samedi 6 mars 2010

La journée de la femme a une origine antiféministe

La journée de la femme a une origine antiféministe
L’origine de la journée de la femme serait très ironique d’après l’historienne Françoise Picq. En effet, elle aurait eu pour objectif de base de contrecarrer l’influence du féminisme sur les femmes du peuple.


Ironie de l'histoire, la célébration d'une Journée de la femme, lancée en août 1910, avait pour but, selon son initiatrice, la socialiste Clara Zetkin, de "contrecarrer l'influence des groupes féministes sur les femmes du peuple", selon Françoise Picq, historienne à Paris IX. La militante allemande du mouvement féminin socialiste international, proche de Lénine, a lancé cette idée lors de la 2e conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, sans avancer de date précise, ajoute l'historienne dans le supplément du journal du CNRS consacré à ce 100ème anniversaire et intitulé "le long chemin vers l'égalité". Il s'agissait alors surtout d'arracher le droit de vote des femmes.


Un mensonge pour donner de la consistance au mouvement

Fait assez incroyable, en France, dans les années 1950, "toute la presse militante du PCF et de la CGT comme celle des ‘groupes femmes’ du mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux" écrit que le 8 mars commémore une manifestation de couturières new-yorkaises qui s’était déroulée le 8 mars 1857, explique l'historienne. Or cet évènement n'a jamais eu lieu, et les journaux de l'époque "n'en ont jamais fait mention", ajoute Françoise Picq qui a débusqué l'"invention" des couturières new-yorkaises il y a une trentaine d'années.


La lutte des femmes travailleuses

Au fil du temps, en France, cette commémoration soigneusement encadrée par le PCF et ses organisations satellites va s'émanciper, à l'initiative, pense Françoise Picq, de Madeleine Colin, alors dirigeante de la CGT, qui devait souhaiter lui donner un caractère moins traditionnel et réactionnaire. Elle devient alors celle de la lutte des femmes travailleuses. "Le 8 mars est devenu une date officielle il y a une trentaine d'années mais pour ma génération c'était l'anti-fête des mères", explique la philosophe et historienne Geneviève Fraisse, auteure entre autres du livre "les femmes et leur histoire".

"Ces 100 ans, ça ne veut pas dire grand chose, la lutte des femmes c'est plutôt 200 ans que 100 ans", ajoute-t-elle.

Le militantisme décalé des féministes de La Barbe

Le militantisme décalé des féministes de La Barbe
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48 • Mis à jour le 06.03.10 | 13h48


Les hommes semblent de plus en plus impliqués dans la vie familiale et domestique, et pourtant, une récente étude de l'INED montrait que les femmes assuraient toujours 80 % des tâches ménagères. Comment s'organise la répartition des rôles dans votre couple ? Avez-vous l'impression que par rapport à la génération de vos parents, les relations de couple se sont équilibrées ? Est-il plus facile aujourd'hui d'articuler vie professionnelle et vie de couple ?


A la tribune, le président s'agite fiévreusement. "Je demande aux services de sécurité d'intervenir rapidement, lance Alain Schmitz. Ces jeunes personnes doivent quitter la séance immédiatement. L'opération Mardi gras est terminée." Avant de quitter l'hémicycle sans un mot, les Barbues distribuent aux conseillers généraux un texte dénonçant la "lamentable féminisation de notre République". "Messieurs les conseillers, La Barbe vous félicite ! Contre les sirènes de la parité, vous êtes à l'avant-garde et votre résistance nous honore."

Sur 39 élus, le conseil général des Yvelines compte 35 hommes (90 %) : son exécutif de 12 membres est exclusivement masculin. Les Barbues se réjouissent de ce respect envers "l'ordre naturel des choses". "Depuis la loi sur la parité, les femmes s'infiltrent dans nos instances politiques locales, font-elles mine de s'indigner. Comment nos élus pourront-ils conserver les charges électives multiples indispensables à la conduite avisée des affaires publiques ?"

Façon Monty Python

Créée en 2008, La Barbe est un groupe féministe qui manie le second degré à la façon des Monty Python. Imperturbables, elles s'affublent d'une barbe et se rendent dans les lieux de pouvoir afin de féliciter solennellement les hommes qui résistent à l'invasion féminine. Nul tumulte ou tapage dans ces interventions inspirées par l'activisme de l'association Act Up : elles restent silencieuses afin de rendre visible, par l'absurde, l'absence des femmes dans les milieux les plus influents.

