Femmes ministres :
comment Sarkozy les juge
Bruno Jeudy et Carl Meeus
Le Figaro
Conséquence de la crise économique, influence de sa femme, Carla Bruni-Sarkozy, priorité donnée aux résultats, beaucoup de facteurs peuvent expliquer ce changement d’attitude du Président vis-à-vis de ses femmes ministres.
Conséquence de la crise économique, influence de sa femme, Carla Bruni-Sarkozy, priorité donnée aux résultats, beaucoup de facteurs peuvent expliquer ce changement d’attitude du Président vis-à-vis de ses femmes ministres. Crédits photo : (Pascal Lebrun/Pix/Visual)
Avec la crise, le code a changé. Rachida, Rama, Roselyne, Fadela, Christine... Moins de deux ans après leurs nominations, les étoiles de certaines ont pâli quand d’autres brillent désormais au firmament. Revanche des fourmis laborieuses sur les cigales médiatiques.
«Il y a trop de buzz autour de Rachida Dati. On pourrait en faire l’économie d’au moins les trois quarts.» Dans l’avion qui le ramène de sa tournée au Proche-Orient, au début de l’année, Nicolas Sarkozy n’est pas tendre avec sa ministre de la Justice. Devant ses collaborateurs et les journalistes qui l’accompagnent, le chef de l’Etat ne pouvait mieux faire comprendre qu’une page du quinquennat venait de se tourner.
Il est loin le temps des voyages où la garde des Sceaux jouait les stars à l’avant de l’Airbus présidentiel. C’était pourtant il y a moins de deux ans ! A cette époque, le Président appréciait de voyager entouré de ses femmes ministres à l’étranger. A la Maison-Blanche, devant le président Bush, à Westminster, devant la reine d’Angleterre, Nicolas Sarkozy était fier d’avoir à ses côtés une Rachida Dati et une Rama Yade en robe longue. Elles étaient «l’image de la France», comme le disait celui qui voulait marquer le caractère inédit de ces nominations gouvernementales en les propulsant sur le devant de la scène. Rachida Dati était au zénith de sa popularité. Une note confidentielle n’expliquait- elle pas, en septembre 2007, que sa popularité révélait «un cas spécifique et sans précédent» et que l’examen de sa cote démontrait sa capacité à «faire bouger les lignes» ?
Boutin : «On est revenu à une relation non sexuée»
«Elle est douée pour mettre une bonne ambiance», se rappelle un de ses compagnons du voyage à Cardiff. Après le quart de finale de la Coupe du monde de rugby France- Nouvelle-Zélande, l’équipée présidentielle se retrouve à Paris dans un des restaurants favoris de la ministre de la Justice. Jusqu’à 3 heures du matin, le Président et la trentaine de ses amis mangent un couscous et chantent, accompagnés à la guitare par Enrico Macias. Sur la photo, Rachida Dati est assise à la droite de Nicolas Sarkozy.
«Elle n’a pas su résister. Elle aurait pourtant dû le faire», commente aujourd’hui une proche du Président, qui ne peut que constater que Rachida Dati s’y est brûlé les ailes. Elle n’a pas vu que le temps des cigales stars était passé et que venait l’heure des fourmis laborieuses. Christine Boutin se félicite en revanche que le chef de l’Etat soit sorti de la phase où il n’avait d’yeux que pour certaines de ses collègues : «On est revenu à une relation non sexuée, plus professionnelle, plus politique. C’est bien pour tous les membres du gouvernement, hommes et femmes compris !», estime la ministre du Logement.
Il y en a une qui a compris à temps le changement d’ère, c’est Roselyne Bachelot. «Toi, tu as trouvé la bonne distance avec lui !» : Raymond Soubie, l’habile conseiller du Président, ne tarit pas d’éloges sur Roselyne Bachelot. La ministre de la Santé figure désormais en tête des ministres – femmes et hommes confondus – félicités par Nicolas Sarkozy. Leurs relations n’ont pas toujours été aussi idylliques. Longtemps, le futur Président s’est méfié de cette chiraquienne. Il la trouvait vulgaire.«Je ne suis pas bégueule. Mais franchement, Roselyne, avec ses histoires douteuses, elle me choque», confiaitil voilà quelques années au retour d’un déplacement à Nantes. Bref, rien ne les prédestinait à une collaboration aussi fructueuse.
Sauf qu’entre-temps, le code a changé. Conséquence de la crise économique, influence de sa femme, Carla Bruni-Sarkozy, priorité donnée aux résultats, beaucoup de facteurs peuvent expliquer ce changement d’attitude du Président vis-à-vis de ses femmes ministres. «Il met les politiques, hommes ou femmes, en observation, analyse sa conseillère Catherine Pégard. Il voit ceux qui réagissent, ceux qui s’enfoncent. Mais son jugement final ne se fait que sur le boulot.» Tirant les leçons de sa précédente expérience gouvernementale, Roselyne Bachelot bosse ses dossiers, évite les petites phrases et troque ses tailleurs fuchsia pour des complets bleu marine. «J’adore les couleurs, mais je sais qu’il ne faut pas», confiait-elle récemment à une proche de Sarkozy.
Létard : «Si vous me demandez d’y aller, j’irai»
A 63 ans, elle effectue un parcours sans faute. Et, lorsqu’elle affronte, pendant les fêtes de Noël, une invraisemblable succession d’erreurs médicales dans les hôpitaux, le Président la félicite depuis Rio où il est en vacances: «Bravo, Roselyne ! Toi, tu fais tout bien !» Depuis, il vante à chaque instant la «solidité» de Roselyne, qui pourrait même intégrer son «G7», ce club des ministres préférés du Président. Dans l’avion qui les conduisait il y a deux semaines en Anjou, Nicolas Sarkozy et l’élue du Maine-et-Loire ont beaucoup échangé sur le métier de politique et leur vie privée. « Je sais que tu es heureuse ; eh bien, ça me fait très plaisir», a lancé le chef de l’Etat à sa ministre. Roselyne Bachelot se désole de «l’incroyable décalage » qui existe, selon elle, entre l’image du Président renvoyée par les médias et ce qu’il est dans le privé. «Il n’a rien de brutal, de fermé au dialogue. C’est un homme qui vous écoute et que vous pouvez convaincre.»
A condition de savoir lui parler. Ce que n’a pas su faire une Rama Yade, qui a provoqué sa colère pour avoir publiquement refusé sa proposition de tirer la liste UMP en Ile-de- France aux élections européennes. Dans la même situation, une Valérie Létard a visiblement su jouer plus habilement et convaincre Nicolas Sarkozy qu’elle serait plus efficace pour le combat des régionales que pour celui des européennes dans la région Nord. Surtout, elle a toujours pris la précaution de dire en préalable : «Monsieur le Président, si vous me demandez d’y aller, j’irai.»
«Avec lui, la seule solution, c’est d’être soimême. Il aime les tempéraments directs», assure l’une de ses ministres. Nathalie Kosciusko-Morizet a pu le vérifier quand elle a dû affronter la colère d’une partie des élus UMP sur les OGM et sa fameuse bise à José Bové. Certains sont allés jusqu’à demander sa tête lors d’un petit déjeuner de la majorité à l’Elysée. S’il a souvent arbitré en sa faveur, Nicolas Sarkozy a tenté, lors d’une réunion, de lui reprocher cette histoire : «Il y a des attitudes qui ne nous ont pas aidés !» «Ah non, pas ça !», a immédiatement coupé NKM. Le Président est passé à un autre sujet. Aujourd’hui, NKM n’est plus à l’Ecologie mais à l’Economie numérique. Un changement présenté comme une rétrogradation et une humiliation. Mais, à l’Elysée, on a été sensible au fait que Nathalie Kosciusko- Morizet ne se soit pas publiquement épanchée sur son sort. «Elle a eu l’intelligence de ne rien dire. A elle de s’affirmer maintenant», commente un conseiller élyséen.
NKM a visiblement adopté la bonne stratégie avec Nicolas Sarkozy. Plus efficace, en tout cas, que celles de Rachida Dati et Rama Yade.
