France n’aime tout simplement pas le tennis féminin.

Ce cran qu’elle n’a jamais réussi à avoir dans le tournoi qui comptait sans doute le plus pour elle, Mauresmo l’a toujours eu dans sa vie, assumant sans tralala, pathos ou revendication, ses choix de vie.

Plus rien ne l’empêchera désormais de se livrer avec encore plus d’assiduité à l’une de ses passions : le bon vin.

Amélie a des passions françaises et de bon goût. Dommage que la France n’ai jamais vraiment eu le bon goût de se passionner pour une joueuse qui le méritait.



FT

jeudi 3 décembre 2009

L'arrivée d'un enfant accroît les inégalités entre hommes et femmes

Une enquête de l'Ined montre qu'une naissance accroît les inégalités entre hommes et femmes
L'arrivée d'un enfant accroît les inégalités entre hommes et femmes
LE MONDE | 03.12.09 | 11h12 • Mis à jour le 03.12.09 | 11h25
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/12/03/l-arrivee-d-un-enfant-accroit-les-inegalites-entre-hommes-et-femmes_1275400_3224.html


La naissance d'un enfant modifie-t-elle la répartition des tâches au sein du couple ? C'est ce qu'a tenté de savoir Arnaud Régnier-Loilier, démographe à l'Institut national d'études démographiques (INED) et spécialiste de la famille. Ses conclusions sont sans ambiguïté. "L'arrivée d'un enfant accentue le déséquilibre du partage des tâches domestiques entre hommes et femmes, écrit-il dans le bulletin de l'INED Population &Sociétés. Ce sont elles qui s'éloignent du marché de l'emploi, elles aussi qui prennent davantage en charge les tâches domestiques."

Arnaud Régnier-Loilier s'est appuyé sur une enquête internationale qui a permis, en France, d'interroger plus de 2000 couples. Hommes et femmes ont été invités à deux reprises, en 2005 et 2008, à mesurer leur participation à sept tâches ménagères : la préparation des repas, la vaisselle, les courses alimentaires, le repassage, l'aspirateur, la tenue des comptes et l'organisation de la vie sociale de la famille. Parmi les couples interrogés, un quart a eu un enfant entre les deux enquêtes.

Ce travail montre, qu'aujourd'hui comme hier, les femmes assument l'essentiel des tâches domestiques. Parmi celles de 20 à 49 ans vivant en couple, 80 % s'occupent toujours ou le plus souvent du repassage et 70 % de la préparation quotidienne des repas. La tâche la moins mal partagée au sein du couple est la gestion de la vie sociale – invitations chez des amis, préparation des vacances, relations avec la famille –, mais même là les femmes s'impliquent nettement plus que les hommes.

Trois ans après ces résultats, une seconde vague d'entretiens a permis de mesurer si l'arrivée d'un enfant bouleversait la règle du jeu. La réponse est oui, mais pas dans le sens de l'égalité. "Une naissance accentue le déséquilibre du partage des tâches entre conjoints, constate M.Régnier-Loilier. Il devient particulièrement prononcé chez les couples ayant déjà un ou plusieurs enfants au premier entretien et qui se retrouvent avec un enfant supplémentaire de moins de 3 ans."

La dissymétrie se creuse pour la plupart des tâches domestiques : préparation des repas, courses alimentaires, passage de l'aspirateur ou tenue des comptes. Chez les couples qui n'ont pas eu de nouvel enfant, le partage des repas n'a ainsi pas bougé d'un pouce en trois ans. Chez ceux qui ont accueilli un bébé, le déséquilibre s'est accentué : la proportion de femmes s'occupant de la cuisine est passée de 51 % à 58 % lorsque le bébé est le premier enfant du couple, de 72 % à 77 % lorsqu'il a été précédé de frères ou sœurs.

Ces inégalités sont liées au décrochage professionnel des femmes. A la naissance d'un enfant, nombre d'entre elles délaissent le marché du travail : 25% des femmes qui ont accouché d'un premier bébé entre 2005 et 2008 ont cessé ou réduit leur activité, 32 % parmi celles qui ont eu un enfant supplémentaire. Envie de profiter d'un moment privilégié, souci de se conformer aux modèles sociaux, nécessité d'avoir du temps pour absorber le surcroît de travail domestique: tout se mêle pour éloigner les femmes du marché du travail.

