Journée contre l'homophobie: les religions invitées à prendre position à l'Assemblée
Par Margaux Guignard samedi 15 mai 2010, à 15h15 | 1107 vues
Têtu
Etre homosexuel et croyant est-ce possible en 2010? Quelles sont les positions des religions face à l'homophobie et la transphobie? Ce sont quelques une des questions auxquelles devront répondre plusieurs représentants religieux invité lundi à l'Assemblée, pour un colloque dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie.
Trois tables rondes et beaucoup de questions à aborder, voici le point de départ du colloque organisé lundi sur le thème de la religion, dans le cadre de la journée contre l'homophobie. A l'initiative de plusieurs associations LGBT de sensibilités religieuses comme David et Jonathan (chrétien), le Beit-Haverim (juif), ou encore HM2F (musulman), ce colloque est ouvert à tous.
Pour en savoir plus, Louis-Georges Tin, universitaire et fondateur de la journée contre l'homophobie, Olivier Pradel membre de l'association David et Jonathan, et Ludovic Zahed président de l'association HM2F, répondent à nos questions.
En quoi ce colloque est-il une première?
Louis-Georges Tin: Ce colloque est une initiative inédite car, pour la première fois en France, les grands cultes seront représentés officiellement (christianisme, judaïsme, islam, bouddhisme), et invités à prendre position sur l'homophobie et la transphobie. En effet, nous demandons aux leaders religieux non pas d'approuver l'homosexualité ou la transidentité, mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie et la transphobie. Nous savons déjà qu'ils sont prêts à le faire, et ils viennent dans cet esprit-là, mais nous aurons lors de ce colloque leurs avis et positions exactes à ce sujet. C'est une étape très importante. Mais ce n'est qu'une étape. Nous avons demandé aux intervenants de faire des propositions concrètes, et au-delà du 17 mai, nous voulons mettre en place un mécanisme de suivi, afin que les engagements de principe pris lors du colloque trouvent une application pratique, et durable, sur le long terme. C'est donc un colloque à ne pas rater.
Est-ce-qu'il a été facile de faire venir ces représentants?
Ludovic Zahed: Oh non! Louis-Georges Tin a du s'armer de patience et être convainquant. Certains ont répondu présent très vite et d'autres pas, je pense que ça correspond aussi à leur point de vue sur le sujet, certains sont très frileux et d'autres moins. Mais de toute façon ils n'ont pas le choix, ils doivent se mettre au diapason et se positionner.
N'est-ce pas un peu hypocrite de leur faire condamner l'homophobie, sans accepter l'homosexualité?
Olivier Pradel: On pourrait le croire, mais c'est une étape importante et bon nombre de religions, y compris en France, en sont loin. Preuve en est la timide réponse de Mgr Vingt-Trois à notre interpellation à la suite des violences devant Notre-Dame ou encore les propos du cardinal Bertone qui n'ont jamais été démentis, malgré nos protestations et manifestation devant la Nonciature. David & Jonathan agit depuis des années contre l'homophobie mais cette nouvelle étape est l'occasion d'une parole claire et sans ambiguïté. Elle a été préparée par notre livre Noir-Gris-Blanc sur l'homophobie, l'appel des intellectuels du 17 mars et notre récente lettre ouverte aux autorités religieuses, signée par le Beit Haverim, HM2F et D&J. Nous saurons rester vigilants pour constater si elle est ou non suivie d'effets sur le terrain.
Ludovic Zahed: L'objectif c'est que dans 20 ans, ou plus tard, on puisse être musulman et homosexuel, ou croyant et homosexuel sans que cela pose de problème. Bien sûr on en est encore loin et parfois on a l'impression que c'est un combat sans fin, mais même si cela prend du temps il faut les éduquer.
L'homophobie vous semble-t-elle plus forte qu'avant?
Olivier Pradel: La situation est contrastée. A tous les niveaux, nous constatons des durcissements et des ouvertures. Les hiérarchies religieuses tiennent des propos homophobes ou agissent pour limiter l'avancée des droits des homosexuel-le-s ou transexuel-le-s, même si à D&J nous avons l'expérience de dialogue fructueux avec certains évêques, mais cela reste marginal. En revanche, de nombreux chrétiens et communautés font de réels gestes d'ouvertures, suivant en cela l'évolution des mentalités. On constate hélas aussi des groupuscules de plus en plus radicaux, justifiant leur homophobie par des arguments religieux. C'est face à ses replis identitaires, refusant l'évolution des moeurs, qu'une parole claire des autorités religieuses est plus qu'urgente.
Ludovic Zahed: L'homophobie, au sein de la communauté musulmane, est beaucoup plus présente est violente. Il est donc très important de faire évoluer les mentalités.
Le colloque aura lieu à l'Assemblé à partir de 9h30. Pour s'inscrire, il suffit d'écrire à cette adresse:colloque@idahomophobia.org.
samedi 15 mai 2010
J'ai envoyé un e-mail à mes deux sénateurs ...
Madame la Sénatrice
Les violences touchent des millions de femmes dans notre pays : 1 femme meurt tous les deux jours ½ sous les coups de son conjoint et 75 000 femmes sont violées chaque année. Le département de la Charente n’est pas une exception.
Le Premier ministre a annoncé que 2010 serait année « Grande Cause nationale contre les violences faites aux femmes » et une proposition de loi était votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale le 25 février dernier. Je m’inquiète que cette proposition ne soit toujours pas inscrite à l’ordre du jour des débats du Sénat.
Électrice dans le département de la Charente, il me semble fondamental que vous interveniez sur ce sujet pour que la loi soit votée avant la fin de la session ordinaire. Chaque jour qui passe, des femmes sont victimes de violences et cette proposition de loi permettra de lutter contre ce fléau qui montre encore à quel point notre pays est loin de l’égalité femmes-hommes.