A l’Elysée, à l’évocation de leurs noms, certains parlent des «capricieuses».Comme l’explique un ancien ministre : «Pour Sarkozy, ce n’est pas la fonction ministérielle qui assure une progression. C’est l’élection. Or pour elles, être ministre, c’est l’alpha et l’omega.» En outre, elles n’ont pas su voir que les critères de jugement du chef de l’Etat avaient évolué depuis 2007. Nicolas Sarkozy ne cesse pourtant de leur rappeler : «Ne me rajoutez pas des problèmes, apportez-moi des solutions.» «Ce qui l’énerve, c’est de donner et de ne rien recevoir », ajoute un ministre. « Il veut des ministres qui rendent service, pas qui demandent des services», renchérit un conseiller.
Lagarde : «Si tu veux que je démissionne, dis-le tout de suite»
Toutes ne sont pas comme Nadine Morano, l’ex-porte-parole de l’UMP, qui a accepté de s’effacer devant les impérieux équilibres internes du parti. Le 17 janvier, dans le bureau du Président qui la reçoit, une semaine avant le conseil national de l’UMP qui doit entériner le nouvel organigramme, Nadine Morano comprend qu’elle ne sera ni secrétaire générale adjointe ni vice-présidente. «Tu fais du bon boulot dans ton domaine. Je n’ai rien à dire mais, à l’UMP, ça va être compliqué...», commence un Nicolas Sarkozy embarrassé. Nadine Morano l’interrompt : «Faisons simple. Tu me mets là où tu as besoin de moi. Je ne vais pas te créer un problème.»
La déception du chef de l’Etat est d’autant plus forte qu’il a engagé une partie de son crédit vis-à-vis de son camp en les nommant ministres si jeunes et sans expérience.«Il a pris des risques. A elles d’en prendre pour lui»,dit-on à l’Elysée. Mardi dans la Drôme, dans son discours à huis clos devant le millier de militants UMP venus l’écouter, Nicolas Sarkozy a rappelé qu’il avait gravi les échelons un par un.
«Tout ça se mérite. J’ai commencé par le fond de la salle.» Quand il a nommé Chantal Jouanno secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nicolas Sarkozy a pris soin de lui dire qu’il lui faudra se préparer à affronter le suffrage électoral.
«Il estime que les politiques doivent se battre. C’est comme ça qu’il les juge», analyse un de ses conseillers. C’est la raison pour laquelle il a changé d’avis sur Christine Lagarde, la ministre de l’Economie et des Finances. Au début de la crise financière, le chef de l’Etat semblait agacé par la patronne de Bercy, notamment pour son manque de sens et de poids politique. Là où un Strauss-Kahn avait su trouver les mots en évoquant un «trou d’air», quand il était ministre sous Jospin de 1997 à 1999, pour qualifier une crise et rassurer les acteurs économiques, Christine Lagarde ne trouve pas la formule adéquate. Les rumeurs de son prochain départ enflent. La ministre est déstabilisée. Alors, elle y va franchement et, à l’occasion d’un rendez-vous avec le Président, lui dit tout de go : «Si tu veux que je démissionne, tu le dis tout de suite.» «Il ne manquerait plus que ça !», lui répond Nicolas Sarkozy, qui s’empressera quelques jours plus tard de lui tresser des louanges publiques.
Mais il faudra surtout attendre le sauvetage dans l’urgence des banques pour que Nicolas Sarkozy soit véritablement bluffé par une Christine Lagarde à l’aise au téléphone au milieu de la nuit avec les principaux dirigeants politiques et économiques américains. Depuis ce jour, les critiques se sont arrêtées. Plus personne, dans l’entourage présidentiel, pour relayer des propos acerbes ou critiques du chef de l’Etat.
Avec Fadela Amara, les rapports ont évolué différemment. Quand l’ex-présidente du mouvement Ni putes ni soumises entre au gouvernement, elle dispose déjà d’une solide expérience politique (elle a milité au PS et est élue à Clermont-Ferrand). Ses débuts tonitruants, avec l’annonce de son plan contre « la glandouille de la jeunesse dans les cités », lors d’un spectaculaire Conseil des ministres décentralisé à Strasbourg (septembre 2007), en font une vedette du gouvernement. Mais très vite, l’Elysée commence à déchanter. Claude Guéant s’inquiète des approximations du plan Espoir banlieues. Nicolas Sarkozy ne s’affiche plus avec sa secrétaire d’Etat. Maintes fois annoncée, la balade en tandem dans un quartier est sans cesse reportée. Et, à ce jour, jamais effectuée. Fadela déchue, comme Rachida et Rama ? Pas tout à fait. Avec son sens politique, la secrétaire d’Etat a conquis le coeur d’une autre femme : Carla Bruni-Sarkozy.
L’appartenance au sexe féminin ne protège pas des critiques
Bingo ! Carla adore Fadela. Les deux femmes projettent de travailler ensemble dans la fondation que la première dame envisage de créer pour réduire les inégalités et favoriser la diversité. Cela n’empêche pas Nicolas Sarkozy de la placer sous surveillance. Le Président l’a flanquée d’un commissaire en charge de la diversité. Yazid Sabeg ne se prive pas, depuis sa nomination, de dire tout le mal qu’il pense du plan Espoir banlieues de Fadela Amara. L’absence de solidarité dans l’adversité est d’ailleurs flagrante. L’appartenance au sexe féminin ne protège pas des remarques acerbes de ses collègues. Peu nombreuses sont celles qui sont montées au créneau pour défendre publiquement Rama Yade ou Rachida Dati ces derniers mois. Elles auraient même tendance à en rajouter un peu ! «Elles sont allées trop loin. Elle ont voulu avoir un traitement dérogatoire », constate une ministre. «La diversité n’autorise pas tout », ajoute une autre. Plutôt que de répondre aux «calomnies», Rama Yade laisse Sarkozy seul juge de son travail avec les ONG, quasiment toutes de gauche ! De son côté, Rachida Dati se rapproche de Jean-François Copé, avec qui elle s’entend bien depuis longtemps, et des chiraquiens François Baroin ou encore Christian Jacob. «J’aime le tempérament de cette fille», confie l’ancien ministre, qui admet avoir «très souvent Rachida au téléphone ».Une stratégie à hauts risques vis-à-vis de Sarkozy.
Quand NKM a été malmenée sur les OGM, même solitude. «Elle n’a pas fait le boulot classique de déminage, quand on invite en amont les élus pour identifier les pour et les contre», constatait à l’époque une de ses collègues. «Elle a voulu se faire une notoriété sur le dos des autres», se plaignait une autre. Michèle Alliot-Marie peut bien organiser un déjeuner de femmes ministres et inviter le Président, Valérie Létard convier ses collègues à l’occasion de la Journée internationale de la femme, les solidarités ne durent que le temps de ces repas. La politique reprend vite ses droits et, dans ce domaine, elles n’ont aucune leçon à recevoir des hommes.
Comme eux, elles savent aussi qu’en politique rien n’est jamais définitif. Le Président est tout de même obligé de tenir compte de la cote de popularité de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme. Et, quand il évoque la ministre de la Justice, il prend toujours soin de préciser qu’elle a mené à bien la réforme de la carte judiciaire. Après son discours au conseil national de l’UMP, en janvier dernier, il a fait venir Rachida Dati dans sa loge : «Tu as entendu ce que j’ai dit. En politique, il y a des alles-retours. Regarde l’exemple de Xavier Bertrand.»
Elle, comme les autres, devrait méditer la parabole de l’alpiniste chère à Roselyne Bachelot, qui s’applique parfaitement à leurs relations avec le Président : «Pour assurer une prise, l’alpiniste doit parfois savoir faire un détour pour continuer à grimper...»
mardi 5 janvier 2010
L’épuisant créneau des femmes
L’épuisant créneau des femmes
Libération
Par EMMANUÈLE PEYRET
La plage pour femmes, c’est déjà limite. Le taxi pour femmes, le wagon pour femmes, passent encore. Mais alors là, c’est le pompon chinois avec ce parking pour femmes qui n’a vocation ni de respecter une quelconque pudeur féminine ni de veiller à la sécurité des femmes sur la voie et les transports publics. Non, c’est juste un parking dans un centre commercial, avec des places «plus larges» et des enseignes «plus colorées» qui se voient mieux, et qui donc, selon le responsable du centre de Wanxiang (nord de la Chine) dont nous tairons le nom pour lui épargner une éventuelle émasculation, sont mieux adaptées. Parce que c’est bien connu, c’est comme dans Oui-Oui, il faut un monde très coloré pour les femmes. Qui n’ont également aucune idée des proportions, d’où les places plus larges.