Qu'il ait été désiré ou contraint, ce choix finit cependant par les confiner dans le rôle traditionnel de la femme au foyer et accentue encore le déséquilibre au sein du couple. "Le changement de situation professionnelle de la femme explique une bonne partie de l'évolution de l'organisation ménagère, souligne le démographe. Si elle a réduit ou cessé son activité, elle prend en charge plus souvent les tâches les plus quotidiennes (repas, vaisselle)."

Ce bouleversement des équilibres qui régissent le couple au quotidien ne se fait pas de gaieté de cœur : les femmes qui assurent presque toute l'organisation ménagère sont celles qui se disent le moins satisfaites de leur vie familiale. Et leur amertume croît avec le nombre d'enfants : 50 % des mères d'au moins trois enfants déclarent des taux d'insatisfaction élevés, contre 40 % des mères de deux enfants et 30 % des femmes sans enfants. Les hommes, en revanche, ne semblent pas mécontents de la situation: le nombre d'enfants, qui n'influe en rien sur leur taux d'activité, ne pèse aucunement sur leur degré de satisfaction.

Selon M.Régnier-Loilier, l'insatisfaction des femmes est liée au creusement du déséquilibre dans la répartition des tâches. "L'arrivée d'un enfant s'accompagne de tâches supplémentaires, parentales notamment, le plus souvent assumées par les femmes, écrit-il. Ajoutée à la dégradation de la répartition des tâches ménagères, cela pourrait rendre compte de l'insatisfaction plus forte des femmes ayant eu un enfant. (…) Malgré l'idéal d'égalité, la répartition des tâches au sein du couple reste fortement déséquilibrée."

Anne Chemin

mercredi 2 décembre 2009

Hommes, flemme, mode d’emploi

Vous 03/12/2009 à 00h00
Hommes, flemme, mode d’emploi
http://www.liberation.fr/vous/0101606380-hommes-flemme-mode-d-emploi

Une nouvelle étude le confirme : le partage des tâches continue de se faire au détriment des femmes. Et la situation empire lorsqu’arrivent les enfants.



Par Charlotte Rotman

Voici un petit questionnaire qui requiert la plus grande honnêteté : qui, chez vous, repasse ? Fait les courses ? La cuisine ? La vaisselle ? Les comptes ? Alors ? Paritaire ?

Voici les vrais chiffres, ceux de l’Institut national d’études démographiques (Ined) : aujourd’hui, en France, les femmes assument encore 80% des tâches domestiques. Et contrairement à ce que l’on aurait pu espérer, tout s’aggrave avec l’arrivée d’un bébé. C’est sûr, le bilan de ce dernier opuscule de l’Ined (1), rendu public aujourd’hui, n’est pas une publicité ambulante pour la maternité. S’il est diffusé largement, il est à craindre que le taux de natalité de la France (championne en la matière) ne s’affaisse brutalement.

Concrètement, l’Institut a questionné des milliers de couples en 2005, passés de nouveau au crible en 2008. Au final, et à quelques années d’écart, «les inégalités persistent». En clair, on ne peut compter sur une amélioration avec le temps. Pour l’instant, a-t-on envie d’ajouter.

Assiettes sales. En 2005, parmi les femmes en couple âgées de 20 à 49 ans, 8 sur 10 s’occupaient «toujours» ou «le plus souvent» du repassage, 7 sur 10 de la préparation des repas, une grosse moitié passait l’aspirateur et faisait les courses d’alimentation. Pour connaître la part des hommes, là, il fallait chausser ses lunettes, car ils étaient en tout petit sur le graphique des statisticiens.

Trois ans après ces premiers résultats, les retrouvailles sont amères : «Une naissance accentue le déséquilibre du partage des tâches entre conjoints», écrit Arnaud Régnier-Loilier. C’est vrai pour la plupart des tâches : repas, courses alimentaires, aspirateur, tenue des comptes. Et encore plus si le bébé n’est pas le premier.

Un exemple : qui prépare le déjeuner ou le dîner ? Chez les couples qui n’ont pas eu d’enfant entre 2005 et 2008, la répartition n’a pas changé. En 2005, les femmes sans enfant expliquaient dans 6 cas sur 10 qu’elles le faisaient «toujours» ou «le plus souvent». Les mères, elles, le font dans les trois quarts des cas. Chez les couples qui ont eu un premier bébé entre les deux entretiens, cette proportion passe de 51% à 58%. Et s’il s’agit d’un bébé supplémentaire, les chiffres s’envolent de 72% à 77%. Il en va grosso modo de même pour les courses et l’aspirateur.

