dimanche 9 mai 2010

Des putains et des hommes

Des putains et des hommes

Par Agnès Maillard le jeudi 22 avril 2010, 11:23 - Poil à gratter - Lien permanent



Tant que les hommes auront des besoins impérieux à assouvir, il ne faudra pas s'étonner de servir de porte-manteaux dans les conseils d'administration.


L'écriture de haut niveau, c'est comme le sport de compétition, ça crée des tensions internes terribles qu'il convient de soulager prestement. C'est pour cela qu'après un bon papier bien tourné, j'ai besoin de me payer un petit jeune bien membré pour quelques aller-retour vigoureux, administrés par un pro du sexe. Bien sûr, on pourrait m'objecter que je n'ai pas besoin de payer pour trouver quelqu'un de disposé à me baiser, mais, c'est que voyez-vous, dans ces cas de grosse fringale sexuelle, l'essentiel c'est de jouir vite fait bien fait et de ne surtout pas me prendre la tête avec le mec. J'ai des besoins tyranniques. Je paye un mec pour les satisfaire et m'épargner les complications. Pas envie de perdre mon temps avec des phases d'approche, pas envie de m'emmerder à penser à plaire, à séduire, pas besoin d'aller m'épiler, de penser à ce que je vais mettre, à ce que je vais dire, de me faire chier à être sympa ou vaguement baisable. Je peux être nulle, médiocre, puer du bec ou de la moule, je n'ai aucun effort à faire, il me suffit de sortir le fric pour me sentir remplie et si j'ai envie d'un cuni, je n'ai pas besoin de négocier trois plombes pour avoir ce que je veux.

Je vous choque, là ?
Je vous gêne, au moins ?
Je vous mets vaguement mal à l'aise, peut-être ?
Vous êtes déçus ?

C'est que vous êtes de sacrées chochottes, c'est tout. C'est pourtant de notoriété publique : nous, les femmes de lettres, nous sommes puissantes, imaginatives, en pleine possession de nos moyens et nous avons de gros besoins sexuels pour alimenter notre art. Nous sommes passionnées et voraces à la fois, nous avons besoin de collectionner les pompes de luxe sur plusieurs niveaux, les sacs à main et les bons coups. Surtout que les pros, au moins, ils savent faire jouir sans coup férir et qu'ils ne nous pourrissent pas la vie après l'orgasme à s'avachir dans un coin du lit en ronflant bruyamment. Plus nous avons du succès et plus il nous faut nous payer de belles robes et de petits minets dont les abdos ne se sont pas encore fait la malle dans des torrents de bière et dont les petits culs rebondis nous promettent des saillies vigoureuses et pleines d'entrain.

Je peux comprendre que mes angéliques lecteurs/supporters soient un peu désappointés, mais c'est surtout dû à leur ignorance du milieu. Les éditeurs connaissent bien nos petites faiblesses et ils ont toujours quelques agences d'escort boys dans leur carnet d'adresses pour sceller un bon contrat avec une femme écrivain. Le pire, c'est pendant les salons littéraires, là où se retrouvent les déesses de la plume, les nanas à gros tirage, et pas seulement dans les linéaires des librairies, si vous voyez ce que je veux dire. Entre les flots de champ', l'ivresse de la reconnaissance du public et de la profession, on se met à consommer de l'étalon comme d'autres se bourrent de petits fours au caviar. Au dernier Salon du livre, les organisateurs ont même pensé à créer des cabanes à bites aux alentours, pour que les filles puissent rapidement se faire mettre un bon coup avant de retourner à leur séance de signatures.
Faut dire que c'est éprouvant pour les nerfs, les séances de dédicaces, faut nous comprendre aussi.

Bon, maintenant, avec toute cette énergie sexuelle et créatrice démultipliée par la fièvre de l'événement, il y a toujours à craindre que les petites putes bien membrées qui ont convergé vers le Salon ne suffisent pas à la tâche pour assouvir les besoins frénétiques des dizaines de milliers de lectrices chauffées à blanc par la magie des mots. Dans le but louable d'éviter les débordements et qu'un homme innocent (mais un homme bien gaulé peut-il être totalement innocent, ne cherche-t-il pas, inconsciemment, à attirer sur lui la concupiscence irrépressible des femmes pleines de vie ?) ne devienne une victime collatérale de nos ébats et débats de haut niveau, on tente de limiter le nombre de visiteurs masculins. D'ailleurs, généralement, les hommes ne goûtent guère toutes les subtilités de notre art et préfèrent rester entre eux, à nous attendre dans les hôtels. Heureusement, il y a aussi quelques hommes un peu plus astucieux que les autres, et il y en a même un qui propose pour le prochain Salon du livre la ceinture anti-viol, avec un dispositif ingénieux qui empêche une érection suffisante du membre actif en cas de stimulation extérieure.
Grâce à cette invention, nous allons pouvoir exhiber nos compagnons légitimes au prochain Salon du livre, l'esprit tranquille.