L'idée des Barbues est de renverser symboliquement les rôles. "La Barbe, c'est à la fois un jeu de miroir et un jeu de mots, raconte l'une des fondatrices, Alix Béranger, chargée de mission pour Europe Ecologie. La barbe parce qu'il s'agit d'un attribut viril : s'il faut être un homme pour exercer le pouvoir, mettons-en une ! Et la barbe, parce qu'on en avait marre de voir des assemblées d'hommes : la barbe ras-le-bol... Nos actions sont des plaidoyers visuels qui font apparaître le plafond de verre."

Le groupe est né au lendemain de l'élection présidentielle de 2007, où la candidature de Ségolène Royal avait parfois donné lieu à des réflexions sexistes. "A cette époque-là, on s'est mis à regarder le monde avec un oeil plus intransigeant, explique Mathilde Cannat, chercheuse au CNRS. On a observé les lieux de pouvoir de plus près, on a consulté les statistiques et on s'est rendu compte que la plupart comptaient très peu de femmes."

En France, la féminisation de la politique est très embryonnaire. Là où la loi impose la parité, comme dans les conseils régionaux, les femmes représentent près de la moitié des élus, mais ailleurs, les hommes restent omniprésents : ils représentent 78 % des sénateurs, 87 % des conseillers généraux et 91,5 % des maires des communes de plus de 3 500 habitants. L'Assemblée nationale ne compte que 18,5 % de femmes.

La parité n'est guère plus répandue dans les milieux économiques. Seules 17,4 % des sociétés françaises sont dirigées par des femmes, la plupart dans le commerce. Dans les entreprises du CAC 40, elles ne représentent que 25 % de l'encadrement, mais à peine 10 % des sièges des conseils d'administration.

Depuis la création de La Barbe, 35 cénacles ont reçu la visite surprise d'un commando. Ces "intrigantes" ont investi tour à tour le Comité national olympique - 39 hommes pour 45 sièges (86 %) -, les Rencontres de la modernisation de l'Etat et des acteurs publics - 134 invités masculins sur 148 (90 %) - ou la présentation du groupe Lafarge - 13 hommes sur 14 membres au conseil d'administration (93 %).

Le 26 octobre 2009, elles se sont invitées à la séance solennelle de rentrée des cinq académies, sous la coupole de l'Institut de France. Alors qu'Erik Orsenna s'installait au pupitre pour son "Eloge de l'ombre", huit femmes à barbe se sont inclinées avec révérence, avant d'expliquer que 93 % des académiciens sont des hommes. "Puisse votre valeureux cénacle continuer de démontrer, par la limpide évidence de sa virile composition, que l'esprit a un sexe, et lequel", concluaient-elles.

Ironie, déguisement, jeu de miroir : les Barbues ont inventé un militantisme décalé qui joue avec les symboles. " Ce qui compte, c'est de frapper les esprits, précise Christine Blache, qui dirige un cabinet de recrutement à Paris. L'irruption des Barbues, c'est un malaise qui grandit, une image qui sème le trouble."

Sur Lemonde.fr

Le militantisme décalé des féministes de La Barbe

Le militantisme décalé des féministes de La Barbe
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48 • Mis à jour le 06.03.10 | 13h48


Les hommes semblent de plus en plus impliqués dans la vie familiale et domestique, et pourtant, une récente étude de l'INED montrait que les femmes assuraient toujours 80 % des tâches ménagères. Comment s'organise la répartition des rôles dans votre couple ? Avez-vous l'impression que par rapport à la génération de vos parents, les relations de couple se sont équilibrées ? Est-il plus facile aujourd'hui d'articuler vie professionnelle et vie de couple ?


A la tribune, le président s'agite fiévreusement. "Je demande aux services de sécurité d'intervenir rapidement, lance Alain Schmitz. Ces jeunes personnes doivent quitter la séance immédiatement. L'opération Mardi gras est terminée." Avant de quitter l'hémicycle sans un mot, les Barbues distribuent aux conseillers généraux un texte dénonçant la "lamentable féminisation de notre République". "Messieurs les conseillers, La Barbe vous félicite ! Contre les sirènes de la parité, vous êtes à l'avant-garde et votre résistance nous honore."

Sur 39 élus, le conseil général des Yvelines compte 35 hommes (90 %) : son exécutif de 12 membres est exclusivement masculin. Les Barbues se réjouissent de ce respect envers "l'ordre naturel des choses". "Depuis la loi sur la parité, les femmes s'infiltrent dans nos instances politiques locales, font-elles mine de s'indigner. Comment nos élus pourront-ils conserver les charges électives multiples indispensables à la conduite avisée des affaires publiques ?"