Afin que la promesse gouvernementale d'une adoption de ce texte avant l'été puisse être tenue, je vous demande de tout faire pour que la conférence des Présidents du 19 mai inscrive cette proposition de loi à l'ordre du jour de votre assemblée.
Merci d’avance de votre réponse,
Les violences touchent des millions de femmes dans notre pays : 1 femme meurt tous les deux jours ½ sous les coups de son conjoint et 75 000 femmes sont violées chaque année. Le département de la Charente n’est pas une exception.
Le Premier ministre a annoncé que 2010 serait année « Grande Cause nationale contre les violences faites aux femmes » et une proposition de loi était votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale le 25 février dernier. Je m’inquiète que cette proposition ne soit toujours pas inscrite à l’ordre du jour des débats du Sénat.
Électrice dans le département de la Charente, il me semble fondamental que vous interveniez sur ce sujet pour que la loi soit votée avant la fin de la session ordinaire. Chaque jour qui passe, des femmes sont victimes de violences et cette proposition de loi permettra de lutter contre ce fléau qui montre encore à quel point notre pays est loin de l’égalité femmes-hommes.
Afin que la promesse gouvernementale d'une adoption de ce texte avant l'été puisse être tenue, je vous demande de tout faire pour que la conférence des Présidents du 19 mai inscrive cette proposition de loi à l'ordre du jour de votre assemblée.
Merci d’avance de votre réponse,
Homosexualité: le nouveau dérapage du député UMP Vanneste
Politiques 14/05/2010 à 12h41
Homosexualité: le nouveau dérapage du député UMP Vanneste
Le numéro 2 du Vatican, Tarcisio Bertone, qui avait choqué mi-avril en amalgamant pédophilie et homosexualité, vient de trouver un soutien du côté de Tourcoing. Le député UMP du Nord, Christian Vanneste, qui s’était déjà illustré par ses sorties sur l’homosexualité, a écrit que «l’opposition outrancière entre pédophilie et homosexualité n’est pas fondée». Un billet publié sur son blog le 30 avril, que l’hebdomadaire chrétien Golias et le mensuel Têtu ont dénoncé cette semaine.
«L’atelier sémantique gay a inventé la prise de judo conceptuelle la plus efficace: la pédophilie est un crime», commence Vanneste. Il déplore que le cardinal Bertone ait été critiqué «pour avoir dit tout haut qu’il y avait des rapports entre l’une et l’autre», alors que l’on aurait «fait basculer du crime à la vertu», «un ministre», Frédéric Mitterrand, qu’il ne cite pas.
Poursuivant son argumentaire douteux, le député juge «patent», «le lien et même la confusion qui règnent entre l’homosexualité et l’éphébophilie». «Ephébophilie» que Vanneste définit comme «l’attirance des hommes pour les adolescents pubères, mais ambigus de traits» et qui, ajoute-t-il, «ne commence ni ne s’arrête à 15 ans». Et Vanneste de décréter qu’«une société lucide sur son avenir devrait avant tout ne porter d’intérêt qu’à l’hétérosexualité tendant à la création de familles les plus stables possibles». Puis il conclut par un plaidoyer pour le «mariage chrétien», «l’institution la plus conforme aux valeurs républicaines», vante-t-il.
«Une clarification, voire une rupture de l’UMP»
Vanneste avait été poursuivi pour avoir jugé, en 2005, l’homosexualité «inférieure à l’hétérosexualité» et condamné pour injures homophobes à 3.000 euros d’amende et à 2.000 euros de dommages et intérêts à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays. Mais la Cour de cassation avait annulé, en novembre 2008, la condamnation du tribunal correctionnel de Lille, confirmée par la cour d’appel de Douai. Si ses propos «ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression», avait jugé la Cour de cassation.
Dans un communiqué, l’Interassociative lesbienne, gay, bi et trans (LGBT) exprime sa consternation, et rappelle que «la loi sur la liberté de la presse condamne toute provocation à la haine, aux violences et à la discrimination, toute injure ou diffamation en raison de l’orientation sexuelle d’un groupe de personne». Et réclame «une clarification, voire une rupture de l’UMP, avec Christian Vanneste qui lui est toujours rattaché».
Ce vendredi matin sur Europe 1, Nathalie Kosckiusko-Morizet, secrétaire d'Etat et secrétaire générale adjointe de l'UMP, interrogée sur les propos de Vanneste, a assuré qu'il n’était plus à l’UMP, mais membre du CNI (Centre national des indépendants et paysans), tout en continuant de siéger au sein du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Sur le site de l’UMP, le député figure toujours parmi les élus du parti...
Homosexualité: le nouveau dérapage du député UMP Vanneste
Le numéro 2 du Vatican, Tarcisio Bertone, qui avait choqué mi-avril en amalgamant pédophilie et homosexualité, vient de trouver un soutien du côté de Tourcoing. Le député UMP du Nord, Christian Vanneste, qui s’était déjà illustré par ses sorties sur l’homosexualité, a écrit que «l’opposition outrancière entre pédophilie et homosexualité n’est pas fondée». Un billet publié sur son blog le 30 avril, que l’hebdomadaire chrétien Golias et le mensuel Têtu ont dénoncé cette semaine.
«L’atelier sémantique gay a inventé la prise de judo conceptuelle la plus efficace: la pédophilie est un crime», commence Vanneste. Il déplore que le cardinal Bertone ait été critiqué «pour avoir dit tout haut qu’il y avait des rapports entre l’une et l’autre», alors que l’on aurait «fait basculer du crime à la vertu», «un ministre», Frédéric Mitterrand, qu’il ne cite pas.