Il y a des collectifs d'hommes qui s'insurgent contre le sort qui est fait à leurs congénères lors de nos réunions littéraires, il y a même des hommes prohibitionnistes, de vieux garçons aigris et pas très gâtés par la nature qui cherchent à obtenir l'interdiction de la prostitution, sans tenir compte du fait que les petits jeunes, par exemple, ça leur rend bien service ce gentil commerce pour financer leurs études, que l'on parle tout de même du plus vieux métier du monde et qu'ils font l'impasse sur les impérieux besoins féminins.
Certains parlent même d'égalité des sexes, revendiquent l'accès au pouvoir, aux postes à responsabilité.

Un peu comme si Mac Do allait entamer des négociations avec les vaches qui garnissent ses hamburgers...

samedi 8 mai 2010

Pub : femme achetée et femme offerte, deux poids deux mesures

Tribune (dans rue 89)
Pub : femme achetée et femme offerte, deux poids deux mesures
Par olympe blogueuse | blogueuse | 06/05/2010 | 17H23

Affiche Damien Saez.

Il y a deux mois, l'affiche des concerts de Damien Saez a été interdite par les sociétés chargées de l'affichage dans le métro parisien, suite à l'avis émis par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). Cette dernière avait estimé que « la mise en scène représentée sur ce visuel peut être perçue comme contraire à la recommandation “Image de la personne humaine” ».

Voici ce que dit l'ARRP :

« En effet, ce visuel présente un caractère dégradant pour l'image de la femme, dans la mesure où elle apparaît nue et, qui plus est, dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise. »

De façon générale, l'ARRP se doit de veiller à ce que la publicité ne soit pas le véhicule de représentations dégradantes ou humiliantes de la personne humaine, il est même précisé :

« La publicité ne doit pas réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à la fonction d'objet. »

Damien Saez invoque le côté subversif de l'image, hurle à l'auto-censure de la société incapable de se regarder dans un miroir, à l'intégrisme et même au fascisme de ceux qui veulent protéger le caddie. (Voir la vidéo)


Malgré ses vitupérations, cette affiche donne indéniablement une image
dégradante de la femme. Et on ne peut, me semble-t-il, que se réjouir de
ne pas l'avoir vue donnée en pâture aux usagers du métro.
Chez Orange, une femme objet… malgré le sourire

Mais alors pourquoi cette autre affiche n'a-t-elle pas subi le même sort ? Cette jeune femme, très souriante et très déshabillée même si elle n'est pas complètement nue, n'est-elle pas ravalée au rang d'objet ?

Affiche Orange.

Sur l'affiche de Saez, la femme s'achète. Sur celle d'Orange, elle s'offre. L'idée serait-elle plus politiquement correcte ?

La première montre un air pour le moins ennuyé, tandis que la seconde éclate de joie. Elle est non seulement consentante, mais aussi semble-t-il, ravie de son sort.

En réalité, la coïncidence malencontreuse avec la une de Paris Match sur une jeune femme, qui annonce tout de go « J'étais le cadeau d'anniversaire de Ribéry », dévoile -outre ce que cache le sourire éclatant et l'enthousiasme apparent- les ressorts avec lesquels fonctionne la publicité d'Orange.

Il s'agit bien d'éveiller quelque fantasmes (masculins) d'une femme objet qui vous arrive comme un cadeau à votre disposition.
Une femme nue n'est pas une pipe

L'incompréhensible dans cette histoire est que les sociétés chargées de l'affichage dans le métro et la RATP, d'habitude si sourcilleuses, n'hésitent pas, pour respecter la loi Evin, à cacher la pipe d'un Tati ou à supprimer les volutes de fumée d'un Gainsbourg. Mais elles ne voient rien à redire à la présentation d'une femme cadeau prisonnière d'un gâteau d'anniversaire.

Les régies de publicité et les annonceurs sont encore loin de s'interroger sur la façon dont ils utilisent l'image du corps des femmes.

Photos : l'affiche du concert de Damien Saez et une publicité Orange.

Femmes, si vous portez un pantalon, vous êtes hors-la-loi

A la une
Femmes, si vous portez un pantalon, vous êtes hors-la-loi
Par Léa Lejeune | Rue89 | 04/05/2010 | 19H20



Jupe ou pantalon ? C'est la question matinale et ordinaire que se posent certaines. Pourtant le 29 avril, plusieurs députés radicaux de gauche ont déposé une proposition de loi à l'Assemblée nationale pour abroger l'interdiction, toujours en vigueur, du port du pantalon par les femmes.

Autorisation de port de pantalonLe texte d'interdiction est une ordonnance de police du 26 brumaire an VIII (17 novembre 1799), signée par le préfet de police de Paris qui se déclare « informé que beaucoup de femmes se travestissent, et persuadé qu'aucune d'elles ne quitte les habits de son sexe que pour cause de santé ».