Façon Monty Python

Créée en 2008, La Barbe est un groupe féministe qui manie le second degré à la façon des Monty Python. Imperturbables, elles s'affublent d'une barbe et se rendent dans les lieux de pouvoir afin de féliciter solennellement les hommes qui résistent à l'invasion féminine. Nul tumulte ou tapage dans ces interventions inspirées par l'activisme de l'association Act Up : elles restent silencieuses afin de rendre visible, par l'absurde, l'absence des femmes dans les milieux les plus influents.

L'idée des Barbues est de renverser symboliquement les rôles. "La Barbe, c'est à la fois un jeu de miroir et un jeu de mots, raconte l'une des fondatrices, Alix Béranger, chargée de mission pour Europe Ecologie. La barbe parce qu'il s'agit d'un attribut viril : s'il faut être un homme pour exercer le pouvoir, mettons-en une ! Et la barbe, parce qu'on en avait marre de voir des assemblées d'hommes : la barbe ras-le-bol... Nos actions sont des plaidoyers visuels qui font apparaître le plafond de verre."

Le groupe est né au lendemain de l'élection présidentielle de 2007, où la candidature de Ségolène Royal avait parfois donné lieu à des réflexions sexistes. "A cette époque-là, on s'est mis à regarder le monde avec un oeil plus intransigeant, explique Mathilde Cannat, chercheuse au CNRS. On a observé les lieux de pouvoir de plus près, on a consulté les statistiques et on s'est rendu compte que la plupart comptaient très peu de femmes."

En France, la féminisation de la politique est très embryonnaire. Là où la loi impose la parité, comme dans les conseils régionaux, les femmes représentent près de la moitié des élus, mais ailleurs, les hommes restent omniprésents : ils représentent 78 % des sénateurs, 87 % des conseillers généraux et 91,5 % des maires des communes de plus de 3 500 habitants. L'Assemblée nationale ne compte que 18,5 % de femmes.

La parité n'est guère plus répandue dans les milieux économiques. Seules 17,4 % des sociétés françaises sont dirigées par des femmes, la plupart dans le commerce. Dans les entreprises du CAC 40, elles ne représentent que 25 % de l'encadrement, mais à peine 10 % des sièges des conseils d'administration.

Depuis la création de La Barbe, 35 cénacles ont reçu la visite surprise d'un commando. Ces "intrigantes" ont investi tour à tour le Comité national olympique - 39 hommes pour 45 sièges (86 %) -, les Rencontres de la modernisation de l'Etat et des acteurs publics - 134 invités masculins sur 148 (90 %) - ou la présentation du groupe Lafarge - 13 hommes sur 14 membres au conseil d'administration (93 %).

Le 26 octobre 2009, elles se sont invitées à la séance solennelle de rentrée des cinq académies, sous la coupole de l'Institut de France. Alors qu'Erik Orsenna s'installait au pupitre pour son "Eloge de l'ombre", huit femmes à barbe se sont inclinées avec révérence, avant d'expliquer que 93 % des académiciens sont des hommes. "Puisse votre valeureux cénacle continuer de démontrer, par la limpide évidence de sa virile composition, que l'esprit a un sexe, et lequel", concluaient-elles.

Ironie, déguisement, jeu de miroir : les Barbues ont inventé un militantisme décalé qui joue avec les symboles. " Ce qui compte, c'est de frapper les esprits, précise Christine Blache, qui dirige un cabinet de recrutement à Paris. L'irruption des Barbues, c'est un malaise qui grandit, une image qui sème le trouble."

Sur Lemonde.fr

La révolution inaboutie

La révolution inaboutie
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48


Cette révolution est silencieuse mais, en quelques décennies, elle a bouleversé en profondeur le monde du travail : de 1970 à 2010, le taux d'activité des femmes a explosé, passant de 50 % à plus de 80 %. "Les comportements des femmes ont fondamentalement changé, constate Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, dans un rapport sur l'égalité professionnelle remis au gouvernement en juillet 2009. En France, comme dans beaucoup d'autres pays, la majorité d'entre elles cumule aujourd'hui activité professionnelle et vie familiale. La norme n'est plus celle de la femme au foyer."
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Les hommes semblent de plus en plus impliqués dans la vie familiale et domestique, et pourtant, une récente étude de l'INED montrait que les femmes assuraient toujours 80 % des tâches ménagères. Comment s'organise la répartition des rôles dans votre couple ? Avez-vous l'impression que par rapport à la génération de vos parents, les relations de couple se sont équilibrées ? Est-il plus facile aujourd'hui d'articuler vie professionnelle et vie de couple ?