Poursuivant son argumentaire douteux, le député juge «patent», «le lien et même la confusion qui règnent entre l’homosexualité et l’éphébophilie». «Ephébophilie» que Vanneste définit comme «l’attirance des hommes pour les adolescents pubères, mais ambigus de traits» et qui, ajoute-t-il, «ne commence ni ne s’arrête à 15 ans». Et Vanneste de décréter qu’«une société lucide sur son avenir devrait avant tout ne porter d’intérêt qu’à l’hétérosexualité tendant à la création de familles les plus stables possibles». Puis il conclut par un plaidoyer pour le «mariage chrétien», «l’institution la plus conforme aux valeurs républicaines», vante-t-il.
«Une clarification, voire une rupture de l’UMP»
Vanneste avait été poursuivi pour avoir jugé, en 2005, l’homosexualité «inférieure à l’hétérosexualité» et condamné pour injures homophobes à 3.000 euros d’amende et à 2.000 euros de dommages et intérêts à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays. Mais la Cour de cassation avait annulé, en novembre 2008, la condamnation du tribunal correctionnel de Lille, confirmée par la cour d’appel de Douai. Si ses propos «ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression», avait jugé la Cour de cassation.
Dans un communiqué, l’Interassociative lesbienne, gay, bi et trans (LGBT) exprime sa consternation, et rappelle que «la loi sur la liberté de la presse condamne toute provocation à la haine, aux violences et à la discrimination, toute injure ou diffamation en raison de l’orientation sexuelle d’un groupe de personne». Et réclame «une clarification, voire une rupture de l’UMP, avec Christian Vanneste qui lui est toujours rattaché».
Ce vendredi matin sur Europe 1, Nathalie Kosckiusko-Morizet, secrétaire d'Etat et secrétaire générale adjointe de l'UMP, interrogée sur les propos de Vanneste, a assuré qu'il n’était plus à l’UMP, mais membre du CNI (Centre national des indépendants et paysans), tout en continuant de siéger au sein du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Sur le site de l’UMP, le député figure toujours parmi les élus du parti...
"Les religions contribuent souvent à l'homophobie"
Entretien
"Les religions contribuent souvent à l'homophobie"
LEMONDE | 14.05.10 | 18h18 • Mis à jour le 14.05.10 | 18h18
Porte parole du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Louis-Georges Tin a notamment dirigé un Dictionnaire de l'homophobie (PUF, 2003).
Le 17 mai, ce sera la 6e édition de la Journée mondiale contre l'homophobie, que vous avez créée. N'y-a-t-il pas une multiplication excessive de ces journées annuelles consacrées à tel ou tel sujet de société ?
Je ne le crois pas. Ces journées permettent à la société civile de se saisir de l'agenda politique et d'y introduire des thématiques quelque peu négligées par les dirigeants. Elles répondent donc à une exigence démocratique.
Comment avez-vous décidé, en 2005, de proposer cette journée ?
Cette journée, je l'ai proposée à de nombreuses associations à travers le monde, qui ont trouvé l'idée très intéressante, et qui s'en sont saisies. Je l'ai proposée aussi aux autorités publiques, et elle a ensuite été reconnue officiellement par l'Union européenne, par la France et par plusieurs autres pays.
Quant au choix de la date, c'est le 17 mai 1990 que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales. C'est une date internationale, positive, qui nous invite aussi à demander que l'on fasse pour les transsexuels, demain, ce qui a été fait pour les homosexuels, hier.
La France a été le premier pays au monde à supprimer la transsexualité de la liste des maladies mentales, en 2009, à l'occasion de la Journée contre l'homophobie et la transphobie, et nous souhaitons qu'elle porte ce combat à l'OMS.
Que fait-on pendant cette journée ?
Dans plus de 60 pays à travers le monde, il y a des conférences, des expositions, des festivals, des actions de rue. Des décisions politiques sont prises. En France, il y a plus de cent cinquante événements dans plus de quarante villes.
La journée de 2010 a pour thème "Homophobie et religions". Que souhaitez-vous obtenir des diverses autorités religieuses ?
Les traditions religieuses contribuent souvent à renforcer l'homophobie, d'où le thème que nous avons choisi. Cette année, nous demandons aux croyants, et en particulier aux responsables religieux, non pas d'approuver l'homosexualité mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie. Notamment lorsqu'il s'agit de violences commises au nom d'un Dieu, quel qu'il soit. Nous n'entendons pas aller sur le terrain de la théologie, qui n'est pas le nôtre ; nous demandons aux théologiens de venir sur le terrain des droits humains, qui nous concerne tous.
Ainsi, en France, nous organisons un colloque à l'Assemblée nationale, dans lequel interviennent les représentants officiels de la Conférence des évêques de France, de la Fédération protestante, du Grand Rabbinat, de la Mosquée de Paris et de l'Union bouddhiste de France. C'est un événement totalement inédit.
Nous avons rédigé avec l'Eglise de France une prière universelle demandant le respect de la dignité de chacun, à l'occasion de cette journée. C'est aussi, pour l'islam de France, une occasion historique de tordre le cou au préjugé qui voudrait que les musulmans soient forcément homophobes.
Qu'avez-vous pensé des récentes déclarations d'un cardinal liant la pédophilie dans l'Eglise à l'homosexualité ?
Il n'a fait que dire ce que beaucoup de personnes homophobes, dans l'Eglise ou ailleurs, pensent ordinairement. En revanche, ce qui est nouveau, c'est le scandale international que ces déclarations ont suscité. Il y a quelques années, qui s'en serait soucié, à part quelques militants ? C'est le signe que les temps changent. Il est temps que le Vatican s'en rende compte...
Les actes homophobes sont-ils en augmentation en France ?