Oui, à cette époque, il faut justifier de raisons médicales et demander une autorisation à la police pour pouvoir enfiler un futal.

Pour Mathilde Dubesset, historienne des femmes, le caractère masculin du pantalon est alors profondément ancré :

« Des Gaulois aux culottes des nobles, en passant par le pantalon des aristocrates, le pantalon est le vêtement masculin.

Au XIXe, avec le mouvement hygiéniste, on créé des bermudas et des culottes pour dames. Auparavant, les femmes ne portaient rien en dessous de leurs robes. »

Quelques pionnières se lancent et les exhibent, seules. Même l'écrivaine George Sand, résolument avant-gardiste, doit se soumettre à la demande d'autorisation, raconte Mathilde Dubesset :

« C'était une femme de grand culot. Mais elle ne voulait pas seulement un pantalon parce qu'il est plus pratique. Elle se faisait carrément passer pour un homme. »

Christine Bard, autre spécialiste de l'histoire des femmes, précise :

« Le pantalon a d'abord été porté par des femmes qui bravaient l'ordonnance ou l'ignoraient : femmes ouvrières, paysannes, mais aussi aventurières, voyageuses, écrivaines, artistes, combattantes, révolutionnaires… »

Au XXe siècle, on desserre la ceinture

En 1892 et 1909, si l'on en croit l'AFP, deux circulaires préfectorales auraient autorisé les femmes à se couvrir les jambes sous certaines conditions : « Si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d'un cheval ».

Mais Christine Bard a enquêté sur le pantalon pendant plusieurs mois pour un essai à paraître en août :

« Je n'ai trouvé aucune trace de ces circulaires. Il y avait surtout une interdiction morale. Elle révélait des rapports de force entres les hommes et les femmes dans notre société. »

Quelques années plus tard, Madeleine Pelletier, première femme médecin psychiatre, revêt un costume masculin, raconte Mathilde Dubesset :

« C'était la première féministe radicale : elle rejetait toute forme de féminité. Elle passait même pour folle et moche. »

Dans les années 1970, le pantalon se popularise. Le blue jeans débarque des Etats-Unis. A l'époque, Mathilde Dubesset était au lycée : « Nous étions heureuses, nous nous sentions libres de nos mouvements ! »

Mais à l'Assemblée nationale, les députées ne sont autorisées à venir en pantalon qu'en 1980, date à laquelle Chantal Leblanc a imposé son tailleur-pantalon dans l'hémicyle.

Côté entreprise, le code du travail (article L. 120-2) permet à l'employeur d'imposer la jupe s'il en justifie clairement les raisons. Vendeuses, hôtesses de l'air… de nombreuses femmes se conforment encore à ces règles d'un autre temps pour l'image de marque de leurs employeurs.
Toutes dans l'illégalité ?

Techniquement donc, plus de la moitié des femmes que vous avez croisées dans la rue ce matin sont dans l'illégalité. Bien sûr, les sanctions ne sont plus appliquées, note Christine Bard :

« Il est admis par tous que l'ordonnance est tombée en désuétude et qu'il n'est d'ailleurs plus possible de définir comme au début du XIXe siècle ce que signifie “s'habiller en homme” !

Aujourd'hui, une femme en pantalon, en blouson, avec des chaussures plates, sans maquillage ne sera pas perçue comme “travestie”… »

Qu'attend-on alors pour abroger cette ordonnance illégale ? En 1968, le préfet de police avait refusé de le faire. Plus récemment en 2004, le député UMP Jean-Yves Hugon avait reformulé cette demande auprès de la ministre déléguée à la Parité, Nicole Ameline. Cette dernière lui avait répondu que c'était inutile, « la portée serait purement symbolique » :

« Pour adapter le droit à l'évolution des mœurs, la désuétude est parfois plus efficace que l'intérêt. »

Mathilde Dubesset n'est pas de cet avis : « C'est complètement débile d'avoir encore des lois comme ça en France ! Ce sont des reliques du passé. »

Photo : un jean porté (Sergis blog/Flickr).

► Histoire politique du pantalon de Christine Bard -éd. Seuil - sortie en août 2010 - Paris.

samedi 1 mai 2010

Alpinisme : un trio de femmes en course pour une place dans l'histoire

Alpinisme : un trio de femmes en course pour une place dans l'histoire

LEMONDE.FR | 23.04.10 |

Trois alpinistes chevronnées ont pris rendez-vous avec l'histoire, mais l'histoire, elle, n'en retiendra qu'une seule. Celle qui restera à jamais au panthéon de l'alpinisme comme la première femme à avoir gravi les quatorze sommets de la planète de plus de 8 000 mètres, tous recensés dans l'Himalaya. La Sud-Coréenne Oh Eun-sun pourrait réussir cet incroyable défi dès ce week-end, mais elle n'a pas le droit à l'erreur : ses deux rivales européennes Edurne Pasaban et Gerlinde Kaltenbrunner comptent respectivement treize et douze "8 000". Une course contre le temps et contre les éléments, dont certains aspects dérangent le milieu de l'alpinisme.