Ce bouleversement des modes de vie s'est accompagné d'une véritable révolution scolaire : au lycée comme à l'université, les filles ont peu à peu rattrapé, puis dépassé les garçons. Depuis 1971, les bachelières sont ainsi plus nombreuses que les bacheliers ; depuis 1975, les étudiantes sont plus nombreuses que les étudiants. "Aujourd'hui, le niveau scolaire et universitaire des femmes, dans la plupart des pays européens, est supérieur à celui des hommes, constatait la sociologue Margaret Maruani lors d'une conférence au CNRS, le 1er mars. La progression des scolarités féminines constitue un événement majeur de la fin du XXe siècle."

Cet investissement dans la formation leur a permis de prendre durablement pied sur le marché du travail. "Elles commencent à tirer profit de leur réussite scolaire", analysent Alice Mainguené et Daniel Martinelli, auteurs d'une étude publiée dans un numéro d'Insee Première daté du 24 février (www.insee.fr). En 1984, les femmes qui entamaient leur carrière étaient nettement plus souvent au chômage que les hommes (29 % contre 20 %). Trente-trois ans plus tard, la tendance s'est inversée : en début de carrière, les taux de chômage des hommes sont plus élevés que ceux des femmes.

Emportées par ce mouvement, les femmes ont, au cours des trente dernières années, enchaîné les premières, donnant le sentiment que l'égalité professionnelle s'imposait peu à peu : première femme major de l'ENA (1969, Françoise Chandernagor), première femme à Polytechnique (1972, Anne Chopinet), première femme préfet (1981, Yvette Chassagne), première femme pilote de l'armée de l'air (1985, Isabelle Boussaert). Au même moment, des femmes accédaient pour la première fois à Matignon (Edith Cresson, en 1991) ou à la tête de confédérations syndicales (Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT en 1992).

Ce mouvement vers l'égalité semble cependant s'être ralenti dans les années 1990. "Après l'avancée majeure que fut l'accession massive des femmes à l'éducation supérieure et au salariat dans les années 1960 et 1970, les évolutions se sont bloquées au milieu des années 1990, analyse le Laboratoire de l'égalité, une plate-forme créée récemment qui réunit des élus, des syndicats, des chercheurs et des associations autour du thème de l'égalité professionnelle. On a assisté à une véritable panne de l'émancipation."

Les inégalités salariales, qui se sont réduites pendant les années 1970 et 1980, ont ainsi cessé de reculer : en 2006, dans les entreprises de dix salariés ou plus du secteur concurrentiel, la rémunération brute moyenne des femmes restait inférieure de 27 % à celle des hommes, 16 % si l'on prend en compte le salaire horaire. "Cet écart s'est réduit depuis les années 1960 mais il a cessé de diminuer depuis le milieu des années 1990, une interruption observée également dans la plupart des pays européens", souligne le rapport de Brigitte Grésy.

Contrairement aux idées reçues, les femmes restent en outre cantonnées dans certains métiers : sur les 86 familles professionnelles recensées par l'Insee, seule une dizaine (soit 12 % des actifs) affiche une répartition hommes-femmes à peu près équilibrée (entre 40 % et 60 % de femmes). Les métiers qualifiés comme l'enseignement (70 % de femmes), le droit (57 %) ou la médecine (59 %) se sont ainsi féminisés alors que dans les autres, la ségrégation semble en revanche s'accentuer.

Enfin, les femmes ont beaucoup de mal à accéder aux responsabilités : selon Brigitte Grésy, elles représentaient, en 2005, 41 % des cadres administratifs et commerciaux... mais seulement 17,2 % des dirigeants de société. Afin de féminiser les cercles dirigeants du monde économique, l'Assemblée nationale a décidé de recourir à la contrainte : les députés ont adopté en janvier une proposition de loi de Jean-François Copé et Marie-Jo Zimmermann imposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d'administration des entreprises.
Anne Chemin

La création d'une "super" agence de l'ONU sur les droits des femmes se fait attendre

La création d'une "super" agence de l'ONU sur les droits des femmes se fait attendre
LE MONDE | 06.03.10 | 13h48