Il n'y a pas d'enquête globale sur ce sujet. Nous avons des chiffres de l'association SOS-Homophobie, qui sont en augmentation. Mais il est difficile de savoir si cela traduit une augmentation de la réalité homophobe ou de la propension à témoigner de cette réalité. Toutefois, beaucoup de personnes qui devraient en témoigner ne le font toujours pas, de peur de s'exposer à une stigmatisation sociale. Il faudrait en France des enquêtes de victimation plus larges, pour établir plus précisément le degré de violence homophobe ou transphobe.
Etes-vous de ceux qui disent que le refus, en France, du mariage homosexuel est une homophobie d'Etat ?
C'est mon sentiment. Je crois qu'il fut un temps où, dans certains pays, les mariages entre Noirs et Blancs étaient interdits, était-ce du racisme ? Il est des pays où les femmes ne peuvent pas se marier comme elles le souhaitent, est-ce du sexisme ? Il y a des pays où les homosexuels ne peuvent pas se marier comme ils le souhaitent. Je crois que la conclusion s'impose d'elle-même...
En 2006, vous disiez que 80 pays considéraient toujours l'homosexualité comme un crime, est-ce encore le cas ?
Oui. Et dans sept pays, principalement dans l'arc du Moyen Orient, la peine de mort est requise contre les homosexuels, sur la base de la charia. En 2006, nous avons lancé un appel "pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité". Cette pétition a été très largement soutenue par des personnalités comme Jacques Delors, des artistes comme Meryl Streep, des Prix Nobel comme Desmond Tutu, Dario Fo, etc.
Notre campagne a abouti à une déclaration à l'Assemblée générale des Nations unies, portée par Rama Yade, en 2008. Mais ce n'est qu'une déclaration, un texte, symbolique, fort, mais sans valeur de loi. Il faudrait une résolution, et pour cela nous devons convaincre davantage d'Etats, obtenir une majorité et une décision qu'il faudra ensuite faire appliquer.
En dehors des questions institutionnelles, comme le mariage, comment jugez-vous la situation sociale de l'homosexualité en France aujourd'hui ?
Les choses s'améliorent. Deux Français sur trois sont favorables au mariage de couples du même sexe. Il y a de plus en plus d'actions au niveau social, et quelques mesures importantes au niveau gouvernemental. Mais, notamment pour les jeunes, l'homophobie se maintient à un niveau élevé. Même dans un environnement raciste, un enfant noir a toutes les chances de grandir dans une famille noire où sa "différence" n'est pas perçue comme telle. Rien de tel pour les jeunes homosexuels, qui grandissent en général dans des familles hétérosexuelles.
Donc, s'ils sont exposés à l'homophobie sociale, ils ne pourront pas forcément trouver dans leur famille le soutien dont ils auraient besoin. Beaucoup d'exemples montrent qu'ils prendraient même un risque important à le faire. Nombre de familles rejettent encore leurs enfants quand ils annoncent leur homosexualité. Les jeunes préfèrent alors rester dans le silence, ce qui est source de dépression, de déchirement. Dans les cours de récréation, dans le monde du sport, dans la vie quotidienne, les insultes homophobes sont encore fréquentes, parfois sans importance pour ceux qui les prononcent, mais très dures pour ceux qui les reçoivent.
La France est-elle un pays refuge pour les homosexuels persécutés dans leur pays ?
Plus ou moins, mais il faut prendre en compte la situation que l'on réserve aux immigrés. Les pays les plus ouverts sur l'homosexualité ne sont pas forcément les plus ouverts sur l'immigration.
Nous avons rencontré le cabinet d'Eric Besson récemment, et nous attendons des mesures fortes pour que les personnels qui s'occupent du droit d'asile soient mieux formés à l'accueil des réfugiés persécutés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Nous n'y sommes pas encore...
Propos recueillis par Josyane Savigneau
"Les religions contribuent souvent à l'homophobie"
LEMONDE | 14.05.10 | 18h18 • Mis à jour le 14.05.10 | 18h18
Porte parole du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Louis-Georges Tin a notamment dirigé un Dictionnaire de l'homophobie (PUF, 2003).
Le 17 mai, ce sera la 6e édition de la Journée mondiale contre l'homophobie, que vous avez créée. N'y-a-t-il pas une multiplication excessive de ces journées annuelles consacrées à tel ou tel sujet de société ?
Je ne le crois pas. Ces journées permettent à la société civile de se saisir de l'agenda politique et d'y introduire des thématiques quelque peu négligées par les dirigeants. Elles répondent donc à une exigence démocratique.
Comment avez-vous décidé, en 2005, de proposer cette journée ?
Cette journée, je l'ai proposée à de nombreuses associations à travers le monde, qui ont trouvé l'idée très intéressante, et qui s'en sont saisies. Je l'ai proposée aussi aux autorités publiques, et elle a ensuite été reconnue officiellement par l'Union européenne, par la France et par plusieurs autres pays.
Quant au choix de la date, c'est le 17 mai 1990 que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales. C'est une date internationale, positive, qui nous invite aussi à demander que l'on fasse pour les transsexuels, demain, ce qui a été fait pour les homosexuels, hier.
La France a été le premier pays au monde à supprimer la transsexualité de la liste des maladies mentales, en 2009, à l'occasion de la Journée contre l'homophobie et la transphobie, et nous souhaitons qu'elle porte ce combat à l'OMS.
Que fait-on pendant cette journée ?
Dans plus de 60 pays à travers le monde, il y a des conférences, des expositions, des festivals, des actions de rue. Des décisions politiques sont prises. En France, il y a plus de cent cinquante événements dans plus de quarante villes.
La journée de 2010 a pour thème "Homophobie et religions". Que souhaitez-vous obtenir des diverses autorités religieuses ?