PREMIÈRE DE CORDÉE

La Sud-Coréenne de 44 ans est la plus secrète et la plus hâtive des trois concurrentes. Après une enfance à Séoul et des études d'informatique, elle choisit de dédier sa vie à la montagne et affiche dès lors une priorité absolue : la course aux 8000 m. Oh Eun-sun pourrait remporter son pari dès samedi ou dimanche si elle atteint le sommet de l'Annapurna (8 091 m), treize ans après avoir accroché le Gasherbrum II, le premier 8 000 d'une incroyable collection.

Vinrent ensuite l'Everest (8 848 m) en 2004 et le mythique K2 (8 611 m) en 2007. Pour atteindre cet objectif un peu fou, la concurrente asiatique a par la suite enchaîné les sommets himalayens à un rythme effréné : quatre en 2008 et quatre en 2009. Seul l'Annapurna s'est pour le moment refusé à elle. Après un premier échec, elle espère inscrire ce week-end son nom à côté de celui de l'Italien Reinhold Messner, devenu en 1986 le premier homme à avoir conquis les quatorze "8000".

LES EUROPÉENNES EN EMBUSCADE

Si Oh Eun-sun a une cordée d'avance, elle ne doit toutefois pas sous-estimer ses rivales européennes, à savoir l'Espagnole Edurne Pasaban, 36 ans, et l'Autrichienne Gerlinde Kaltenbrunner, 39 ans. Edurne Pasaban compte d'ores et déjà treize de ces sommets à son palmarès, et partira à l'assaut de son dernier défi, le Shisha Pangma (8 027 m), dans les semaines à venir. Si elle a bien récupéré, l'Epsagnole possède une réelle chance de décrocher le fameux record, puisqu'elle s'attaque au plus facile des quatorze sommets quand son adversaire asiatique doit dompter la montagne "la plus mortelle en terme de nombre", rappelle l'alpiniste française Catherine Destivelle.

Après avoir gravi le Mont-Blanc à seulement 16 ans, Edurne Pasaban avait commencé à se faire connaître en 2003, en ajoutant trois 8 000 m à son palmarès. Un an plus tard, elle survit à l'ascension du K2 mais elle finira à l'hôpital et amputée des doigts de pied. Traumatisée par cette expérience, la jeune Espagnole imagine pendant un temps abandonner l'alpinisme. Finalement, elle se choisit définitivement la montagne pour se réaliser et atteint en moyenne un "8 000" par an.

Un peu en retrait, Gerlinde Kaltenbrunner doit, elle, encore affronter les deux sommets les plus hauts du monde : le K2, situé à la frontière entre la Chine et le Pakistan, et le flanc nord de l'Everest, qu'elle gravit en ce moment. Pour cela, elle a choisi d'emprunter la voie du Hornbein, peu utilisée et que seuls Erhard Loretan et Jean Troillet ont vaincu, en 1986. Cette infirmière de formation gravit son premier "8 000" à 23 ans mais c'est seulement après avoir franchi le cinquième, en 2003, qu'elle décide de devenir alpiniste professionnelle.

L'ESPRIT DES PIONNIERS S'EN EST ALLÉ

Si la performance est exceptionnelle et si le record attire l'attention, le milieu de l'alpinisme observe cette course d'un œil lointain et certains regrettent une envie de collectionner les sommets, parfois au détriment de la performance technique. L'esprit des pionniers, fait d'exploration (choix de l'itinéraire ou du sommet), d'engagement et de peu de moyens semble bien loin. Le 3 juillet 1950, au terme d'une ascension épique, Herzog, Lachenal, Terray et Rébuffat décrochaient l'Annapurna, le premier sommet de 8 000 m jamais atteint. Cet exploit a marqué le point de départ d'une décennie qui restera comme la grande époque des expéditions de découverte des plus hauts sommets par les "conquérants de l'inutile", comme le disait si joliment Terray.

Parce que déjà réalisées par d'autres, et souvent dans des conditions plus extrêmes – sans bouteille d'oxygène et itinéraires inédits –, les expéditions d'aujourd'hui ont perdu de leur saveur pour certains connaisseurs. Luc Jourjon, directeur technique national de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) regrette ainsi que la course aux "8 000" "n'apporte pas de nouveauté technique ou d'amélioration de la performance" et repose davantage sur une solide condition physique. Et puis, traditionnellement, l'alpinisme est un sport où le chronomètre n'a pas droit de cité mais il sera pourtant ici l'arbitre.

Monter des expéditions d'envergure requiert des moyens financiers très conséquents – 40 000 euros minimum selon Catherine Destivelle et jusqu'à 100 000 euros selon Christine Janin – et, comme le reconnaît Catherine Destivelle, "faire les quatorze "8 000" est aujourd'hui un moyen de trouver des financements". Le record attire donc les sponsors et certains alpinistes pour la résonance médiatique qu'il aura, mais d'après Luc Jourjon, le DTN de la FFCAM "cela est valable seulement pour les femmes", le record ayant déjà été réalisé chez les hommes.