LE 8 MARS 2010 aurait pu signer la naissance d'une agence sur les droits des femmes de l'ONU. Il n'en sera rien. Son secrétaire général, Ban Ki-moon, a dû se contenter d'un nouvel appel solennel, jeudi 4 mars, en faveur de la création "sans délai" d'un organe unique chargé "des questions d'égalité de genres et de renforcement des capacités des femmes".
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Les hommes semblent de plus en plus impliqués dans la vie familiale et domestique, et pourtant, une récente étude de l'INED montrait que les femmes assuraient toujours 80 % des tâches ménagères. Comment s'organise la répartition des rôles dans votre couple ? Avez-vous l'impression que par rapport à la génération de vos parents, les relations de couple se sont équilibrées ? Est-il plus facile aujourd'hui d'articuler vie professionnelle et vie de couple ?


M. Ban Ki-moon intervenait à New York devant la 54e assemblée de la commission de l'ONU sur le statut de la femme. Elle réunit jusqu'au 12 mars quelque 2 000 femmes, dont une dizaine de ministres ainsi que des centaines de représentantes d'ONG du monde entier, qui, pour la plupart, défendent ardemment le projet.

Les Nations unies ont déjà franchi un pas décisif en adoptant, en septembre 2009, le principe de la création d'une telle agence qui serait dirigée par une personnalité ayant rang de secrétaire général adjoint. Elle conduirait à la fusion des quatre organes onusiens qui interviennent aujourd'hui sur le droit des femmes : le fonds de développement des Nations unies pour la femme (Unifem), la division pour l'avancement des femmes, le bureau du conseiller spécial sur les questions de genres et enfin l'institut des Nations unies sur la formation et la recherche internationale pour l'avancement des femmes (Un-Instraw).

L'ONU l'admet : éclatées, ses interventions - contre les violences, et les violences sexuelles en particulier, faites aux femmes, contre les disparités salariales, dans la lutte contre la pauvreté, le trafic des êtres humains, la protection maternelle, etc. - souffrent d'un manque "de cohérence et de cohésion". Car outre les organes déjà cités (dont aucun ne dispose de l'autorité équivalente à une agence), d'autres entités, comme l'ONU Sida par exemple, développent des programmes qui ciblent les femmes.

"Nous approuvons la création de cette agence qui apportera une meilleure coordination au sein même des Nations unies, incitera chaque agence à assurer comme elle le doit l'égalité des genres et enfin permettra de s'intéresser à des nouveaux domaines qui ne sont pas couverts pour l'instant, comme les conséquences du changement climatique et de la crise financière sur les femmes", souligne ainsi Winnie Byanyima, directrice de l'unité du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Morcelée, la voix des femmes ne serait pas non plus entendue. D'où l'idée que cette "super" agence sur les droits des femmes soit dirigée par une personnalité au poids politique incontestable. Le nom de la présidente du Chili, Michelle Bachelet, qui doit quitter le pouvoir le 11 mars, a été avancé.

Six mois après cette déclaration d'intention, les choses ne sont pas totalement au point mort. Un rapport, présenté au mois de janvier, a défini les contours de la future organisation. Celle-ci serait dotée de 500 millions de dollars, dont 375 millions par des contributions volontaires des pays donateurs. Des recommandations ont été proposées en termes d'organisation.

"Coup de gueule"

Mais l'avancée est trop lente aux yeux des plus ardentes militantes. D'où le "coup de gueule" poussée lundi 1er mars à New York par la vice-présidente de la Commission européenne chargée de la justice et de l'égalité des sexes, Viviane Reding, rapportée par l'agence Inter Press Service. "Ou bien l'ONU est une organisation qui agit ou c'est un club où l'on fait des discours", a-t-elle lancé. "Nous avons besoin de cette agence et nous en avons besoin cette année", renchérit Daniela Rosche, d'Oxfam International.

Des blocages existent bel et bien. Une partie du retard s'explique sans doute pour des raisons de fond et notamment les craintes politiques que peut susciter la perspective d'une telle agence, dans les pays du Sud. Refus de se voir imposer des priorités, de voir s'exercer des pressions sur leurs gouvernements... Ces réticences pourtant ne semblent pas la cause première de l'inertie actuelle.

Car les pays en voie en développement jouent, à travers cet épisode, une autre partie. L'idée même de la création de ce nouvel organe a été émise dans le cadre d'un rapport qui formulait aussi des propositions pour une meilleure efficacité de l'institution dans la gestion des fonds et dans la gouvernance des agences de l'ONU. Or ces axes de réforme-là n'avancent pas.