Les traditions religieuses contribuent souvent à renforcer l'homophobie, d'où le thème que nous avons choisi. Cette année, nous demandons aux croyants, et en particulier aux responsables religieux, non pas d'approuver l'homosexualité mais, chose bien différente, de désapprouver l'homophobie. Notamment lorsqu'il s'agit de violences commises au nom d'un Dieu, quel qu'il soit. Nous n'entendons pas aller sur le terrain de la théologie, qui n'est pas le nôtre ; nous demandons aux théologiens de venir sur le terrain des droits humains, qui nous concerne tous.
Ainsi, en France, nous organisons un colloque à l'Assemblée nationale, dans lequel interviennent les représentants officiels de la Conférence des évêques de France, de la Fédération protestante, du Grand Rabbinat, de la Mosquée de Paris et de l'Union bouddhiste de France. C'est un événement totalement inédit.
Nous avons rédigé avec l'Eglise de France une prière universelle demandant le respect de la dignité de chacun, à l'occasion de cette journée. C'est aussi, pour l'islam de France, une occasion historique de tordre le cou au préjugé qui voudrait que les musulmans soient forcément homophobes.
Qu'avez-vous pensé des récentes déclarations d'un cardinal liant la pédophilie dans l'Eglise à l'homosexualité ?
Il n'a fait que dire ce que beaucoup de personnes homophobes, dans l'Eglise ou ailleurs, pensent ordinairement. En revanche, ce qui est nouveau, c'est le scandale international que ces déclarations ont suscité. Il y a quelques années, qui s'en serait soucié, à part quelques militants ? C'est le signe que les temps changent. Il est temps que le Vatican s'en rende compte...
Les actes homophobes sont-ils en augmentation en France ?
Il n'y a pas d'enquête globale sur ce sujet. Nous avons des chiffres de l'association SOS-Homophobie, qui sont en augmentation. Mais il est difficile de savoir si cela traduit une augmentation de la réalité homophobe ou de la propension à témoigner de cette réalité. Toutefois, beaucoup de personnes qui devraient en témoigner ne le font toujours pas, de peur de s'exposer à une stigmatisation sociale. Il faudrait en France des enquêtes de victimation plus larges, pour établir plus précisément le degré de violence homophobe ou transphobe.
Etes-vous de ceux qui disent que le refus, en France, du mariage homosexuel est une homophobie d'Etat ?
C'est mon sentiment. Je crois qu'il fut un temps où, dans certains pays, les mariages entre Noirs et Blancs étaient interdits, était-ce du racisme ? Il est des pays où les femmes ne peuvent pas se marier comme elles le souhaitent, est-ce du sexisme ? Il y a des pays où les homosexuels ne peuvent pas se marier comme ils le souhaitent. Je crois que la conclusion s'impose d'elle-même...
En 2006, vous disiez que 80 pays considéraient toujours l'homosexualité comme un crime, est-ce encore le cas ?
Oui. Et dans sept pays, principalement dans l'arc du Moyen Orient, la peine de mort est requise contre les homosexuels, sur la base de la charia. En 2006, nous avons lancé un appel "pour une dépénalisation universelle de l'homosexualité". Cette pétition a été très largement soutenue par des personnalités comme Jacques Delors, des artistes comme Meryl Streep, des Prix Nobel comme Desmond Tutu, Dario Fo, etc.
Notre campagne a abouti à une déclaration à l'Assemblée générale des Nations unies, portée par Rama Yade, en 2008. Mais ce n'est qu'une déclaration, un texte, symbolique, fort, mais sans valeur de loi. Il faudrait une résolution, et pour cela nous devons convaincre davantage d'Etats, obtenir une majorité et une décision qu'il faudra ensuite faire appliquer.
En dehors des questions institutionnelles, comme le mariage, comment jugez-vous la situation sociale de l'homosexualité en France aujourd'hui ?
Les choses s'améliorent. Deux Français sur trois sont favorables au mariage de couples du même sexe. Il y a de plus en plus d'actions au niveau social, et quelques mesures importantes au niveau gouvernemental. Mais, notamment pour les jeunes, l'homophobie se maintient à un niveau élevé. Même dans un environnement raciste, un enfant noir a toutes les chances de grandir dans une famille noire où sa "différence" n'est pas perçue comme telle. Rien de tel pour les jeunes homosexuels, qui grandissent en général dans des familles hétérosexuelles.
Donc, s'ils sont exposés à l'homophobie sociale, ils ne pourront pas forcément trouver dans leur famille le soutien dont ils auraient besoin. Beaucoup d'exemples montrent qu'ils prendraient même un risque important à le faire. Nombre de familles rejettent encore leurs enfants quand ils annoncent leur homosexualité. Les jeunes préfèrent alors rester dans le silence, ce qui est source de dépression, de déchirement. Dans les cours de récréation, dans le monde du sport, dans la vie quotidienne, les insultes homophobes sont encore fréquentes, parfois sans importance pour ceux qui les prononcent, mais très dures pour ceux qui les reçoivent.
La France est-elle un pays refuge pour les homosexuels persécutés dans leur pays ?
Plus ou moins, mais il faut prendre en compte la situation que l'on réserve aux immigrés. Les pays les plus ouverts sur l'homosexualité ne sont pas forcément les plus ouverts sur l'immigration.
Nous avons rencontré le cabinet d'Eric Besson récemment, et nous attendons des mesures fortes pour que les personnels qui s'occupent du droit d'asile soient mieux formés à l'accueil des réfugiés persécutés en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Nous n'y sommes pas encore...
Propos recueillis par Josyane Savigneau
vendredi 14 mai 2010
Une secrétaire d'Etat de David Cameron critique un gouvernement «mâle et pale»
Monde 14/05/2010
Une secrétaire d'Etat de David Cameron critique un gouvernement «mâle et pale»
Une secrétaire d'Etat du nouveau gouvernement du Premier ministre britannique David Cameron a critiqué vendredi le manque de femmes au sein du cabinet, et raillé les équipes de négociations «masculines et pales» à l'origine de ce gouvernement de coalition.