"LE DANGER EST DE VOULOIR PASSER À TOUT PRIX"

Le risque d'enchaîner les ascensions est de ne pas avoir suffisamment récupéré sur le plan physique et de s'exposer au danger. Comme l'a expliqué Edurne Pasaban par le passé : "Je préfère ne pas risquer ma vie en tentant d'enchaîner les ascensions. Je pense qu'il vaut mieux être la deuxième ou la troisième et gravir les quatorze sommets, plutôt que de ne jamais en avoir l'opportunité." Mais attirée par l'exploit sportif, l'Espagnole a choisi de gravir deux "8000" à la suite cette année. Christine Janin, la première française a avoir atteint le sommet de l'Everest en 1990, en appelle à garder la raison : "Le danger est de vouloir passer à tout prix, il faut prendre son temps et rester vigilant jusqu'au bout, même si les conditions météo sont mauvaises et que c'est votre dernier sommet. Tant que ce n'est pas fait..."

Oh Eun-sun est déterminée à obtenir le record mais reste néanmoins bien consciente du danger de sa discipline : sa compatriote Go Mi-sun a perdu la vie à l'été 2009 en redescendant du Nanga Parbat (8 125 m) alors qu'elle-même atteignait le sommet. Mais l'ivresse des sommets signifie aussi accepter le risque : "Sa mort a été un moment terrible. J'ai dû me battre pour garder le contrôle sur mon esprit. Quand je débute une expédition, je dois accepter l'idée que c'est la montagne qui décidera de m'accueillir à son sommet ou non. Je suis aussi consciente que la mort est toujours très proche quand je grimpe", a ainsi expliqué la Sud-Coréenne.


Jean-Christophe Lafaille, Eric Escoffier, Patrick Berhault et des dizaines d'autres en ont payé le prix. Oh Eu-sun, Edurne Pasaban et Gerlinde Kaltenbrunner sont prévenues mais elles savent autre chose : aussi cruelle et sélective soit-elle, l'histoire ne retiendra que le nom de la première alpiniste qui atteindra pour la quatorzième fois les plus hautes cimes.
Elodie Guignard

«Jean Le Bitoux, militant de la mémoire gay»

Société 30/04/2010 à 00h00
«Jean Le Bitoux, militant de la mémoire gay»
Interview

Disparition . Daniel Defert, à l’origine d’Aides, revient sur les combats du fondateur de «Gai Pied» :


Jean Le Bitoux, créateur de l’hebdomadaire Gai Pied et militant homosexuel historique, est mort le 21 avril. Il est enterré, vendredi à 10 h 20, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Daniel Defert, fondateur de l’association Aides, témoigne de son parcours.
Jean Le Bitoux était à part, peu connu dans le grand public. Quelle place avait-il ?

Effectivement, il n’avait pas la flamboyance d’un Guy Hocquenghem. Il était discret. Il avait une certaine conception de son combat qui était différente de celle majoritaire alors dans le milieu gay. Ce n’était pas, pour lui, un combat identitaire. La vie gay est une des formes de la vie sociale, elle est impliquée dans bien d’autres combats. C’est ainsi qu’il s’est présenté en 1978 aux élections législatives, ce qui ne s’était jamais fait. Puis il a créé le Groupe de libération homosexuelle-politique et quotidien (GLH-PQ), mouvement très original, de quartier, qui a existé dans plusieurs villes de France. C’est cela qui me frappe dans son histoire : il a œuvré pour une visibilité homo. Il disait qu’il fallait inventer le contenu d’une vie gay et en cela, il était en phase avec Michel Foucault.
C’est d’ailleurs, en 1978, dans la cuisine de l’appartement de Michel Foucault, à Paris, que le titre de l’hebdomadaire Gai Pied a été trouvé…

Jean a écrit que c’est Foucault qui l’a trouvé. Je me souviens, nous étions dans la cuisine, lui, Thierry Voeltzel, Michel et moi. Il nous parlait de son projet de journal et on a discuté du titre. On avait évoqué : «Gay tapant». Et Foucault a pu évoquer le titre «Gai pied», en précisant qu’il fallait prendre un gay pied, mais empêcher le guêpier des ghettos.

En tout cas, Gai Pied sera le premier journal gay en kiosque, le premier journal gay qui n’est pas acheté en fraude, sous le manteau. Véritable revue d’informations sur la vie sociale des gays, Gai Pied va tirer tout de suite à plus de 10 000 exemplaires, et aura une réelle importance sur la culture homosexuelle.
Pourtant, dès 1983, Jean Le Bitoux va quitter Gai Pied.