Libération
Par EMMANUÈLE PEYRET
La plage pour femmes, c’est déjà limite. Le taxi pour femmes, le wagon pour femmes, passent encore. Mais alors là, c’est le pompon chinois avec ce parking pour femmes qui n’a vocation ni de respecter une quelconque pudeur féminine ni de veiller à la sécurité des femmes sur la voie et les transports publics. Non, c’est juste un parking dans un centre commercial, avec des places «plus larges» et des enseignes «plus colorées» qui se voient mieux, et qui donc, selon le responsable du centre de Wanxiang (nord de la Chine) dont nous tairons le nom pour lui épargner une éventuelle émasculation, sont mieux adaptées. Parce que c’est bien connu, c’est comme dans Oui-Oui, il faut un monde très coloré pour les femmes. Qui n’ont également aucune idée des proportions, d’où les places plus larges.
Française, vos papiers !
Société 05/01/2010 à 00h00
Française, vos papiers !
portrait
Dominique Décant-Paoli. Née au Vietnam, cette pédopsychiatre fille d’un Français et d’une métisse se voit obligée de prouver sa nationalité.
«Oui, je suis quarteronne et pur produit de la colonisation ! Je suis née à Hanoi, fille d’un Français et d’une "métisse d’Indochine", elle-même née des amours légitimes d’un inspecteur des eaux et forêts vendéen et d’une Tonkinoise.» Dominique Décant-Paoli est très en colère. Elle ne digère pas les conditions posées par le ministère de l’Intérieur au renouvellement de sa carte d’identité. Cette élégante sexagénaire, pédopsychiatre et haptopsychothérapeute, résidant dans un pavillon du très chic quartier de la Mouzaïa, dans le XIXe arrondissement de Paris, se sent renvoyée à un statut de «Française pas comme les autres».«Pour la cinquième fois de ma vie, je dois faire renouveler ma carte d’identité nationale, raconte-t-elle dans une lettre ouverte publiée par le journal en ligne Mediapart. Je me rends donc au commissariat, je fais la queue, mon tour arrive enfin et là, je tombe littéralement des nues. Je me retrouve littéralement plongée dans la faille ouverte et béante de l’histoire de France, je découvre que depuis les nouvelles dispositions de janvier 2009 du ministère de l’Intérieur, n’étant pas née sur le sol français, il me faut prouver ma nationalité sur quatre générations.»
Longtemps, l’administration a été bonne fille, il suffisait de produire ses papiers périmés pour en obtenir de nouveaux. Désormais, chaque Français doit prouver qu’il l’est. Comment ? En remontant jusqu’à l’origine de sa nationalité. Toute personne née à l’étranger ou de parents nés à l’étranger, quel que soit le pays concerné, doit s’y plier.
Mais cette exigence, ressentie comme une manifestation de défiance de l’Etat français envers ces «Français pas comme les autres», suscite chez Dominique Décant-Paoli, comme chez beaucoup de descendants d’anciens colonisés, un brutal retour du refoulé. «En l’espace d’une matinée, la violence et la souffrance ont resurgi dans ma mémoire, avec elles le souvenir d’un certain lexique colonial aux effluves nauséabondes : "le niac", "le bougnoule" ou "le raton"… J’ai revécu la misère ordinaire du sous-homme, de l’opprimé, de toutes celles et ceux qui doivent prouver qu’ils sont "dignes d’être français" et se doivent de toujours en faire plus pour le "mériter".»
L’entretien avec Dominique Décant-Paoli se déroule dans son cabinet médical situé au deuxième étage de sa maison de briques rouges. A droite de la porte, l’incontournable divan recouvert de velours vert. Sur deux murs, des étagères remplies de livres pour enfants. Posées sur les rayons, des figurines maladroites en terre que l’on imagine réalisées par les petits patients. Et partout des jouets.
De son quart vietnamien, Dominique Décant-Paoli ne porte guère la trace à part peut-être des cheveux très noirs coiffés en chignon. «Il paraît que j’ai les pommettes hautes et le nez épaté.» Rien de très typique puisque, selon elle, on lui prête parfois des origines russes ou… bretonnes. Le Vietnam, elle l’a quitté à l’âge de 5 ans «quand nous avons été chassés par le Viêt-minh». Elle n’y est retournée qu’en 2006. Là, double choc. «Je me suis dit : "Qu’est-ce que je leur ressemble ! J’ai la même gestuelle, je suis gracile comme elles, et hyperactive.» Autre choc : «J’ai compris la langue. Je ne parle pas un mot de vietnamien, ma mère ne nous l’a jamais appris, mais je l’ai entendue le parler avec ses amies, et cette langue s’est imprimée en moi à travers ma nounou.»
Après le Vietnam, les Paoli (Décant est le nom de son mari) s’installent en Guinée. Dominique et sa sœur y grandissent dans une maison située à 300 mètres de la plage. «Je sens encore l’odeur de la mer, des manguiers, des bananiers.»La famille est à l’aise, le père est chef du service des approvisionnements des mines de fer de Conakry, la mère dentiste à l’hôpital. «J’étais une petite Française comme les autres. Du côté des colons. On vivait en vase clos mais je ne m’en rendais pas compte.» A leurs filles, les parents Paoli donnent une éducation plutôt libérale. D’un côté, «on était très tenues, très polies». De l’autre, «j’ai été élevée à la garçonne, comme une sauvageonne, avec une grande liberté de corps». Sur la plage, l’adolescente se promène torse nu. Ce sont les rires de jeunes Africaines qui lui indiquent que sa poitrine est en train de pousser.
En 1958, la Guinée proclame son indépendance. Les liens avec la France sont rompus. Les Paoli quittent le pays. Dominique a 15 ans. L’atterrissage au lycée Marie-Curie de Sceaux (Hauts-de-Seine) est rude. «Là, je me suis sentie une vraie sauvageonne.» Mais la jeune femme passe brillamment son bac, enchaîne sur médecine, se marie une première fois avec un confrère dont elle a un enfant, puis avec un autre confrère dont elle a deux enfants. «J’ai vécu une cinquantaine d’années sur cette terre de France, rappelle-t-elle dans sa lettre. J’y ai étudié, aimé, souffert et travaillé sans relâche à soigner la souffrance psychique de mes concitoyens, je m’y suis mariée, j’ai eu trois enfants, j’ai payé mes impôts et voté. Aujourd’hui, la France me dit : "Tu veux qu’on te reconnaisse française ? Soit. Mais, il te faudra le prouver à chaque fois !"»
Lorsqu’à l’âge de 21 ans, «dans la France postcoloniale et gaullienne», Dominique Paoli, alors tout juste majeure, avait fait sa première demande de carte d’identité, elle avait déjà dû démontrer qu’elle était bien française. «J’ai effectué des recherches et prouvé que mon arrière-grand-père paternel était corse, donc français.» A l’époque, elle dit n’avoir ressenti qu’un «petit désagrément», insuffisant pour lever la «puissance [du] refoulement familial parfaitement construit pour [les] protéger», elle et sa sœur, de la blessure coloniale et du racisme engendré, au sein même de sa famille, par les mariages mixtes. Quarante ans plus tard, dans la France sarkozyste, Dominique Décant-Paoli a dû reprendre toutes les démarches à zéro, au cas où elle aurait «choisi la nationalité vietnamienne».«A chaque fois, on recommence tout», lui a déclaré une employée du tout nouveau «pôle de la nationalité française» inauguré le 11 juin 2009.
Dominique Décant-Paoli est psychiatre, l’entretien s’en ressent. Elle discourt, digresse, rebondit d’idée en idée, analysant ses réactions tout en parlant… De son entretien avec l’administration, elle est sortie avec «les larmes aux yeux».«C’est très émotionnant. Trois quarts de seconde, je me suis dit : "Et si jamais je devenais apatride ?"»Au fond, elle n’a aucun doute : «Je sais que j’aurai ma carte d’identité.»Mais ces événements l’ont fait réfléchir : «Ça m’a fait comprendre l’importance de la nationalité, l’appartenance symbolique à une histoire, à un peuple.»Elle-même a «une terre mère, le Vietnam,une terre d’adoption, l’Afrique etune mère patrie, la France».
Dominique Décant-Paoli en 6 dates
2 octobre 1944: Naissance à Hanoi (Vietnam).
1er novembre 1950: Quitte définitivement le Vietnam.
1958: Arrive en France.
1970: Médecin généraliste.
1977: Psychiatre.
Juillet 2009: Début de ses démarches pour renouveler sa carte d’identité.