Lynne Featherstone, membre du parti libéral démocrate, en charge de l'égalité, a précisé avoir insisté auprès du Premier ministre conservateur pour avoir un gouvernement comprenant plus de femmes et de représentants des minorités, en lui disant «qu'il fallait faire mieux», lors d'une interview sur la radio BBC.
«Je suis très déçue», a-t-elle concédé. Dans son nouveau gouvernement de 23 membres, négocié cette semaine entre conservateurs et libéraux démocrates, David Cameron a nommé seulement quatre ministres ou secrétaires d'Etat femmes, moins que dans le premier gouvernement de Tony Blair de 1997.
Et deux seulement ont des postes-clés: Theresa May, ministre de l'Intérieur et secrétaire d'Etat aux Femmes et à l'Egalité, et Caroline Spelman, à l'Environnement, l'Alimentation et les Affaires rurales. Lynne Featherstone a déploré le manque de femmes dans les équipes qui ont forgé l'alliance entre les deux partis: «Quand vous regardez les équipes de négociations, elles sont masculines et mâles».
Mais elle a également reconnu qu'augmenter le nombre de femmes ministres au gouvernement était complexe. «Si on regarde les cinq libéraux démocrates, dont Nick Clegg, qui sont au cabinet (le conseil des ministres), ils sont tous, et c'est l'une des difficultés, extrêmement talentueux, ont beaucoup d'expérience, et sont les poids lourds des Libdem», note-t-elle.
«Donc la question est de savoir comment parvenir à faire passer des femmes du parlement à ces fonctions». «Les conservateurs ont fait de grands progrès dans le nombre de femmes qui arrivent à la chambre des Communes, mais malheureusement, les libéraux démocrates n'en n'ont pas fait autant», a-t-elle noté.
Les conservateurs comptent 48 femmes sur 306 députés à la chambre des Communes issue des élections du 6 mai, contre seulement 7 sur 57 députés chez leurs partenaires libéraux-démocrates.
(Source AFP)
Une secrétaire d'Etat de David Cameron critique un gouvernement «mâle et pale»
Une secrétaire d'Etat du nouveau gouvernement du Premier ministre britannique David Cameron a critiqué vendredi le manque de femmes au sein du cabinet, et raillé les équipes de négociations «masculines et pales» à l'origine de ce gouvernement de coalition.
Lynne Featherstone, membre du parti libéral démocrate, en charge de l'égalité, a précisé avoir insisté auprès du Premier ministre conservateur pour avoir un gouvernement comprenant plus de femmes et de représentants des minorités, en lui disant «qu'il fallait faire mieux», lors d'une interview sur la radio BBC.
«Je suis très déçue», a-t-elle concédé. Dans son nouveau gouvernement de 23 membres, négocié cette semaine entre conservateurs et libéraux démocrates, David Cameron a nommé seulement quatre ministres ou secrétaires d'Etat femmes, moins que dans le premier gouvernement de Tony Blair de 1997.
Et deux seulement ont des postes-clés: Theresa May, ministre de l'Intérieur et secrétaire d'Etat aux Femmes et à l'Egalité, et Caroline Spelman, à l'Environnement, l'Alimentation et les Affaires rurales. Lynne Featherstone a déploré le manque de femmes dans les équipes qui ont forgé l'alliance entre les deux partis: «Quand vous regardez les équipes de négociations, elles sont masculines et mâles».
Mais elle a également reconnu qu'augmenter le nombre de femmes ministres au gouvernement était complexe. «Si on regarde les cinq libéraux démocrates, dont Nick Clegg, qui sont au cabinet (le conseil des ministres), ils sont tous, et c'est l'une des difficultés, extrêmement talentueux, ont beaucoup d'expérience, et sont les poids lourds des Libdem», note-t-elle.
«Donc la question est de savoir comment parvenir à faire passer des femmes du parlement à ces fonctions». «Les conservateurs ont fait de grands progrès dans le nombre de femmes qui arrivent à la chambre des Communes, mais malheureusement, les libéraux démocrates n'en n'ont pas fait autant», a-t-elle noté.
Les conservateurs comptent 48 femmes sur 306 députés à la chambre des Communes issue des élections du 6 mai, contre seulement 7 sur 57 députés chez leurs partenaires libéraux-démocrates.
(Source AFP)
La "société du care" de Martine Aubry fait débat
La "société du care" de Martine Aubry fait débat
LEMONDE.FR | 14.05.10 | 15h31 • Mis à jour le 14.05.10 | 16h13
Réagissez à cet article Réagissez (18) Recommandez cet article Recommandez
Martine Aubry a réussi son coup : son interview au site Mediapart, puis sa tribune dans Le Monde au sujet de la "société du 'care'" n'en finissent pas de provoquer le débat dans la classe politique.
Retour en arrière. Le 2 avril, Mediapart publie une longue interview de la première secrétaire du Parti socialiste (PS). Elle y détaille ses projets pour le PS et lance un appel "à une société du bien-être et du respect, qui prend soin de chacun et prépare l'avenir" et fustige "le matérialisme et le tout-avoir".
dans
Point de vue Manuel Valls : "Promouvoir comme panacée une 'société du soin' est une erreur profonde"
Point de vue "Care", ou le triomphe des bons sentiments, par Nathalie Kosciusko-Morizet
Décryptage Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste
Cette "société du bien-être", du "soin" ou du "care" ("soin" en anglais) va devenir le socle de la réflexion de Martine Aubry. Le "care" est en fait une notion de philosophie anglo-saxonne (David Hume et Adam Smith notamment) qui se centre sur les interactions empathiques, sur le souci de l'autre. L'idée a été modernisée par le mouvement féministe américain des années 1960, devenant une forme de "moralité des femmes", une éthique particulière développée notamment par Carol Gilligan.