Il en a beaucoup souffert, il ne voulait pas de dérives commerciales. Il fondera d’autres journaux ou revue. Il aimait écrire.
En 1985, il rejoint Aides que vous veniez juste de créer…

Oui, c’est un militant historique. Avec Frédéric Edelmann et Jean-Florian Mettetal, il s’est impliqué dans la rédaction de documents de prévention, et notamment dans les bars. Mais il a connu une vie économiquement difficile, car il investissait beaucoup dans la création de ses journaux.
Parlait-il alors de sa séropositivité ?

Dans son livre Citoyen de seconde zone (1), il évoque une séropositivité dès le tout début des années 80. Mais nous n’en avons jamais parlé. Je n’ai jamais osé aborder cette question avec lui. Peut-être parce que c’était évident pour lui, et que moi je ne me sentais pas autorisé à le faire. Puis ce fut son combat sur la mémoire et sur les déportations d’homosexuels pendant la guerre.

Son axe majeur a été d’être un militant de la visibilité mais aussi de la mémoire. Il a rassemblé des tonnes d’archives sur le mouvement gay et son histoire. Il espérait la création d’archives gays, comme cela s’est fait dans des grandes villes américaines. Mais cela ne s’est pas réalisé, la mairie de Paris n’a pas donné suite.

Dans son combat pour la reconnaissance des déportations d’homosexuels, il s’est engagé à partir des mémoires de Pierre Seel qui avait été déporté. C’était un combat difficile qui a obtenu au début des années 2000 une reconnaissance. Cela correspondait, pour lui, à cette question essentielle : faire vivre la mémoire des combats, des résistances, et des humiliations des homosexuels.

(1) Hachette, 2003, 22,80 euros

mercredi 21 avril 2010

"Consommation de jeunes femmes"

Après la montre, la voiture,
Après la voiture, les filles
Quoi de plus logique ??!

Après on feint de s'étonner lors d'un voyage en Tunisie que l'on propose aux messieurs d' échanger leur femme contre un chameau ...


"La consommation frénétique de jeunes femmes est une constante" dans le monde du football

LEMONDE.FR | 20.04.10 | 18h01 • Mis à jour le 21.04.10 | 08h07


Jérôme Jessel, grand reporter à VSD, est l'auteur d'ouvrages sur les dessous du foot tels que Sexus footballisticus (éditions Danger public) ou La Face cachée du foot business (Flammarion) coécrit avec Patrick Mendelewitsch.

Avez-vous été étonné des révélations faites dans le cadre de l'affaire Ribéry ?

Non, ce sont des choses qui ont cours dans le monde du football. Cette consommation frénétique de jeunes femmes, prostituées ou non, est une constante. Ce sont des jeunes gens qui ont entre 20 et 30 ans, des sportifs de haut niveau en pleine possession de leur force physique, qui ont une libido plus développée que la moyenne.

S'y ajoute – mais je ne dis pas que c'est le cas ici, ou que c'est toujours le cas – le rôle que peut jouer le dopage. Dans mon livre Sexus footballisticus, je révèle le cas d'un sportif de haut niveau qui avait besoin d'honorer sa femme neuf fois par jour : il avait développé une hypersexualité parce qu'il était dopé...

Est-ce que cette affaire ne montre pas aussi le rôle joué par l'entourage des joueurs ? L'enquête menée par la brigade de répression du proxénétisme met en lumière le rôle d'un intermédiaire entre les clients et les prostituées...

Bien sûr : les footballeurs sont des gens qui ont beaucoup d'argent et qui sont des consommateurs effrénées avec de nombreux besoins : ils veulent la montre, la voiture, l'appartement et, de la même manière, les filles... Comme ils ont ces besoins, on leur propose ces services : la demande crée l'offre.

On a l'impression d'un système préétabli...

C'est institutionnalisé. On sait que les footballeurs aiment bien aller voir les filles, donc on leur permet de le faire. Pour eux, ces amours tarifées permettent une plus grande confidentialité : pas d'enfants dans le dos, pas de chantage. Et puis, pour certains dirigeants, le fait d'avoir affaire à des réseaux bien déterminés, ça permet de contrôler, de savoir où ils sont, d'éviter qu'ils partent la fleur au fusil...

Là, l'affaire éclate au grand jour parce que c'est une mineure et il y a une judiciarisation. Si ç'avait été une prostituée majeure, il n'y aurait pas eu d'affaire.

Les clubs ne portent-ils pas une part des responsabilité dans cette dérive ?

Bien sûr, les dirigeants sont au courant. Les journalistes observateurs sont au courant. Alors comment les dirigeants ne seraient-ils pas au courant ?

Pensez-vous que le grand public ait été étonné par ces révélations ?

Oui, ça peut constituer une surprise. Contrairement à une rock star, ils ne doivent pas consommer de drogue et sont tenus d'avoir une vie saine et d'être exemplaire. En tout cas, ce sont les valeurs que veut véhiculer le sport. Mais il ne faut pas leur donner un rôle plus important que celui qu'ils peuvent assumer.