Photomontage: Bruno Charoy
Française, vos papiers !
portrait
Dominique Décant-Paoli. Née au Vietnam, cette pédopsychiatre fille d’un Français et d’une métisse se voit obligée de prouver sa nationalité.
«Oui, je suis quarteronne et pur produit de la colonisation ! Je suis née à Hanoi, fille d’un Français et d’une "métisse d’Indochine", elle-même née des amours légitimes d’un inspecteur des eaux et forêts vendéen et d’une Tonkinoise.» Dominique Décant-Paoli est très en colère. Elle ne digère pas les conditions posées par le ministère de l’Intérieur au renouvellement de sa carte d’identité. Cette élégante sexagénaire, pédopsychiatre et haptopsychothérapeute, résidant dans un pavillon du très chic quartier de la Mouzaïa, dans le XIXe arrondissement de Paris, se sent renvoyée à un statut de «Française pas comme les autres».«Pour la cinquième fois de ma vie, je dois faire renouveler ma carte d’identité nationale, raconte-t-elle dans une lettre ouverte publiée par le journal en ligne Mediapart. Je me rends donc au commissariat, je fais la queue, mon tour arrive enfin et là, je tombe littéralement des nues. Je me retrouve littéralement plongée dans la faille ouverte et béante de l’histoire de France, je découvre que depuis les nouvelles dispositions de janvier 2009 du ministère de l’Intérieur, n’étant pas née sur le sol français, il me faut prouver ma nationalité sur quatre générations.»
Longtemps, l’administration a été bonne fille, il suffisait de produire ses papiers périmés pour en obtenir de nouveaux. Désormais, chaque Français doit prouver qu’il l’est. Comment ? En remontant jusqu’à l’origine de sa nationalité. Toute personne née à l’étranger ou de parents nés à l’étranger, quel que soit le pays concerné, doit s’y plier.
Mais cette exigence, ressentie comme une manifestation de défiance de l’Etat français envers ces «Français pas comme les autres», suscite chez Dominique Décant-Paoli, comme chez beaucoup de descendants d’anciens colonisés, un brutal retour du refoulé. «En l’espace d’une matinée, la violence et la souffrance ont resurgi dans ma mémoire, avec elles le souvenir d’un certain lexique colonial aux effluves nauséabondes : "le niac", "le bougnoule" ou "le raton"… J’ai revécu la misère ordinaire du sous-homme, de l’opprimé, de toutes celles et ceux qui doivent prouver qu’ils sont "dignes d’être français" et se doivent de toujours en faire plus pour le "mériter".»
L’entretien avec Dominique Décant-Paoli se déroule dans son cabinet médical situé au deuxième étage de sa maison de briques rouges. A droite de la porte, l’incontournable divan recouvert de velours vert. Sur deux murs, des étagères remplies de livres pour enfants. Posées sur les rayons, des figurines maladroites en terre que l’on imagine réalisées par les petits patients. Et partout des jouets.
De son quart vietnamien, Dominique Décant-Paoli ne porte guère la trace à part peut-être des cheveux très noirs coiffés en chignon. «Il paraît que j’ai les pommettes hautes et le nez épaté.» Rien de très typique puisque, selon elle, on lui prête parfois des origines russes ou… bretonnes. Le Vietnam, elle l’a quitté à l’âge de 5 ans «quand nous avons été chassés par le Viêt-minh». Elle n’y est retournée qu’en 2006. Là, double choc. «Je me suis dit : "Qu’est-ce que je leur ressemble ! J’ai la même gestuelle, je suis gracile comme elles, et hyperactive.» Autre choc : «J’ai compris la langue. Je ne parle pas un mot de vietnamien, ma mère ne nous l’a jamais appris, mais je l’ai entendue le parler avec ses amies, et cette langue s’est imprimée en moi à travers ma nounou.»
Après le Vietnam, les Paoli (Décant est le nom de son mari) s’installent en Guinée. Dominique et sa sœur y grandissent dans une maison située à 300 mètres de la plage. «Je sens encore l’odeur de la mer, des manguiers, des bananiers.»La famille est à l’aise, le père est chef du service des approvisionnements des mines de fer de Conakry, la mère dentiste à l’hôpital. «J’étais une petite Française comme les autres. Du côté des colons. On vivait en vase clos mais je ne m’en rendais pas compte.» A leurs filles, les parents Paoli donnent une éducation plutôt libérale. D’un côté, «on était très tenues, très polies». De l’autre, «j’ai été élevée à la garçonne, comme une sauvageonne, avec une grande liberté de corps». Sur la plage, l’adolescente se promène torse nu. Ce sont les rires de jeunes Africaines qui lui indiquent que sa poitrine est en train de pousser.
En 1958, la Guinée proclame son indépendance. Les liens avec la France sont rompus. Les Paoli quittent le pays. Dominique a 15 ans. L’atterrissage au lycée Marie-Curie de Sceaux (Hauts-de-Seine) est rude. «Là, je me suis sentie une vraie sauvageonne.» Mais la jeune femme passe brillamment son bac, enchaîne sur médecine, se marie une première fois avec un confrère dont elle a un enfant, puis avec un autre confrère dont elle a deux enfants. «J’ai vécu une cinquantaine d’années sur cette terre de France, rappelle-t-elle dans sa lettre. J’y ai étudié, aimé, souffert et travaillé sans relâche à soigner la souffrance psychique de mes concitoyens, je m’y suis mariée, j’ai eu trois enfants, j’ai payé mes impôts et voté. Aujourd’hui, la France me dit : "Tu veux qu’on te reconnaisse française ? Soit. Mais, il te faudra le prouver à chaque fois !"»
Lorsqu’à l’âge de 21 ans, «dans la France postcoloniale et gaullienne», Dominique Paoli, alors tout juste majeure, avait fait sa première demande de carte d’identité, elle avait déjà dû démontrer qu’elle était bien française. «J’ai effectué des recherches et prouvé que mon arrière-grand-père paternel était corse, donc français.» A l’époque, elle dit n’avoir ressenti qu’un «petit désagrément», insuffisant pour lever la «puissance [du] refoulement familial parfaitement construit pour [les] protéger», elle et sa sœur, de la blessure coloniale et du racisme engendré, au sein même de sa famille, par les mariages mixtes. Quarante ans plus tard, dans la France sarkozyste, Dominique Décant-Paoli a dû reprendre toutes les démarches à zéro, au cas où elle aurait «choisi la nationalité vietnamienne».«A chaque fois, on recommence tout», lui a déclaré une employée du tout nouveau «pôle de la nationalité française» inauguré le 11 juin 2009.
Dominique Décant-Paoli est psychiatre, l’entretien s’en ressent. Elle discourt, digresse, rebondit d’idée en idée, analysant ses réactions tout en parlant… De son entretien avec l’administration, elle est sortie avec «les larmes aux yeux».«C’est très émotionnant. Trois quarts de seconde, je me suis dit : "Et si jamais je devenais apatride ?"»Au fond, elle n’a aucun doute : «Je sais que j’aurai ma carte d’identité.»Mais ces événements l’ont fait réfléchir : «Ça m’a fait comprendre l’importance de la nationalité, l’appartenance symbolique à une histoire, à un peuple.»Elle-même a «une terre mère, le Vietnam,une terre d’adoption, l’Afrique etune mère patrie, la France».
Dominique Décant-Paoli en 6 dates
2 octobre 1944: Naissance à Hanoi (Vietnam).
1er novembre 1950: Quitte définitivement le Vietnam.
1958: Arrive en France.
1970: Médecin généraliste.
1977: Psychiatre.
Juillet 2009: Début de ses démarches pour renouveler sa carte d’identité.
Photomontage: Bruno Charoy
lundi 4 janvier 2010
Sports et homosexualité : c'est quoi le problème ?
Sports et homosexualité : c'est quoi le problème ?
LE MONDE | 04.01.10 | 09h57 • Mis à jour le 04.01.10 | 12h02
*
Buzzer !
Amélie Mauresmo, championne de tennis et homosexuelle
AP/Paul J. Bereswill
Amélie Mauresmo, championne de tennis et homosexuelle
Changer les esprits. Casser les préjugés sur les "pédés". Faire évoluer les mentalités. C'est le leitmotiv de Sports et homosexualités : c'est quoi le problème ?, documentaire produit par Capa que propose Canal+.