Le "care", une notion tirée du féminisme... et empruntée à Tony Blair
Cette figure du féminisme américain postulait une vision proprement féminine de l'éthique et des rapports sociaux, centrée autour de la notion de prendre soin des autres, qu'elle souhaitait enseigner à l'ensemble de la société et aux hommes. Ses travaux ont inspiré ceux de Joan Tronto, une autre universitaire américaine, qui a modernisé la notion dans Un monde vulnérable, pour une politique du care, paru en 1993. Martine Aubry s'inspire visiblement de cet ouvrage lorsqu'elle résume sa vision du "care" comme un "autre modèle de développement économique, social et durable, mais aussi un autre rapport des individus entre eux". (Lire "Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste".)
La première secrétaire du PS utilise cette grille de lecture, déjà employée par Anthony Giddens, l'un des stratèges de Tony Blair, dans une tribune consacrée aux retraites et publiée dans Le Monde du 14 avril. Elle y explique qu'il faut "aller vers une société du soin" : "aucune allocation ne remplace les chaînes de soins, les solidarités familiales et amicales, l’attention du voisinage, l’engagement de la société tout entière. A ce prix, la réhumanisation de notre société prendra tout son sens", estime Martine Aubry.
Cette vision n'est pas partagée par tout le monde. Le journaliste de RTL, Jean-Michel Aphatie, lui décerne ainsi un "prix de nunucherie", fustigeant avec violence un "galimatias de bons sentiments", un "record de banalités et de poncifs au cm²", et estimant que Martine Aubry "se noie dans ces considérations pseudo-philosophiques". Ailleurs, on note la proximité des idées de la première secrétaire avec les notions "d'ordre juste" ou de "fraternité" agitées par Ségolène Royal depuis sa campagne de 2007.
Manuel Valls et Nathalie Kosciusko-Morizet critiques
Et pourtant, le débat s'installe. L'UMP confie à la secrétaire d'Etat à l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, la tâche de répondre à Martine Aubry. Dans une tribune au Monde, "NKM" fustige "le triomphe des bons sentiments". "Rien de nouveau sous le soleil, sinon le retour à un discours de l'assistanat social et des bons sentiments, dont je doute qu'il rende justice aux femmes", écrit la secrétaire d'Etat, qui juge le concept dépassé car "il enferme les femmes et la réflexion politique dans la seule considération de la souffrance sociale".
A gauche aussi, on doute du concept de Martine Aubry. Dans une autre tribune, toujours au Monde, Manuel Valls dénonce une "erreur profonde" et "un recul pour la gauche". Selon le député-maire d'Evry, qui veut incarner l'aile droite du PS, "l'individu n'est ni malade ni en demande de soins", mais demande au contraire "à pouvoir agir en toute liberté". Pour lui, cette "vieille idée des années 1980 (...) n'est en rien adaptée à la société française d'aujourd'hui". Et si la gauche gagnait avec cette philosophie, poursuit-il, elle risquerait de générer des attentes énormes et "une nouvelle bombe à retardement de la déception".
Critiquée, l'idée de Martine Aubry a néanmoins fait réfléchir certains. A commencer, peut-être, par... Nicolas Sarkozy. Selon plusieurs députés reçus mardi 11 mai à l'Elysée, Nicolas Sarkozy aurait expliqué que s'il se représentait, il changerait de stratégie : "Après un quinquennat de réformes, les Français aspireront à un président protecteur", aurait-il lancé. De l'acte de protéger à celui de soigner, il n'y a qu'un pas...
Samuel Laurent
LEMONDE.FR | 14.05.10 | 15h31 • Mis à jour le 14.05.10 | 16h13
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Martine Aubry a réussi son coup : son interview au site Mediapart, puis sa tribune dans Le Monde au sujet de la "société du 'care'" n'en finissent pas de provoquer le débat dans la classe politique.
Retour en arrière. Le 2 avril, Mediapart publie une longue interview de la première secrétaire du Parti socialiste (PS). Elle y détaille ses projets pour le PS et lance un appel "à une société du bien-être et du respect, qui prend soin de chacun et prépare l'avenir" et fustige "le matérialisme et le tout-avoir".
dans
Point de vue Manuel Valls : "Promouvoir comme panacée une 'société du soin' est une erreur profonde"
Point de vue "Care", ou le triomphe des bons sentiments, par Nathalie Kosciusko-Morizet
Décryptage Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste
Cette "société du bien-être", du "soin" ou du "care" ("soin" en anglais) va devenir le socle de la réflexion de Martine Aubry. Le "care" est en fait une notion de philosophie anglo-saxonne (David Hume et Adam Smith notamment) qui se centre sur les interactions empathiques, sur le souci de l'autre. L'idée a été modernisée par le mouvement féministe américain des années 1960, devenant une forme de "moralité des femmes", une éthique particulière développée notamment par Carol Gilligan.
Le "care", une notion tirée du féminisme... et empruntée à Tony Blair
Cette figure du féminisme américain postulait une vision proprement féminine de l'éthique et des rapports sociaux, centrée autour de la notion de prendre soin des autres, qu'elle souhaitait enseigner à l'ensemble de la société et aux hommes. Ses travaux ont inspiré ceux de Joan Tronto, une autre universitaire américaine, qui a modernisé la notion dans Un monde vulnérable, pour une politique du care, paru en 1993. Martine Aubry s'inspire visiblement de cet ouvrage lorsqu'elle résume sa vision du "care" comme un "autre modèle de développement économique, social et durable, mais aussi un autre rapport des individus entre eux". (Lire "Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste".)