Ce manque d'empressement ne fait pas l'affaire des pays en développement. De même qu'ils ont exigé à Copenhague d'avoir droit au chapitre sur les décisions en matière d'adaptation au changement climatique, ils cherchent à peser davantage dans les décisions de l'institution de New York. L'Agence sur les droits des femmes fait les frais de ce bras de fer.
Brigitte Perucca

"Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances", de Christine Bard : histoire longue d'un vêtement

Critique
"Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances", de Christine Bard : histoire longue d'un vêtement
LE MONDE | 05.03.10 | 15h43 • Mis à jour le 05.03.10 | 15h43


Célébrera-t-on, en 2011, les 50 ans de la minijupe, qui révolutionna les années 1960 ? Après son complice Alain Souchon qui avait su, comme personne, évoquer le trouble adolescent "rétines et pupilles/des garçons qui ont les yeux qui brillent/pour un jeu de dupes : voir sous les jupes des filles", Laurent Voulzy a chanté naguère Mary Quant, et "son grand carnage" de 1961 qui "a coupé les jupes/des filles les plus sages".

Mais si le port de ce vêtement est ces jours-ci au coeur des festivités culturelles, c'est pour une interrogation plus grave, plus délicate aussi, grâce au film de Jean-Paul Lilienfeld, La Journée de la jupe.

Dès la diffusion de l'oeuvre sur Arte, en mars 2009, le succès d'audience comme le message avaient dérangé. La résistance de Sonia Bergerac/Isabelle Adjani à la radicalisation de la violence et du sexisme dans la banlieue où elle exerce, qui la pousse à prendre ses élèves en otage et à revendiquer une "journée de la jupe au collège où l'Etat affirme qu'on peut mettre une jupe sans être une pute" posait une authentique question politique, à l'heure où les débats sur la burqa réactivent la controverse sur les interdits vestimentaires.

Sur le point d'achever un essai sur l'histoire du pantalon, l'historienne Christine Bard s'est emparée du sujet pour questionner le rôle de la jupe, ce vêtement aujourd'hui prohibé dans le milieu scolaire qui est passé d'un indice de soumission à l'ordre masculin quand le pantalon se faisait émancipateur à celui d'un refus de la stigmatisation et de l'uniformisation qui dissout les genres.

Retissant une histoire longue du vêtement, Christine Bard dégage sa triple fonction traditionnelle de rempart pudique, de protection physique et de parure face à la nudité. La légende urbaine n'exagère-t-elle pas les autodafés de soutiens-gorge des années 1970 ?

De Madonna aux Spice Girls, l'étude interroge les avatars de la transgression vestimentaire jusqu'au brouillage contemporain où la jupe pour homme, inventée par Jacques Estérel et popularisée quinze ans plus tard par Jean Paul Gaultier, remet en cause la notion même de genre.

Au coeur du débat sur l'identité sexuelle, la jupe incarne une liberté vestimentaire toujours à conquérir, nécessaire contre la "livrée uniforme de désolation" de l'habit masculin, selon Charles Baudelaire.
CE QUE SOULÈVE LA JUPE. IDENTITÉS, TRANSGRESSIONS, RÉSISTANCES de Christine Bard. Autrement, 176 p., 17 €

Philippe-Jean Catinchi

mardi 2 mars 2010

La jupe, une histoire décousue

Vous 03/03/2010 à 00h00
La jupe, une histoire décousue

Plis . L’historienne Christine Bard fouille les dessous d’un vêtement symbole de la femme, entre soumission et émancipation.


Elle a longtemps balayé les trottoirs, cachant des jambes que la décence recommandait de soustraire aux regards avant de remonter dans un vent de liberté au ras des fesses. Elle a des lustres durant nourri les fantasmes d’hommes dont les pupilles se dilataient à l’idée de voir dessous, avant que quelques mâles ne se mettent à revendiquer de la porter aussi…

Droite, parapluie, plissée ou portefeuille, la jupe est bien plus qu’un petit bout de tissu frivole. C’est un symbole dans lequel défile l’histoire des femmes, de leur soumission à un ordre masculin, puis de leur libération avant un XXIe siècle chahuté par des débats sur les identités de genre et les interdits vestimentaires.

Ce que soulève la jupe (identités, transgressions, résistances) (1), c’est ce qu’explore l’historienne au regard féministe Christine Bard dans cet ouvrage paru ce matin. Exercice de détricotage avec ce professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, plus portée sur le confort d’un pantalon large que sur la minijupe…
La jupe a-t-elle toujours été un vêtement féminin ?