Surtout que nous, médias, et je m'englobe dedans, nous avons une responsabilité collective car nous avons élevé ces footballeurs au rang de demi-dieux, alors que ce ne sont que des hommes avec leur grandeur et leurs travers. Résultat, ils se sentent comme des demi-dieux. Chaque matin, on leur dit qu'ils sont les meilleurs, les plus beaux. Ils ont beaucoup d'argent, peu d'éducation, se sentent tout-puissants... C'est un cocktail explosif.

Quelle suite aura, selon vous, cette affaire ?

Dans ce type d'affaire, la grille intéressante c'est l'impact sur la performance sportive. Regardez Thierry Henry : en plein divorce, il voit ses performances sportives décliner. Il le reconnaît lui-même. Pour Ribéry, on peut imaginer que ça va lui être difficile de faire le vide et de retrouver le niveau qui est le sien. Il est quand même la cible d'une enquête et est soumis à une immense pression médiatique. C'est quand même la star des Bleus.

mardi 13 avril 2010

Droits de l’homme ou droits humains ?, Les mots sont importants !

Droits de l’homme ou droits humains ?, Les mots sont importants !
http://lmsi.net/spip.php?article620

Par Christine Delphy, Février 2007

Introduction
Dans le texte qui suit, Christine Delphy critique « l’exception française » qui nous fait parler de « droits de l’homme » plutôt que « droits humains ». Elle souligne les implications sexistes de la première formule, et le « franco-centrisme » que révèle sa non remise en question.
Article
Le 7 janvier 2007, au journal de 2O heures sur TF1, le présentateur parle du voyage de Ségolène Royal en Chine : grande muraille, réceptions, etc., et tout à coup : « elle n’a pas osé parler directement des droits de l’homme, elle a parlé à la place (sic) des droits humains ». A peine le temps de m’étonner qu’une autre surprise suit - l’ interview de François Bayrou sur le même sujet : « Elle a tourné autour du pot, elle a employé tant de périphrases et d’euphémismes, elle manque de courage... » (je cite de mémoire).

Ainsi, pour le présentateur comme pour Bayrou, les droits humains et les droits de l’homme ne sont pas la même chose ; les premiers ne seraient qu’ une « périphrase », un « euphémisme » pour parler des seconds.

Plus étonnant encore, Le Monde daté du 8 janvier. « A Pékin, Mme Royal cherche à concilier mondialisation et « droits humains » », ainsi est titré l’article d’Isabelle Mandraud, envoyée spéciale. Et dans le reste de l’article, les droits humains sont chaque fois entre guillemets ET en italiques ! Comme pour bien s’en distancer, en souligner l’étrangeté. Pourtant il s’agit de mots français, et de la traduction exacte du titre de la convention qui fait autorité internationalement, et nationalement - en France - aujourd’hui. Et celle-ci n’est PAS la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, mais la déclaration universelle des droits humains élaborée aux Nations - Unies le 10 décembre 1948 par 58 pays, et ratifiée par des centaines d’autres depuis.

L’envoyée spéciale Isabelle Mandraud n’a pas l’air de connaître cette déclaration. Elle écrit que « Mme Royal a choisi d’utiliser le vocable « droit humain », terme anglo-saxon, sans connotation de genre, plus large que le terme droit de l’homme, mais moins axé sur les libertés individuelles. »

Tout ceci est surprenant, et même carrément surréaliste. Qu’essaie-t-on de faire croire aux lectrices et lecteurs ? Que « droits humains » et « droits de l’homme » désignent deux ensembles de règles différents ? Qu’il y a les droits humains pour les « Anglo-saxons » et ceux pour les Français ? Et pour le reste de la planète, il y a quoi ? Tout ceci est absurde : il n’y a qu’une règle, du moins pour l’immense majorité des pays qui a ratifié la déclaration universelle de 1948 et les déclarations de l’ONU suivantes.

Ces déclarations ont bien entendu été rédigées au départ dans une langue, et cette langue, c’est la langue internationale de facto, l’anglais ( les Français ont du mal à accepter cela, demandent « pourquoi pas le français, comme avant ? » et semblent penser qu’on peut revenir en arrière. On ne peut pas). Puis elles ont été traduites dans toutes les langues. Et tous les pays ont traduit littéralement, et loyalement, le « Human Rights » de la déclaration. Tous, sauf les Français.

Comment peut-on prétendre que « droits humains » est un terme anglo-saxon, sauf à ne l’avoir jamais entendu ou lu dans les autres langues ? Les Italiens disent-ils « Diritti del uomo » ? Non, ils disent « Diritti humani ». Les Espagnols disent-ils « Derechos del hombre » ? Non, ils disent « Derechos humanos ». Idem en grec, etc. Et en occitan on dit « drets humans » (ce qui, je pense, se passe de traduction).