En plein débat sur l'identité nationale, il n'y a pas que la question de l'islam qui pose problème, pas que le racisme et son lot de préjugés qui empêchent de se sentir - et vivre - en paix dans son corps, dans son esprit, dans son pays. L'homosexualité aussi, notamment dans le monde du sport de haut niveau, où a enquêté Michel Royer. Quel est le regard des autres lorsqu'on préfère une personne du même sexe et que l'on pratique un sport viril ? Etre homo et athlète, est-ce incompatible ? Le film ne répond pas complètement à ces questions mais a le mérite de les poser à des athlètes, en activité ou en retraite.
Pas d'anonymes. Tous ont accepté de témoigner à visage découvert pour raconter leur vie d'homosexuel(le) sur les terrains ou leur confrontation à cette question, en tant qu'hétéro. "Le racisme, tout le monde est contre. L'homophobie, il y a des gens qui ne comprennent même pas pourquoi on travaille dessus", raconte ainsi Pascal Brèthes, président du Paris Foot Gay.
Cacher son petit ami, s'afficher avec des filles quand on est un garçon, avec des hommes quand on est une fille... Des consignes qu'on se donne pour se préserver, des directives parfois imposées par son propre sponsor. Mentir pour ne pas choquer, ne pas heurter ses concurrents ou ses coéquipiers. Bref, l'homo doit être invisible derrière l'athlète. En dix-huit ans, l'ancien footballeur David Ginola assure qu'il n'a jamais croisé un homosexuel. Le président de la Fédération française de football, Jean-Pierre Escalettes, a refusé de signer une charte contre l'homophobie, car, selon lui, "on fait plus de tort que de bien en essayant de trop en parler".
Pourtant, Olivier Rouyer, un ancien Bleu, et Matthew Mitcham, champion olympique de plongeon en 2008, évoquent ouvertement leur préférence sexuelle. Quelques histoires de grands champions viennent aérer ce film témoignage. Comme celle d'Al Brown, boxeur panaméen, champion du monde poids coq de 1929 à 1935, qui quitta la boxe pour s'installer en France et jouer les danseurs de claquettes dans la Revue nègre de Joséphine Baker, avant de devenir l'amant... de Jean Cocteau.
Michel Royer (France, 2009, 90 minutes)
Mustapha Kessous
LE MONDE | 04.01.10 | 09h57 • Mis à jour le 04.01.10 | 12h02
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Buzzer !
Amélie Mauresmo, championne de tennis et homosexuelle
AP/Paul J. Bereswill
Amélie Mauresmo, championne de tennis et homosexuelle
Changer les esprits. Casser les préjugés sur les "pédés". Faire évoluer les mentalités. C'est le leitmotiv de Sports et homosexualités : c'est quoi le problème ?, documentaire produit par Capa que propose Canal+.
En plein débat sur l'identité nationale, il n'y a pas que la question de l'islam qui pose problème, pas que le racisme et son lot de préjugés qui empêchent de se sentir - et vivre - en paix dans son corps, dans son esprit, dans son pays. L'homosexualité aussi, notamment dans le monde du sport de haut niveau, où a enquêté Michel Royer. Quel est le regard des autres lorsqu'on préfère une personne du même sexe et que l'on pratique un sport viril ? Etre homo et athlète, est-ce incompatible ? Le film ne répond pas complètement à ces questions mais a le mérite de les poser à des athlètes, en activité ou en retraite.
Pas d'anonymes. Tous ont accepté de témoigner à visage découvert pour raconter leur vie d'homosexuel(le) sur les terrains ou leur confrontation à cette question, en tant qu'hétéro. "Le racisme, tout le monde est contre. L'homophobie, il y a des gens qui ne comprennent même pas pourquoi on travaille dessus", raconte ainsi Pascal Brèthes, président du Paris Foot Gay.
Cacher son petit ami, s'afficher avec des filles quand on est un garçon, avec des hommes quand on est une fille... Des consignes qu'on se donne pour se préserver, des directives parfois imposées par son propre sponsor. Mentir pour ne pas choquer, ne pas heurter ses concurrents ou ses coéquipiers. Bref, l'homo doit être invisible derrière l'athlète. En dix-huit ans, l'ancien footballeur David Ginola assure qu'il n'a jamais croisé un homosexuel. Le président de la Fédération française de football, Jean-Pierre Escalettes, a refusé de signer une charte contre l'homophobie, car, selon lui, "on fait plus de tort que de bien en essayant de trop en parler".
Pourtant, Olivier Rouyer, un ancien Bleu, et Matthew Mitcham, champion olympique de plongeon en 2008, évoquent ouvertement leur préférence sexuelle. Quelques histoires de grands champions viennent aérer ce film témoignage. Comme celle d'Al Brown, boxeur panaméen, champion du monde poids coq de 1929 à 1935, qui quitta la boxe pour s'installer en France et jouer les danseurs de claquettes dans la Revue nègre de Joséphine Baker, avant de devenir l'amant... de Jean Cocteau.
Michel Royer (France, 2009, 90 minutes)
Mustapha Kessous
dimanche 3 janvier 2010
Sexe, identité et trahison
Sexe, identité et trahison
Libération du 4 janvier
Le ministre de l’Identité nationale est un homme - un vrai. Son ex-épouse s’est chargée d’en informer la France : elle publiait à la rentrée 2009 un Manuel de guérilla à l’usage des femmes, portrait dépité mais amoureux de son conjoint de trente ans en mufle machiste invétéré. Qui connaissait M. Besson, mâle amateur de sports et de femmes ? Qui eût imaginé ce ministre, sinistre sinon de gauche, en séducteur impénitent ? Et surtout, qui s’en souciait jusqu’alors ? Le montrer sous ce jour finalement flatteur aura été l’ultime cadeau de la femme «répudiée» : c’est elle qui a révélé la liaison de cet homme mûr avec une Tunisienne de 23 ans - quitte à menacer, s’il songeait à lui faire des enfants, de couper «ses fameuses cojones» (sic).
La chose, il est vrai, obsède Eric Besson. Il en parle beaucoup, en privé, et même en public : «Quand on fait de la politique, il faut avoir des cojones», déclarait-il en avril. Comme le soulignait alors Stéphane Guillon sur France Inter, «Sarkozy a la banane, et Besson les cojones». De fait, le ministre semble bien emprunter son modèle de virilité au Président, qui bombait naguère le torse contre la «racaille» en brandissant la menace du «Kärcher». Affichant sa nouvelle épouse, Nicolas Sarkozy aurait livré sans ambages la visée politique d’une telle démonstration : «Les Français veulent un président qui en a, et qui sait s’en servir.» Loin de le neutraliser, la parité mettrait-elle en relief le sexe des hommes politiques, désormais perçus en tant qu’hommes ?
Le même Stéphane Guillon a suscité l’ire d’Eric Besson en décembre, en le prévenant qu’à l’heure de la chasse aux «mariages gris», le couple «mixte» que le ministre forme désormais avec sa jeune compagne devrait être exposé à une enquête de vie privée : «A plus de trente ans d’écart, c’est obligatoire. Quand ça ne peut plus être ni pour ton physique ni pour ta vigueur, ils contrôlent !» Faute de procès, le ministre a confié à la presse qu’«une envie de 'casser la gueule' à l’humoriste l’a traversé». On songe encore à Nicolas Sarkozy apostrophant un pêcheur qui insultait aussi sa virilité : «Descends un peu !» Pour être président, ou ministre, on n’en est que plus homme.
Si l’un et l’autre en font autant en matière de virilité, c’est qu’ils ont en commun le stigmate de la trahison : le traître n’étant pas un homme vrai, il ne saurait être un vrai homme. En 1995, Nicolas Sarkozy avait abandonné Chirac pour Balladur. Et en 2007, lorsque Eric Besson a changé de camp en pleine bataille, c’est lui qui a pansé ses blessures : «Ne t’en fais pas, moi aussi j’ai été traité de traître.» Or, dans le catéchisme new age du Président, ce qui sauve la «félonie», c’est qu’elle met au jour une faille - le père absent, l’adolescence solitaire, les humiliations scolaires, etc. Aussi la traîtrise n’est-elle pas un caractère accidentel d’Eric Besson, en dépit duquel Nicolas Sarkozy l’aurait accepté ; au contraire, ce défaut s’avère une qualité essentielle, pour laquelle il l’a choisi.