La jupe a existé bien avant l’invention, au XIe siècle, du mot arabe «djoubba» qui désigne une sorte de robe que le prophète a portée. Selon les régions, elle était revêtue par les hommes ou par les femmes. Mais cela fait maintenant des siècles qu’en France, elle symbolise le genre féminin.
Ne symbolise-t-elle pas surtout une forme de domination masculine ?

Oui, la religion en est un des vecteurs. La Bible interdit (Deuteronome)aux femmes de s’habiller en homme et aux hommes de s’habiller en femme. En France, l’Eglise catholique s’est chargée de faire respecter cette loi morale. Jusque dans les années 60, un prêtre pouvait refuser la communion à une femme en pantalon. Les pouvoirs publics aussi, ont repris cette interdiction. Ainsi, en 1800, une ordonnance de la préfecture de police de Paris interdit aux femmes de s’habiller en homme (elle n’est d’ailleurs toujours pas abrogée).

Dans la volonté de différencier les sexes par le vêtement, il y a aussi une volonté d’introduire une hiérarchie. La mode féminine a longtemps créé à l’évidence des entraves au mouvement. Et si les cols durs n’étaient sans doute pas très agréables à porter, les hommes ont toujours porté des vêtements plus pratiques. Bref, le sexe dominant s’est octroyé des vêtements plus faciles à porter. Comme le pantalon qui symbolise le pouvoir. Ce n’est pas un hasard, si on dit porter la culotte…

La jupe, elle, a été valorisée sur le plan esthétique, érotique. La jupe masque, elle cache le sexe des femmes, a-t-on dit. Mais contrairement au pantalon, fermé et protecteur, c’est un vêtement ouvert, très ouvert, d’autant que pendant longtemps, les femmes n’ont pas porté de sous-vêtements fermés dessous, mais des jupons superposés. Les culottes étaient soit inexistantes soit largement fendues. La norme était l’ouverture totale. Symboliquement, on peut y voir l’accessibilité au sexe féminin. C’est seulement au début du XXe siècle que le sous-vêtement fermé se répand…
Quand les femmes ont-elles commencé à sentir l’envie de brûler leurs jupes ?

Ce ne sont pas les femmes, mais certaines femmes. Et il faut attendre la Belle Epoque pour qu’il soit vraiment question de réformer le costume féminin. Jupe ou pantalon, c’est grâce à des féministes comme Madeleine Pelletier (1874-1939) qu’on peut se poser cette question futile le matin. On peut également citer Hubertine Auclert (1848-1914), la première suffragette française, qui défend la Ligue des robes courtes (en fait des robes qui ne traînent pas sur le sol). L’incendie du Bazar de la Charité en 1897 a marqué les esprits. Sur les 116 victimes identifiées, 110 étaient de sexe féminin. Cet événement a lancé des réflexions sur la nature contraignante du vêtement féminin. Pour les féministes les plus radicales, c’est même devenu un argument en faveur du port du pantalon, qui a aidé les hommes à fuir plus rapidement. Enfin, un mouvement hygiéniste a également poussé, dès la fin du XIXe siècle, à réformer la garde-robe des femmes, en s’élevant contre la jupe, le corset, les talons hauts…
Bilan de cette Belle Epoque ?

Il est mitigé. La peur de l’indifférenciation des sexes freine les progrès. Il n’y a guère eu que la percée de la culotte de zouave pour monter à bicyclette et l’invention de la jupe-culotte également réservée aux activités sportives. Et c’est aussi à la Belle Epoque, en 1910, que Paul Poiret crée un redoutable vêtement pour les femmes. Il s’agit d’une robe fuselée resserrée dans le bas et retenue par une martingale intérieure nommée entrave. Sous le jupon, un dispositif serre les mollets pour empêcher tout déchirement du vêtement. Inutile de dire que la marche devait être restreinte. En témoigne l’écrivain Maurice Sachs qui raconte avec un sadisme tranquille : «J’ai suivi ce matin, dans la rue, une jeune femme qui portait une robe entravée. Elle avait une peur terrible, voulait courir, ne le pouvait pas, ne savait comment faire. Je me suis bien amusé.»
L’ourlet commence à remonter avant 1914. Un ourlet qui remonte fleure-t-il toujours bon l’émancipation ?