Avec le premier enfant, la proportion de couples où le repassage revient «toujours» à la femme passe de 57 à 66%. Du coup, quand on lit que pour la vaisselle, «le déséquilibre reste inchangé, que la naissance soit la première ou non», on prend quasiment ça pour une bonne nouvelle… alors que les assiettes sales échoient plus souvent à la femme qu’à l’homme.

Corvées. Si la mère se retrouve davantage aspirée (et non inspirée) par l’aspirateur, c’est essentiellement parce qu’elle est plus disponible, car elle a réaménagé son temps de travail. Entre 2005 et 2008, 25% des femmes interrogées ont cessé ou réduit leur activité après l’arrivée d’un premier enfant (32%, si ce n’est pas le seul bébé). De plus, les femmes qui s’occupent de tout ne le font pas le cœur empli d’allégresse, portées par la joie de passer le plumeau ou l’éponge. Pour elles aussi, ce sont des corvées. De fait, les femmes les moins satisfaites de leur organisation sont celles qui en font le plus. Un degré de satisfaction a été demandé à chaque visite des démographes. Lui aussi varie aussi selon le nombre d’enfants à charge. Seules 30% des femmes sans enfant ont donné une note inférieure à 8 sur 10. On monte à 40% chez les mères de deux enfants, et presque 50% chez celles qui en ont au moins trois. Pour beaucoup des enquêtées, ce taux a explosé : 38% des femmes qui ont eu un enfant entre les deux enquêtes et qui ont vu la répartition de trois tâches se redessiner en leur défaveur expriment une insatisfaction plus forte que lors de la première enquête. Quelle ruine. «Le nombre d’enfants n’a en revanche aucun effet sur le degré de satisfaction des hommes», relève laconiquement Arnaud Régnier-Loilier.

Et encore, on ne parle pas du reste. Quand un bébé surgit, «des tâches supplémentaires» apparaissent, (le bain, le change, le biberon, le trajet pour la crèche ou l’école). Ces activités parentales ne sont pas étudiées ici, mais «ajoutées à la dégradation de la répartition des tâches ménagères, cela pourrait rendre compte de l’insatisfaction plus forte des femmes ayant eu un enfant». Dans deux ans, des enquêteurs viendront taper à la même porte de ces couples pour leur poser les mêmes questions. La prochaine étude est prévue pour 2011. D’ici là, hommes, au balai !

(1) Population et Sociétés, n°461. Arnaud Régnier-Loilier : «L’arrivée d’un enfant modifie-t-elle la répartition des tâches domestiques au sein du couple ?»

Sciences: les filles persistent à limiter leurs ambitions

Sciences: les filles persistent à limiter leurs ambitions

Les filles se détournent plus que les garçons des filières scientifiques, l'association «Femmes et maths», organise une journée intitulée «Filles et maths».

http://www.liberation.fr/societe/0101606256-les-filles-limitent-leurs-ambitions

Par VÉRONIQUE SOULÉ

Les préjugés ont la vie dure: les garçons dans les filières industrielles et scientifiques, les filles dans les filières littéraires et médico-sociales. Même si les choses évoluent, le parcours scolaire, puis les métiers restent encore largement marqués par les stéréotypes sexués.

Ainsi les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Et pourtant elles limitent souvent leurs ambitions lorsqu’il faut ensuite choisir une formation et se détournent plus que les garçons des filières scientifiques d’excellence.

Selon les statistiques du ministère de l’Education nationale, à niveau égal en sixième en mathématiques, 48% des filles choisissent la série scientifique S au lycée, contre 68% pour les garçons. Rien d’étonnant dès lors qu’elles ne constituent qu’un quart des effectifs ensuite dans les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques.

Par contre, fidèles à l’image traditionnelle de la femme, elles sont 80% dans la filière littéraire L au lycée et atteignent les 95% dans la filière médico-sociale, alors qu’elles sont quasiment absentes dans les filières industrielles ou de production, des domaines considérés comme masculins.