La trahison souille la masculinité ; en retour, l’ostentation virile en est la rédemption. Le Président bouscule les canons traditionnels : c’est la fragilité qui ferait l’homme, à condition d’être dépassée. Ainsi en 2007, dans son discours sur l’amour : «Pourquoi toujours cacher ses faiblesses, ses douleurs, ses échecs ? C’est en les assumant, c’est en les surmontant que l’homme grandit.» Toute blessure est une ouverture. Eric Besson confesse par exemple : «Je ne bois pas, je ne sors pas, je ne joue pas aux cartes, je n’ai jamais eu cette part de la masculinité.» Mais c’est pour ajouter : «J’ai toujours beaucoup travaillé, j’avais ma famille, le peu de temps qui me restait, je l’ai consacré aux femmes.» Cette autre part, dans la psychologie néolibérale, c’est la force fragile.
Cependant, tout disciple est voué à imiter son maître. Tel est le défaut de la cuirasse virile du ministre : il n’est jamais que la copie de l’original présidentiel. Il en fait donc forcément trop. Le transfuge de la gauche finit ainsi à la droite de la droite, plus antiroyaliste que le roi, au risque de dévoiler non seulement son propre jeu, mais aussi la mâle pantomime de son «patron». Car Nicolas Sarkozy n’est-il pas lui-même pris dans un jeu d’imitation, où se dessine le spectre de Jean-Marie Le Pen ? Or, on connaît la formule de celui-ci : à la copie, les électeurs préfèrent l’original, soit le «maître étalon» de la virilité nationale. D’où le pari sarkozien : à l’inverse, appeler les Français à élire la copie contre l’original. Le Président comme le ministre sont donc condamnés ensemble à surjouer, non sans gaucherie, ce rôle emprunté.
Il en va de l’identité nationale comme de la masculinité. C’est la fuite en avant : plus, toujours plus ! L’historien George Mosse l’a montré, les nationalismes impliquent une certaine idée de l’homme. Mais le jeu exacerbé de la virilité bute aujourd’hui contre un obstacle : la «démocratie sexuelle». La liberté des femmes et l’égalité des sexes ne sont-elles pas au cœur du projet d’identité nationale que l’Etat sarkozyste oppose aux immigrés et à leurs descendants, du contrat d’accueil et d’intégration aux cérémonies de naturalisation ? Autrement dit, le «virilisme» n’est-il pas imputé précisément aux «autres» de la nation - qu’il s’agisse des «islamistes» ou des «jeunes» des banlieues ? Dès lors, comment jouer le jeu de l’identité nationale, sans la confondre avec cette altérité ?
Sans doute peut-on combattre l’érection des minarets, qui viendraient trouer le «long manteau d’églises» de nos paysages, cher à Nicolas Sarkozy. Toutefois, manteau pour manteau, la burqa fera mieux l’affaire. Hostile à la loi en juin, Eric Besson en est devenu en décembre le plus chaud partisan : y a-t-il vu l’occasion de réconcilier la virilité nationale et la démocratie sexuelle ? C’est le schéma démonté par la théoricienne indienne Gayatri Spivak : des hommes blancs sauvent des femmes de couleur en les arrachant à des hommes de couleur… Après celle de 2004, une loi sur le voile intégral viendrait ainsi demain continuer la parade de la masculinité démocratique - en attendant plus, après-demain, pour tenir encore. Mais combien de temps ? Et si en 2010, dans la course à l’abîme de l’identité intégrale, les Français allaient sauter en marche, abandonnant ce régime d’ivresse virile à sa débandade ?
Par Éric Fassin Sociologue, Ecole normale supérieure, membre du collectif Cette France-là.
Libération du 4 janvier
Le ministre de l’Identité nationale est un homme - un vrai. Son ex-épouse s’est chargée d’en informer la France : elle publiait à la rentrée 2009 un Manuel de guérilla à l’usage des femmes, portrait dépité mais amoureux de son conjoint de trente ans en mufle machiste invétéré. Qui connaissait M. Besson, mâle amateur de sports et de femmes ? Qui eût imaginé ce ministre, sinistre sinon de gauche, en séducteur impénitent ? Et surtout, qui s’en souciait jusqu’alors ? Le montrer sous ce jour finalement flatteur aura été l’ultime cadeau de la femme «répudiée» : c’est elle qui a révélé la liaison de cet homme mûr avec une Tunisienne de 23 ans - quitte à menacer, s’il songeait à lui faire des enfants, de couper «ses fameuses cojones» (sic).
La chose, il est vrai, obsède Eric Besson. Il en parle beaucoup, en privé, et même en public : «Quand on fait de la politique, il faut avoir des cojones», déclarait-il en avril. Comme le soulignait alors Stéphane Guillon sur France Inter, «Sarkozy a la banane, et Besson les cojones». De fait, le ministre semble bien emprunter son modèle de virilité au Président, qui bombait naguère le torse contre la «racaille» en brandissant la menace du «Kärcher». Affichant sa nouvelle épouse, Nicolas Sarkozy aurait livré sans ambages la visée politique d’une telle démonstration : «Les Français veulent un président qui en a, et qui sait s’en servir.» Loin de le neutraliser, la parité mettrait-elle en relief le sexe des hommes politiques, désormais perçus en tant qu’hommes ?
Le même Stéphane Guillon a suscité l’ire d’Eric Besson en décembre, en le prévenant qu’à l’heure de la chasse aux «mariages gris», le couple «mixte» que le ministre forme désormais avec sa jeune compagne devrait être exposé à une enquête de vie privée : «A plus de trente ans d’écart, c’est obligatoire. Quand ça ne peut plus être ni pour ton physique ni pour ta vigueur, ils contrôlent !» Faute de procès, le ministre a confié à la presse qu’«une envie de 'casser la gueule' à l’humoriste l’a traversé». On songe encore à Nicolas Sarkozy apostrophant un pêcheur qui insultait aussi sa virilité : «Descends un peu !» Pour être président, ou ministre, on n’en est que plus homme.
Si l’un et l’autre en font autant en matière de virilité, c’est qu’ils ont en commun le stigmate de la trahison : le traître n’étant pas un homme vrai, il ne saurait être un vrai homme. En 1995, Nicolas Sarkozy avait abandonné Chirac pour Balladur. Et en 2007, lorsque Eric Besson a changé de camp en pleine bataille, c’est lui qui a pansé ses blessures : «Ne t’en fais pas, moi aussi j’ai été traité de traître.» Or, dans le catéchisme new age du Président, ce qui sauve la «félonie», c’est qu’elle met au jour une faille - le père absent, l’adolescence solitaire, les humiliations scolaires, etc. Aussi la traîtrise n’est-elle pas un caractère accidentel d’Eric Besson, en dépit duquel Nicolas Sarkozy l’aurait accepté ; au contraire, ce défaut s’avère une qualité essentielle, pour laquelle il l’a choisi.
La trahison souille la masculinité ; en retour, l’ostentation virile en est la rédemption. Le Président bouscule les canons traditionnels : c’est la fragilité qui ferait l’homme, à condition d’être dépassée. Ainsi en 2007, dans son discours sur l’amour : «Pourquoi toujours cacher ses faiblesses, ses douleurs, ses échecs ? C’est en les assumant, c’est en les surmontant que l’homme grandit.» Toute blessure est une ouverture. Eric Besson confesse par exemple : «Je ne bois pas, je ne sors pas, je ne joue pas aux cartes, je n’ai jamais eu cette part de la masculinité.» Mais c’est pour ajouter : «J’ai toujours beaucoup travaillé, j’avais ma famille, le peu de temps qui me restait, je l’ai consacré aux femmes.» Cette autre part, dans la psychologie néolibérale, c’est la force fragile.
Cependant, tout disciple est voué à imiter son maître. Tel est le défaut de la cuirasse virile du ministre : il n’est jamais que la copie de l’original présidentiel. Il en fait donc forcément trop. Le transfuge de la gauche finit ainsi à la droite de la droite, plus antiroyaliste que le roi, au risque de dévoiler non seulement son propre jeu, mais aussi la mâle pantomime de son «patron». Car Nicolas Sarkozy n’est-il pas lui-même pris dans un jeu d’imitation, où se dessine le spectre de Jean-Marie Le Pen ? Or, on connaît la formule de celui-ci : à la copie, les électeurs préfèrent l’original, soit le «maître étalon» de la virilité nationale. D’où le pari sarkozien : à l’inverse, appeler les Français à élire la copie contre l’original. Le Président comme le ministre sont donc condamnés ensemble à surjouer, non sans gaucherie, ce rôle emprunté.