A supposer qu’une journaliste, un présentateur de télé, un homme politique de mauvaise foi (son droit humain le plus strict) n’aient pas ces connaissances élémentaires, n’est-il pas du devoir des rédactions de les leur rappeller ? A supposer que les Français croient vraiment que « droits de l’homme » et « droits humains » sont deux choses incomparables, n’est-il pas du devoir des médias de les informer ?

Or ici, on n’a pas informé, on a désinformé. Le présentateur de TF1 ne devait pas prétendre qu’il s’agit de deux choses différentes ; l’envoyée spéciale du Monde ne devait pas écrire une chose fausse - ni d’ailleurs employer l’expression « anglo-saxon ». D’abord parce qu’elle ne veut rien dire : dans le monde anglophone, qui s’étend de l’Inde à la Nouvelle-Zélande et du Royaume - Uni à l’Afrique du Sud, les Angles et les Saxons du 6è siècle ne représentent plus grand chose. Ensuite, parce qu’elle est raciste, caractérisant une fédération linguistique de façon ethnique.

Alors, pourquoi cette désinformation ? Qu’est-ce qui est en jeu ? Qu’est-ce qui est visé, qu’est-ce qui est accompli par le fait de laisser supposer que les droits humains en France seraient substantiellement différents de ceux des autres pays, et notamment des pays de langue anglaise ( par exemple qu’ils seraient plus « axés sur les libertés individuelles ») ?

Mais pourquoi, dira-t-on, pourquoi d’abord la France a-t-elle refusé de traduire correctement « Human Rights » ? N’est-ce pas justement pour « la connotation de genre », en clair pour garder les droits humains pour les hommes ? Les défenseurs de l’expression disent que, là , « l’homme » inclut les femmes. Et pourquoi là et pas ailleurs ? Et comment sait-on quand les femmes sont incluses et quand elles ne le sont pas ? On ne le sait pas : certains prétendent que c’est quand le « h » de « homme » est écrit en majuscules : « Homme ». Les dictionnaires n’ont jamais entendu parler de cette distinction, qui, si elle existait, ne s’entendrait de toutes façons pas à l’oral. Et un sondage de 1998 montre que pour la population ordinaire les « droits de l’homme » sont les droits des hommes. Par opposition aux femmes.

Ce qui conduit à une autre dérive différencialiste : on entend parler depuis trois décennies des droits... des femmes. C’est quoi, en droit international ? Tout simplement l’application des droits humains aux femmes (il n’y a pas dix mille droits fondamentaux, sinon ils ne seraient pas fondamentaux). Mais en français franchouillard ça donnerait : « l’application des droits de l’homme aux femmes », ce qui sonne bizarre, et ne se fait pas. Insister pour conserver le vocable archaïque « droits de l’homme » oblige donc aujourd’hui à le compléter par le vocable « droits des femmes » ; cette coexistence renforce l’idée que si les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes droits, ce n’est pas l’effet de l’oppression et justement du déni de droits, mais parce qu’il s’agit de deux populations si différentes qu’elles n’ont pas besoin des mêmes droits.

Un autre mobile de cette désinformation est le refus de perdre la position en flèche qu’a eue la France... il y a plus de trois siècles. En effet, dans les querelles incessantes que les féministes ont avec la Ligue des Droits de l’homme, leur demandant de se renommer « Ligue des droits humain », sinon pour l’amour des femmes, au moins pour les rapports avec leurs organisations sœurs d’autres pays, la LDH nous a toujours répondu la même chose. Elle veut garder la référence à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à la révolution française : elle préfère la dimension temporelle qui la relie au passé à la dimension spatiale qui la relie au reste du monde. Un choix révélateur, à la fois cause et effet du rapport paradoxal que ce pays entretient avec l’universel (et qu’on examinera une autre fois).

La position de la LDH n’est en effet qu’un exemple parmi d’autres d’une caractéristique française plus générale : l’envie de rester chez soi, de fermer sa porte au monde extérieur peuplé d’étrangers peut-être hostiles et en tous les cas pas comme nous, et, tous rideaux tirés, d’allumer des bougies devant ses vieilles photos de star sur le déclin ; « moi en République », « moi en Maréchal Bugeaud », « moi quand j’étais le Pays des Droits de l’Homme », « moi à Londres... à droite c’est De Gaulle... ».

Tout ça est compréhensible, et la nostalgie aussi, mais c’est comme le reste : à consommer avec modération. A force d’en abuser, ce pays fait régulièrement de véritables crises de solipsisme (maladie philosophique consistant à croire que le monde hors de vous n’existe pas), de cocoriquisme (maladie infantile poussant à crier : « c’est moi qui l’ai vu le premier ! »), de chauvinisme (maladie tous-âges qui fait voir tout ce qu’on a comme « le mieux » : notre eau, notre air, notre sécu, notre code civil, notre code de la route, notre « modèle d’intégration »,etc.). Autant de symptômes qui signalent la tentation communautariste .

Une version plus courte de ce texte est paru dans Politis, n° 935, 18 janvier 2007