Pour lutter contre la persistance des préjugés et la prévention des filles à l’égard des sciences et des techniques, plusieurs associations se sont engagées, lançant des actions sur le terrain et organisant des colloques. Parmi elles, «Femmes et maths» et «Animath» organisent une journée intitulée «Filles et maths: une équation lumineuse» le 8 décembre à l’institut Henri Poincaré à Paris.

Parmi les professeurs des universités en mathématiques fondamentales, 37 sont des femmes, contre 538 hommes, soit un taux de 6% seulement, rappellent-elles. Ou encore : tout juste un quart des diplômés sortant des écoles d’ingénieurs sont des femmes. Une proportion qui stagne depuis plusieurs années.

Véronique Chauveau: «La société répète aux filles que les maths ne sont pas faites pour elles»

Société 30/11/2009 à 15h09
Véronique Chauveau: «La société répète aux filles que les maths ne sont pas faites pour elles»
TCHAT

Alors qu'elles sont bonnes élèves au lycée, les filles hésitent à s'embarquer dans des filières scientifiques, surtout en maths, et sont sous-représentées dans la recherche. A l'occasion du Colloque «Maths à venir 2009» à la Mutualité les 1er et 2 décembre, Véronique Chauveau, vice-présidente de l'association «Femmes et mathématiques» a répondu à vos questions.



Aude. Faire des études scientifiques c'est une chose, encore faudrait-il qu'il y ait à leurs termes des postes qui se libèrent dans les labos... ce qui est loin d'être le cas. Et pour le coup, que l'on soit fille ou garçon n'y change rien. Qu'en pensez-vous?
Véronique Chauveau. Il va y avoir de très nombreux départs à la retraite dans les labos de recherche, comme dans les industries, et un grand besoin de scientifiques. Tout le monde s'inquiète du petit nombre d'étudiants qui s'engagent dans les études scientifiques. Donc, il va y avoir des places, pour les filles et pour les garçons.

Yves. Qu'est-ce qui est déterminant, selon vous, dans la décision des filles de renoncer à ce type d'études, et de carrière?
Je pense que les mathématiques sont souvent perçues comme difficiles par les filles et les garçons. Mais ce qui fait la
différence dans la perception qu'en ont les filles, c'est que la société leur répète que ce n'est pas pour elles. Il y a de très nombreux stéréotypes véhiculés par la société qui répètent que, «les filles réussissent moins bien en mathématiques», d'autres qui disent que «le cerveau des hommes et des femmes ne fonctionne pas pareil». Celui des femmes serait moins apte à l'abstraction, à la visualisation dans l'espace, etc... Ce qu'elles entendent, sans vraiment y faire attention, c'est qu'elles ne sont pas faites pour cela. Tout le monde véhicule ces stéréotypes, à l'école aussi. Je suis enseignante, et moi-même, je véhicule ces stéréotypes en classe, à mon insu. Chaque adulte dans la société a sa responsabilité dans ce phénomène.

Cyberpepette. J'ai effectué un cursus scientifique à l'Université. J'ai obtenu une maîtrise de physique (en Angleterre) ainsi qu'un DEA d'acoustique. J'étais plutôt destinée à faire des études scientifiques, mais il faut avouer que le contenu des cours et la façon dont ils étaient dispensés ont souvent mis à rude épreuve ma motivation. Mon passage en Angleterre m'a fait découvrir de nouvelles méthodes d'enseignement ainsi qu'un univers universitaire scientifique plus ouvert aux femmes (nous étions quasiment aussi nombreuses que les hommes). Les professeurs français ne transmettraient-ils pas dans leur cours, en plus du contenu scientifique, les clichés comme quoi la science est par définition masculine?
Inconsciemment, on véhicule cette image-là. Quand on donne des exemples, on la véhicule malgré nous, parce qu'on donne des exemples de scientifiques hommes. On n'a pas beaucoup d'exemples de scientifiques femmes dans le passé, même quand elles existent on ne les connaît pas toujours.
Je pense que l'enseignement est différent en Angleterre, mais vous avez dû avoir la chance de rencontrer des enseignants sensibles à la place des femmes. Il en existe aussi en France.

Votre pseudo. Pouvez-vous à cette occasion confirmer que ma vieille cousine Louise Mehl (+1918) a bien été la première femme agrégée de maths en France?
Je ne peux pas répondre à cette question-là. Il faudrait que je cherche. Vous pouvez me recontacter à l'association
«Femmes et mathématiques».