Il en va de l’identité nationale comme de la masculinité. C’est la fuite en avant : plus, toujours plus ! L’historien George Mosse l’a montré, les nationalismes impliquent une certaine idée de l’homme. Mais le jeu exacerbé de la virilité bute aujourd’hui contre un obstacle : la «démocratie sexuelle». La liberté des femmes et l’égalité des sexes ne sont-elles pas au cœur du projet d’identité nationale que l’Etat sarkozyste oppose aux immigrés et à leurs descendants, du contrat d’accueil et d’intégration aux cérémonies de naturalisation ? Autrement dit, le «virilisme» n’est-il pas imputé précisément aux «autres» de la nation - qu’il s’agisse des «islamistes» ou des «jeunes» des banlieues ? Dès lors, comment jouer le jeu de l’identité nationale, sans la confondre avec cette altérité ?
Sans doute peut-on combattre l’érection des minarets, qui viendraient trouer le «long manteau d’églises» de nos paysages, cher à Nicolas Sarkozy. Toutefois, manteau pour manteau, la burqa fera mieux l’affaire. Hostile à la loi en juin, Eric Besson en est devenu en décembre le plus chaud partisan : y a-t-il vu l’occasion de réconcilier la virilité nationale et la démocratie sexuelle ? C’est le schéma démonté par la théoricienne indienne Gayatri Spivak : des hommes blancs sauvent des femmes de couleur en les arrachant à des hommes de couleur… Après celle de 2004, une loi sur le voile intégral viendrait ainsi demain continuer la parade de la masculinité démocratique - en attendant plus, après-demain, pour tenir encore. Mais combien de temps ? Et si en 2010, dans la course à l’abîme de l’identité intégrale, les Français allaient sauter en marche, abandonnant ce régime d’ivresse virile à sa débandade ?
Par Éric Fassin Sociologue, Ecole normale supérieure, membre du collectif Cette France-là.
vendredi 1 janvier 2010
Un centième article pour la nouvelle année 2010...
Peu d'articles très personnels dans ce blog puisque de plus en plus, je colle ici des articles intéressants lus sur internet et visibles gratuitement pendant un court temps ...
2010, année des quarante années du début du MLF (date du 26 août 1970 avec la gerbe de fleurs à "plus inconnue que le soldat inconnu : sa femme")...
2010, année des quarante années du début du MLF (date du 26 août 1970 avec la gerbe de fleurs à "plus inconnue que le soldat inconnu : sa femme")...
Le viol des réfugiées “relève de leur vie privée”
11 décembre 2009
Le viol des réfugiées “relève de leur vie privée”
http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/12/11/le-viol-des-refugiees-releve-de-leur-vie-privee/
“Chaque fois qu’une femme sera martyrisée dans le monde, cette femme devra être reconnue comme citoyenne française et la France sera à ses côtés. Il faut mettre les droits de l’homme au service des droits de la femme dans le monde.” (Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence, le 7 avril 2007)
Des femmes qui se prostituent pour payer leurs passeurs, ou pour les rembourser. D’autres qui se prostituent faute de pouvoir trouver du travail, ou pour être hébergées. L’exploitation sexuelle des réfugiées n’est -hélas- pas difficile à imaginer.
La lutte contre les violences faites aux femmes vient d’être désignée, par François Fillon, “Grande Cause nationale 2010“. On sait moins que le fait d’être violée ne peut servir d’argument lors d’une demande d’asile, parce que “la persécution des femmes ne relève pas du champ du politique“, mais de “leur vie privée“…
L’information figure dans l’avant-dernier des 83 témoignages collectés par l’”Observatoire pour l’accueil des demandeurs d’asile” (OASIS), que viennent de lancer trois associations (CCPS, Cimade et l’UCJG-Robert Monnier) d’accueil de migrants (cliquez sur la flèche pour écouter le témoignage audio) :
" Quand même, ce qui est spécifique chez ces nanas là c’est que beaucoup ont été victimes de violences sexuelles, pratiquement toutes.
Oui, ça c’est clair !
Pas toutes mais une grande partie, une grande majorité.
Auparavant, avant d’arriver en France ?
Oui. Et alors la difficulté c’est que c’est vachement dur de faire reconnaître ça à l’OFPRA comme des persécutions dans le cadre de la demande d’asile. C’est pas tellement prise en compte les violences sexuelles. Purée ! Alors que tu as quand même des nanas qui en plus peuvent le démontrer.
Moi j’ai des nanas qui ont été suivies par des toubibs, avec des certificats médicaux, pas que psy, même physique, qui constatent des séquelles. Mais l’OFPRA glisse là-dessus quand même.
Et quand ce sont des nanas qui se barrent de pays où elles sont sous le coup de lois, genre charia, qui du fait qu’elles ont été victimes de violences sexuelles les rendent parias, coupables ou je ne sais pas quoi, l’OFPRA va te dire que ce sont des problèmes familiaux, personnels, ou de droit commun et que ça n’a rien à voir avec le statut de réfugié. Ça relève de leur vie privée.
C’est à dire que la persécution des femmes ne relève pas du champ du politique.
C’est super dur de le faire reconnaître.
Il y a quelques jurisprudences mais c’est marginal sur l’ensemble des situations.
Sur l’excision.
Oui mais alors il faut en arriver à l’excision quand même !"
“Votre recherche pour viol n’a pas retourné de résultat”
Accessoirement (si j’ose dire), il se trouve aussi des femmes qui doivent se prostituer pour… payer le voyage leur permettant d’aller témoigner auprès de la Cour nationale du droit d’asile (ex-Commission des recours des réfugiés) :
"J’ai une dame qui a dû se prostituer deux nuits pour payer son voyage pour aller à l’audience à la C.R.R., parce que le billet il n’est pas dans la convocation. Et ce n’est pas la seule."
J’ai eu beau chercher sur le site de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra : Votre recherche pour viol n’a pas retourné de résultat) et de la Commission des recours des réfugiés (Cnda : Nombre de documents trouvés : 34), je n’ai nulle part trouvé trace d’un texte ou d’une jurisprudence permettant d’infirmer cette (grave) accusation.
Et dans les 34 dossiers contenant le mot “sexuel” et issu de la base de données des jurisprudence de la CNDA, un tiers concerne des homosexuels, une dizaine des demandes d’asile accordées par la CNDA (après un refus initial de l’Ofpra) reposant effectivement et en partie sur des abus sexuels, mais également plusieurs cas de “rejet” de la part de la CNDA, alors même que les violences sexuelles n’étaient nullement contestées.
Citons, ainsi, le cas de Melle N., cambodgienne, dont les parents avaient été éxécutés par les Khmers Rouges et qui avait été internée, de l’âge de 11 à 14 ans, dans un camp de travail, réduite en esclavage par le militaire qui l’en avait sortie, “vendue” (à quatre reprises) à des familles qui l’ont maltraitée et abusée sexuellement, rachetée (à l’âge de 34 ans) par un couple qui l’a livrée à un réseau de prostitution (contrôlé par la police locale), avant que sa soeur (qui avait obtenue la qualité de réfugiée en France) ne la retrouve et ne parvienne à l’exfiltrer… Demande rejetée.
Il y est aussi question de Melle F., sénégalaise, “enlevée et retenue dans un camp durant une semaine et victime de sévices, notamment sexuels“, du fait de l’engagement politique de son père, son frère et son fiancé (le premier en est mort, les deux autres ont “disparus“). Demande rejetée.
Melle O., nigériane, excisée (contre la volonté de sa mère) à l’âge d’une semaine, abusée sexuellement à 10 ans par son oncle, qui voulu ensuite la marier de force alors qu’elle avait eu entre-temps un enfant de son concubin (frappé, tout comme son père, par son oncle et les autres “sages” qui voulaient la marier). Demande rejetée.
Melle L., congolaise, avait pour sa part été violée par celui qui l’avait recueilli lorsqu’elle fuit son pays, eut un enfant de ce viol, avant d’être chassée par le violeur. Demande rejetée.
Quant à Melle D., camerounaise, c’est sa fille qui fut enlevée, avant de subir des sévices sexuels afin qu’elle mette un terme à son engagement politique, avant que sa maison ne soit incendiée (entraînant la mort de sa nièce) par son ancien compagnon (qui l’avait aussi menacé, battu, et étranglé). Demande rejetée.