Tout ce qui fait reculer la pudeur, qui a servi au contrôle des femmes, est un signe d’émancipation. L’ourlet est vraiment raccourci pendant les Années folles (au genou en 1925). Plus tard, sous Vichy, on se souviendra de cette garçonne, personnification de la «décadence» qui a conduit à la défaite. Les années 50 continuent d’ailleurs de régler son compte à ce modèle de femme masculinisée. Dior parlera d’ailleurs de «reféminiser» la femme…
Quand la minijupe débarque au milieu des années 60 est-ce l’aboutissement d’une libération ?

C’est très clairement ce que pensent celles qui la portent. Il a toujours été plus facile de montrer sa poitrine que ses jambes et ce, dès le Moyen Age et ses nudités de gorge… Mais les jeunes femmes se libèrent aussi en portant des pantalons dont le triomphe coïncide avec celui de la minijupe. On en a déjà vu à la plage dans les années 20, mais il a vraiment cessé d’être un symbole de masculinité dans les années 60. Au fond, ce que souhaitent les femmes c’est s’habiller comme elles veulent. En jupe ou en pantalon. Ce n’est pas toujours possible aujourd’hui encore dans certaines professions. Les hôtesses de l’air d’Air France, qui réclamaient le droit au pantalon depuis 1968, ont dû attendre 2005, au motif qu’elles portaient l’image de la France. Comme si la jupe était une part de la francité…
On peut encore imposer le port de la jupe ?

Oui, le droit du travail (article L.120-2) le permet à condition que l’employeur en justifie clairement les raisons. Typiquement, sont concernés les métiers où les femmes sont en contact avec le public, comme les vendeuses. Et de façon plus générale, toutes ces entreprises qui, à la manière américaine, donnent à leurs salariées une tenue modèle, pour créer une certaine image de leur boîte. C’est la tendance actuelle. Et l’on peut s’attendre à un regain de pression sociale pour imposer la jupe.
Et en politique ?

Jusqu’en 1980, les députées n’étaient pas admises en pantalon à l’Assemblée nationale. C’était du moins l’usage que faisaient scrupuleusement respecter les huissiers. Cette année-là, la députée communiste Chantal Leblanc, refoulée à cause de son pantalon, proteste et obtient gain de cause. Des années plus tard, si l’on regarde la photo du gouvernement en 2007, les ministres sont presque toutes en pantalon. Cela contraste avec l’ultraféminité de Ségolène Royal, qui joue la différence. En gros, alors que les autres cherchent à neutraliser leur genre, et à déjouer la sexualisation, elle joue la carte de la féminité, et c’est risqué…
Ironie de l’histoire, pouvoir porter une jupe est aujourd’hui devenu une revendication des Ni Putes ni soumises…

Oui c’est parfois un acte militant, une manière de défendre un «droit à la féminité» alors que dans le même temps l’association s’est prononcée contre le port du voile. Une position qui a d’ailleurs été mal comprise par les jeunes, qui sont plutôt en faveur de l’absence d’interdits vestimentaires. En tout cas, il faut bien reconnaître qu’à partir des années 2000, les jeunes filles ont renoncé à la jupe dans les collèges. Et pas seulement dans les cités. En gros, la jupe est devenue un danger, un signe de disponibilité sexuelle, avec une équation jupe = pute. Comme si la féminité était une provocation sexuelle permanente. Au fond, comme si les filles devaient faire oublier qu’elles sont des filles. Ainsi s’est créée «la journée de la jupe et du respect» à l’initiative d’une association rennaise en 2006 qui, au lycée d’Etrelles, ne fait pas l’éloge de la jupe, mais en profite pour parler de sexualité, de violence entre filles et garçons…
Des hommes réclament de pouvoir eux aussi porter une jupe. Un gag ou une vraie revendication d’égalité des sexes ?

Cela n’a rien d’une blague. En dépit du machisme et de l’homophobie de certains, je crois que la jupe pour hommes a toutes ses chances. C’est même une tendance qui devrait se confirmer parce que les codes de genre sont moins rigides. Beaucoup d’hommes aspirent à montrer davantage leur corps, à l’érotiser. Et à conquérir de nouvelles libertés. La jupe pour homme n’est pas seulement un symbole politique d’égalité mais aussi une envie de pouvoir varier les plaisirs. C’est pourquoi je défends la mixité de la jupe, et me méfie du droit à la féminité, qui peut se transformer en devoir de féminité. En revanche, militer pour le droit à la parure sans distinction de sexe ou de genre est une des manières d’en finir avec le régime vestimentaire bourgeois hérité du XIXe siècle.

(1) Editions Autrement, en vente dès aujourd’hui.