Jabah. Est-ce que le problème ne relève pas de l'attitude des mathématiciens qui, confortés par le fait que cette matière est sélective, méprisent souvent les Humanités. Le remède est à mon avis d'enseigner des mathématiques ouvertes à la poésie, la littérature, l'histoire, qu'en pensez-vous?
Je pense que c'est une bonne remarque, et présenter les mathématiques comme plus ouvertes sur le monde et la culture attirerait sans doute plus d'élèves, que ce soient des filles ou des garçons. Mais le problème, dans l'enseignement, est souvent un problème de temps. Les bonnes idées ne manquent pas, mais leurs mises en oeuvre pratiques et souvent difficile.

Isabelle. La désaffection des filles pour les sciences ce n'est pas un phénomène nouveau, et les inciter est aussi une décision politique, qu'en pensez-vous?
Absolument. Je pense que l'on ne s'intéresse à la place des femmes en science que parce que l'on sait qu'il va y avoir des problèmes de recrutement.

Olymp. Comment peut-on connaître les débouchés offerts par les mathématiques ?
Les débouchés offerts par les mathématiques sont de plus en plus nombreux. Ça dépend à quel niveau d'études vous vous trouvez. Il y a un document qui a été fait par les Sociétés savantes des mathématiques, et l'Association Femmes et maths en partenariat avec l'Onisep qui s'appelle Zoom sur les métiers des mathématiques qui, dans un premier temps, peut répondre à cette question. D'autre part, si vous êtes au niveau universitaire, n'hésitez pas à poser des questions aux enseignants que vous rencontrez, ils seront ravis de votre intérêt et répondront volontier.

Juliette. Quelles propositions votre association préconisent-elles pour inciter les filles à pourvuivre des études scientifiques?
Notre association a des actions à plusieurs niveaux. Au niveau du secondaire, nous allons dans les classes, avec les associations Femmes et Science et Femmes ingénieurs, pour présenter les métiers scientifiques aux filles et aux garçons. Et, éventuellement, servir de modèle, montrer qu'il existe des femmes scientifiques, que c'est possible et que nous en sommes la preuve.
D'autre part, nous essayons de sensibiliser les adultes du système éducatif à la question des filles en science, au rôle qu'il joue, à l'influence des stéréotypes, à l'importance de l'âge auquel se font les choix... Nous participons à des colloques ou en organisons, pour réfléchir et agir sur la place des femmes en science. Nous organisons un forum des jeunes mathématiciennes, pour permettre à des doctorantes de rencontrer des mathématiciennes confirmées, de tisser des liens, créer un réseau, pour la première fois cette année, nous organisons deux journées Filles et mathématiques: une équation lumineuse. Une pour les jeunes filles de 14/15 ans, et une autre pour les jeunes filles en math sup.

Guigs. Pourtant les filles sont très nombreuses dans les filières scientifiques au lycée. Pourquoi les stéréotypes s'enclencheraient-ils après le bac?
Les filles sont très nombreuses au lycée en série S, (46%), parce que ce sont des bonnes élèves, et qu'elles ne veulent pas se fermer de portes en faisant des choix plus tôt. Mais, après le bac S, elles choisissent majoritairement d'aller faire des études de médecine, parce que, bien que ce soit très sélectif, la médecine, c'est bien connu, c'est s'occuper des autres.

Jabah. L'ordre (surtout dans les idées) est qualité indéniable pour l'apprentissage pour la recherche. Il n'est pas contestable que chez les adolescents, les filles sont les plus ordonnées. Même si, maintenant, la désertion des matières scientifiques est générale de la part des étudiants, les filles étaient toujours sous-représentées. Ce constat est-il dû à la sensibilité du sexe féminin qui ne trouve pas le moyen de s'exprimer dans une discipline, qui assèche le coeur d'après Chateaubriand , ou au milieu mysogine des mathématiciens, dont un célèbre géomètre dit tout bonnement dans sa conférence devant une assistance également féminine, que le cerveau de la femme n'est pas fait pour les mathématiques.. (pour ne pas le citer: Berger, conférence à Nancy).
Je ne crois pas que les mathématiciens soient plus misogynes que les autres. Ce genre d'idée sur le cerveau des femmes est partagée par des hommes, des femmes, dans tous les secteurs disciplinaires. Ceci étant, il est scandaleux qu'un mathématicien aussi réputé se permette de dire des choses pareilles.