Les violences faites aux femmes
Le 25 novembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le Premier ministre François Fillon, entouré de Michèle Alliot-Marie, Xavier Darcos et Nadine Morano, a désigné la lutte contre les violences faites aux femmes “Grande Cause nationale 2010“.
Objectif : “donner une visibilité accrue à l’engagement des associations“, parce qu’en 2008, 157 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint, soit une femme qui décède tous les deux jours et demi… en France. Un chiffre effarant. Tout comme l’est celui des femmes victimes de violences sexuelles dans les pays en guerre.
Ainsi, en Bosnie Herzégovine, entre 20 et 50 000 femmes ont été violées dans les années 90. Au Rwanda, et rien qu’en 1994, entre 250 et 500 000 des survivantes du génocide ont ainsi été violées.
L’Organisation mondiale de la santé estime que les violences sexuelles tuent et mutilent plus de femmes entre 15 et 44 ans que les effets cumulés du cancer, du paludisme, des accidents de la route et des conflits armés.
ONG qui en ont marre qu’on ne parle quasiment jamais (ou seulement de temps en temps, marronier média aidant) de ces femmes violées, mais aussi de ces hommes, familles et communautés qui les chassent ou les répudient, sans oublier -forcément- l’impunité des violeurs, non plus que les blessures, fistules et problèmes d’odeurs afférents…
Le viol des réfugiées “relève de leur vie privée”
http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/12/11/le-viol-des-refugiees-releve-de-leur-vie-privee/
“Chaque fois qu’une femme sera martyrisée dans le monde, cette femme devra être reconnue comme citoyenne française et la France sera à ses côtés. Il faut mettre les droits de l’homme au service des droits de la femme dans le monde.” (Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence, le 7 avril 2007)
Des femmes qui se prostituent pour payer leurs passeurs, ou pour les rembourser. D’autres qui se prostituent faute de pouvoir trouver du travail, ou pour être hébergées. L’exploitation sexuelle des réfugiées n’est -hélas- pas difficile à imaginer.
La lutte contre les violences faites aux femmes vient d’être désignée, par François Fillon, “Grande Cause nationale 2010“. On sait moins que le fait d’être violée ne peut servir d’argument lors d’une demande d’asile, parce que “la persécution des femmes ne relève pas du champ du politique“, mais de “leur vie privée“…
L’information figure dans l’avant-dernier des 83 témoignages collectés par l’”Observatoire pour l’accueil des demandeurs d’asile” (OASIS), que viennent de lancer trois associations (CCPS, Cimade et l’UCJG-Robert Monnier) d’accueil de migrants (cliquez sur la flèche pour écouter le témoignage audio) :
" Quand même, ce qui est spécifique chez ces nanas là c’est que beaucoup ont été victimes de violences sexuelles, pratiquement toutes.
Oui, ça c’est clair !
Pas toutes mais une grande partie, une grande majorité.
Auparavant, avant d’arriver en France ?
Oui. Et alors la difficulté c’est que c’est vachement dur de faire reconnaître ça à l’OFPRA comme des persécutions dans le cadre de la demande d’asile. C’est pas tellement prise en compte les violences sexuelles. Purée ! Alors que tu as quand même des nanas qui en plus peuvent le démontrer.
Moi j’ai des nanas qui ont été suivies par des toubibs, avec des certificats médicaux, pas que psy, même physique, qui constatent des séquelles. Mais l’OFPRA glisse là-dessus quand même.
Et quand ce sont des nanas qui se barrent de pays où elles sont sous le coup de lois, genre charia, qui du fait qu’elles ont été victimes de violences sexuelles les rendent parias, coupables ou je ne sais pas quoi, l’OFPRA va te dire que ce sont des problèmes familiaux, personnels, ou de droit commun et que ça n’a rien à voir avec le statut de réfugié. Ça relève de leur vie privée.
C’est à dire que la persécution des femmes ne relève pas du champ du politique.
C’est super dur de le faire reconnaître.
Il y a quelques jurisprudences mais c’est marginal sur l’ensemble des situations.
Sur l’excision.
Oui mais alors il faut en arriver à l’excision quand même !"
“Votre recherche pour viol n’a pas retourné de résultat”
Accessoirement (si j’ose dire), il se trouve aussi des femmes qui doivent se prostituer pour… payer le voyage leur permettant d’aller témoigner auprès de la Cour nationale du droit d’asile (ex-Commission des recours des réfugiés) :
"J’ai une dame qui a dû se prostituer deux nuits pour payer son voyage pour aller à l’audience à la C.R.R., parce que le billet il n’est pas dans la convocation. Et ce n’est pas la seule."
J’ai eu beau chercher sur le site de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra : Votre recherche pour viol n’a pas retourné de résultat) et de la Commission des recours des réfugiés (Cnda : Nombre de documents trouvés : 34), je n’ai nulle part trouvé trace d’un texte ou d’une jurisprudence permettant d’infirmer cette (grave) accusation.
Et dans les 34 dossiers contenant le mot “sexuel” et issu de la base de données des jurisprudence de la CNDA, un tiers concerne des homosexuels, une dizaine des demandes d’asile accordées par la CNDA (après un refus initial de l’Ofpra) reposant effectivement et en partie sur des abus sexuels, mais également plusieurs cas de “rejet” de la part de la CNDA, alors même que les violences sexuelles n’étaient nullement contestées.
Citons, ainsi, le cas de Melle N., cambodgienne, dont les parents avaient été éxécutés par les Khmers Rouges et qui avait été internée, de l’âge de 11 à 14 ans, dans un camp de travail, réduite en esclavage par le militaire qui l’en avait sortie, “vendue” (à quatre reprises) à des familles qui l’ont maltraitée et abusée sexuellement, rachetée (à l’âge de 34 ans) par un couple qui l’a livrée à un réseau de prostitution (contrôlé par la police locale), avant que sa soeur (qui avait obtenue la qualité de réfugiée en France) ne la retrouve et ne parvienne à l’exfiltrer… Demande rejetée.
Il y est aussi question de Melle F., sénégalaise, “enlevée et retenue dans un camp durant une semaine et victime de sévices, notamment sexuels“, du fait de l’engagement politique de son père, son frère et son fiancé (le premier en est mort, les deux autres ont “disparus“). Demande rejetée.
Melle O., nigériane, excisée (contre la volonté de sa mère) à l’âge d’une semaine, abusée sexuellement à 10 ans par son oncle, qui voulu ensuite la marier de force alors qu’elle avait eu entre-temps un enfant de son concubin (frappé, tout comme son père, par son oncle et les autres “sages” qui voulaient la marier). Demande rejetée.
Melle L., congolaise, avait pour sa part été violée par celui qui l’avait recueilli lorsqu’elle fuit son pays, eut un enfant de ce viol, avant d’être chassée par le violeur. Demande rejetée.
Quant à Melle D., camerounaise, c’est sa fille qui fut enlevée, avant de subir des sévices sexuels afin qu’elle mette un terme à son engagement politique, avant que sa maison ne soit incendiée (entraînant la mort de sa nièce) par son ancien compagnon (qui l’avait aussi menacé, battu, et étranglé). Demande rejetée.
Les violences faites aux femmes
Le 25 novembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le Premier ministre François Fillon, entouré de Michèle Alliot-Marie, Xavier Darcos et Nadine Morano, a désigné la lutte contre les violences faites aux femmes “Grande Cause nationale 2010“.
Objectif : “donner une visibilité accrue à l’engagement des associations“, parce qu’en 2008, 157 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint, soit une femme qui décède tous les deux jours et demi… en France. Un chiffre effarant. Tout comme l’est celui des femmes victimes de violences sexuelles dans les pays en guerre.
Ainsi, en Bosnie Herzégovine, entre 20 et 50 000 femmes ont été violées dans les années 90. Au Rwanda, et rien qu’en 1994, entre 250 et 500 000 des survivantes du génocide ont ainsi été violées.
L’Organisation mondiale de la santé estime que les violences sexuelles tuent et mutilent plus de femmes entre 15 et 44 ans que les effets cumulés du cancer, du paludisme, des accidents de la route et des conflits armés.
ONG qui en ont marre qu’on ne parle quasiment jamais (ou seulement de temps en temps, marronier média aidant) de ces femmes violées, mais aussi de ces hommes, familles et communautés qui les chassent ou les répudient, sans oublier -forcément- l’impunité des violeurs, non plus que les blessures, fistules et problèmes d’odeurs afférents…
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