Cykibou. J'ai l'impression au vu des gens que j'ai pu fréquenter (et c'est mon cas) que quand une fille allait vers des études et une carrière scientifique, elle avait un proche, souvent un de ses parents, qui avait un métier scientifique. Avez-vous observé quelque chose de semblable?
Il y a des études qui ont été menées par la sociologue Catherine Marry, et des collègues à elle, sur des étudiantes à Polytechnique, qui démontrent l'importance pour elles d'avoir eu des parents scientifiques père, et mère, surtout mère, d'ailleurs. C'est toujours l'idée que les exemples de femmes scientifiques sont très peu nombreux pour qu'une jeune fille puisse se projeter en tant que femme scientifique. D'où l'idée d'aller dans les établissements scolaires, par exemple. C'est plus facile pour une jeune fille dont les parents sont scientifiques, ça paraît plus naturel, plus facile.


Les filles se détournent plus que les garçons des filières scientifiques, l'association «Femmes et maths», organise une journée intitulée «Filles et maths».

mardi 1 décembre 2009

Sylvaine, née Sylvain

Enquête
Sylvaine, née Sylvain
LE MONDE | 01.12.09 | 15h25 • Mis à jour le 01.12.09 | 20h36

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/12/01/hermaphrodisme-sylvaine-nee-sylvain_1274482_3224.html

Lorsqu'elle parle, elle hésite sans cesse entre le féminin et le masculin. Sylvaine Télesfort, née il y a cinquante-trois ans sous le nom de Sylvain, se dit "surprise" par la vie tout en précisant quelques instants plus tard qu'elle a travaillé jadis comme "cuisinier". Un accord au féminin, un autre au masculin : ainsi va la grammaire de Sylvaine, qui navigue constamment entre deux sexes. "Parfois, je mélange, je ne sais plus très bien où j'en suis, soupire-t-elle. J'ai les deux facettes en moi, c'est complexe, c'est délicat."

Toute sa vie, Sylvaine Télesfort a dû faire avec cette étrange incertitude. Sa voix s'est installée à une tonalité troublante : son timbre se situe à mi-chemin entre le féminin et le masculin, à une hauteur qui perturbe souvent ses interlocuteurs. Enregistrée à sa naissance comme garçon, elle a toujours eu un tout petit sexe - "il fallait une loupe pour le voir", plaisante-t-elle - mais cet arrimage du côté du masculin n'a pas empêché une poussée mammaire à l'âge de 9 ans.

Pour la médecine, Sylvaine Télesfort présente une "altération de la formule chromosomique". Alors que les garçons affichent des caryotypes 46 XY et les filles des 46 XX, elle détient une formule infiniment plus rare, le 47 XYY. Son protocole de soin auprès de l'assurance-maladie précise qu'elle est atteinte d'"hermaphrodisme intersexué". Un constat confirmé par une expertise médicale réalisée en 2006 à la demande du tribunal de Paris : Mme Télesfort, précise-t-elle, "présente un état intersexuel".

A sa naissance, Sylvaine-Renée Télesfort s'appelait Sylvain-René. Troisième garçon de sa fratrie, il grandit à Beauvais, où son père tient un restaurant. Sylvain aime les jeux de filles et accorde déjà les verbes au féminin. "Un jour, alors que j'étais en CE2, je n'ai pas retrouvé ma table au retour des vacances de Noël, raconte-t-elle. Mon maître m'a dit qu'il fallait que j'aille à l'école d'en face, chez les filles. J'ai passé le second trimestre dans une classe où j'étais le seul garçon. Mon maître voulait m'humilier mais j'étais ravi : sans le savoir, j'étais enfin chez moi."

Sylvain grandit, se fait traiter de "quille" dans la cour de l'école, se déguise parfois en fille en cachette. "Lorsque j'avais 9 ans, une amie de mes parents a dit un jour devant moi que j'avais une petite poussée mammaire, raconte Sylvaine Télesfort. Ma mère m'a emmené chez un médecin, puis chez un généticien, qui m'ont fait sortir du cabinet pour lui parler tranquillement. Ils m'ont prescrit des traitements de testostérone à haute dose."

Pendant deux ans, des infirmières viennent tous les quinze jours faire des injections à Sylvain, qui prend peu à peu des allures masculines plus marquées. Il fait l'école buissonnière, intègre une pension religieuse, part pendant l'été à Toulon, chez son père, qui a ouvert un nouveau restaurant après son divorce. Au terme de deux années passées dans un centre de formation à la menuiserie, Sylvain rejoint son père sur la Côte d'Azur dans le cadre d'un contrat d'apprentissage.

Le jeune homme n'a aucune vie sexuelle, il est instable, inquiet, perturbé par ses interrogations identitaires. "Au vu de mon dossier, un médecin, à Toulon, m'a expliqué un jour que j'étais hermaphrodite. Je ne connaissais même pas ce mot ! Je n'en ai parlé à personne, j'avais trop honte, je restais dans mon coin." Sylvain Télesfort travaille dans des restaurants, devient manutentionnaire, commence une formation de comptable. "Mon côté féminin s'imposait peu à peu, j'ai eu une nouvelle poussée mammaire."

En 1997, Sylvain Télesfort, qui a passé un permis poids lourd pour travailler en solitaire, se décide à parler à sa mère. "J'avais apporté mes dossiers médicaux, raconte-t-elle. Je lui ai dit que j'étais hermaphrodite, que lorsque j'étais enfant, on avait tenté de pousser chez moi le côté masculin à coups d'injections de testostérone mais que j'étais sans doute plus proche du féminin. Elle était sous le choc, elle ne voulait pas y croire. Elle apprenait soudainement que son fils de 41 ans était en fait une fille."

Sa mère décède un an plus tard et Sylvain Télesfort finit par décider de se faire opérer pour devenir une femme à part entière. Dans une attestation datée de 2003, le médecin qui le suit depuis deux ans au Centre médical Europe, à Paris, souligne que "son cas sort de l'habitude" : alors que les transsexuels demandent à rejoindre l'autre sexe, Sylvain Télesfort se situe déjà au milieu du gué. "Il y a, à mon sens, lieu d'accéder à sa demande, non plus de réassignation mais plutôt de réparation", précise-t-il dans une lettre datée du 28 janvier 2003.

En février 2004, Sylvain Télesfort se rend dans un hôpital belge, à Gand, afin de subir une plastie mammaire bilatérale et une vaginoplastie. "Je suis restée douze heures au bloc opératoire, j'ai contracté un staphylocoque doré et j'ai été hospitalisée pendant vingt et un jours, raconte-t-elle. J'étais épuisée mais réparée. J'avais l'impression d'être enfin moi-même." Le retour à Beauvais est cependant douloureux : l'un de ses frères accepte mal de voir Sylvain devenir sa soeur tandis que certains de ses voisins le traitent de transsexuel, voire de pédophile.

En 2005, Sylvaine Télesfort décide de saisir la justice afin de mettre son état civil en conformité avec ce qu'elle appelle désormais sa "nature". L'expertise ordonnée en 2006 par le tribunal de Paris relève une "dysphorie du genre", mais reconnaît l'étrangeté de son itinéraire. "On ne doit pas affirmer l'existence d'un syndrome de transsexualisme au sens strict, souligne le rapport. En effet, ce diagnostic exclut la présence d'un trouble biologique. Or, le sujet présente une altération de la formule chromosomique."

La conclusion de l'expertise est sans ambiguïté. "Au vu de l'ensemble des données médicales (physiologique, biologique et psychique) recueillies, cette personne doit être considérée maintenant comme étant de sexe féminin", concluent l'endocrinologue, le gynécologue et le psychiatre commis par les magistrats. Dans un jugement rendu le 15 mai 2007, le tribunal de Paris accède à sa demande. M. Télesfort "devra, à compter du présent jugement, être dit de sexe féminin" et se prénommer Sylvaine-Renée, écrivent les juges.

Aujourd'hui, Sylvaine se sent enfin à sa place. "Cette décision, c'est la reconnaissance totale de ma personne, sourit-elle. Je suis arrivée au bout de mon calvaire." Elle vit aujourd'hui à Beauvais d'une pension d'invalidité et d'une allocation handicapé qui lui a été accordée en raison de ses problèmes médicaux - elle a quatre maladies orphelines. En 2008, elle a créé une Association-maison intersexualité et hermaphrodisme Europe (AMIHE), qui informe sur l'intersexualité et l'hermaphrodisme. "Mon combat, désormais, ce sont les autres", conclut-elle.
Anne Chemin