La première secrétaire du PS utilise cette grille de lecture, déjà employée par Anthony Giddens, l'un des stratèges de Tony Blair, dans une tribune consacrée aux retraites et publiée dans Le Monde du 14 avril. Elle y explique qu'il faut "aller vers une société du soin" : "aucune allocation ne remplace les chaînes de soins, les solidarités familiales et amicales, l’attention du voisinage, l’engagement de la société tout entière. A ce prix, la réhumanisation de notre société prendra tout son sens", estime Martine Aubry.
Cette vision n'est pas partagée par tout le monde. Le journaliste de RTL, Jean-Michel Aphatie, lui décerne ainsi un "prix de nunucherie", fustigeant avec violence un "galimatias de bons sentiments", un "record de banalités et de poncifs au cm²", et estimant que Martine Aubry "se noie dans ces considérations pseudo-philosophiques". Ailleurs, on note la proximité des idées de la première secrétaire avec les notions "d'ordre juste" ou de "fraternité" agitées par Ségolène Royal depuis sa campagne de 2007.
Manuel Valls et Nathalie Kosciusko-Morizet critiques
Et pourtant, le débat s'installe. L'UMP confie à la secrétaire d'Etat à l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, la tâche de répondre à Martine Aubry. Dans une tribune au Monde, "NKM" fustige "le triomphe des bons sentiments". "Rien de nouveau sous le soleil, sinon le retour à un discours de l'assistanat social et des bons sentiments, dont je doute qu'il rende justice aux femmes", écrit la secrétaire d'Etat, qui juge le concept dépassé car "il enferme les femmes et la réflexion politique dans la seule considération de la souffrance sociale".
A gauche aussi, on doute du concept de Martine Aubry. Dans une autre tribune, toujours au Monde, Manuel Valls dénonce une "erreur profonde" et "un recul pour la gauche". Selon le député-maire d'Evry, qui veut incarner l'aile droite du PS, "l'individu n'est ni malade ni en demande de soins", mais demande au contraire "à pouvoir agir en toute liberté". Pour lui, cette "vieille idée des années 1980 (...) n'est en rien adaptée à la société française d'aujourd'hui". Et si la gauche gagnait avec cette philosophie, poursuit-il, elle risquerait de générer des attentes énormes et "une nouvelle bombe à retardement de la déception".
Critiquée, l'idée de Martine Aubry a néanmoins fait réfléchir certains. A commencer, peut-être, par... Nicolas Sarkozy. Selon plusieurs députés reçus mardi 11 mai à l'Elysée, Nicolas Sarkozy aurait expliqué que s'il se représentait, il changerait de stratégie : "Après un quinquennat de réformes, les Français aspireront à un président protecteur", aurait-il lancé. De l'acte de protéger à celui de soigner, il n'y a qu'un pas...
Samuel Laurent
jeudi 13 mai 2010
IV. CONTRE LES STÉRÉOTYPES, CHANGER L'ÉDUCATION
IV. CONTRE LES STÉRÉOTYPES, CHANGER L'ÉDUCATION
cf Etats généraux de Elle sur les femmes
24 propositions dont :
IV. Contre les stereotypes changer l education
IV- Changer les représentations et l'éducation, le nerf de la guerre
Quand sont analysées les causes de la persistance des discriminations, la question de l’éducation des garçons est toujours évoquée. Or, cette éducation est du ressort des familles, mais aussi de l’institution scolaire qui reste, malgré ses bonnes intentions, discriminante, voire sexiste. Il est urgent de sensibiliser les enseignants à la question du féminin / masculin pour qu’ils modifient leur pratiques pédagogiques et de faire évoluer le contenu des enseignements à tous les niveaux des établissements scolaires, pour les rendre moins différentialistes et plus ouverts à l’altérité.
A l’identique, les représentations données des femmes dans les médias, le plus souvent par simple héritage, perpétuent les stéréotypes et portent atteinte à leur crédibilité mais aussi à leur estime de soi. Après les batailles juridiques, politiques, ou professionnelles, le combat de l’image reste très largement à mener. Il est crucial pour faire changer les représentations en profondeur.
21. Pour changer les pratiques pédagogiques du personnel éducatif
La mixité de tous les niveaux des enseignements, classiques, techniques et professionnels a été installée en 1974. Et pourtant, des discriminations sexuées subsistent de la part des enseignant.e.s, discriminations sans doute résumables dans l’aphorisme : « les garçons comprennent ce que les filles apprennent ». Parallèlement et dès les premiers apprentissages scolaires, les filles sont reprises sur la propreté et les soins, quand les garçons le sont sur la discipline. Par ailleurs, on souligne l’investissement des filles dans les disciplines « féminines », la littérature ou les langues, quand, parallèlement, on exagère la domination masculine dans les domaines mathématiques et scientifiques. Malgré l’égalité constatée des compétences, la divergence des orientations, soutenue par le corps enseignant, triomphe.
Nous demandons que, dans le cadre de leurs formations initiales comme continues, les futur-e-s enseignant-e-s et conseiller-e-s d’orientation suivent obligatoirement des enseignements leur permettant de déjouer les pièges d’une organisation sociale nourrie de représentations qui assignent filles et garçons à des rôles entérinant la hiérarchie entre les femmes et les hommes.
Nous demandons que, tout particulièrement dans les lycées professionnels, les orientations des élèves cessent d’être stéréotypées, au motif qu’il y aurait des « métiers d’hommes » et des « métiers de femmes ». Tous les secteurs d’emploi doivent être envisagés d’un point de vue neutre et mixte, y compris par un volontarisme permettant de valoriser ces métiers si féminisés qu’il en sont socialement dévalorisés.
22. Pour intégrer la question de l’égalité entre les femmes et les hommes aux enseignements
Nous demandons que dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire soit instauré un module concernant l’histoire des femmes (histoire des luttes politiques, histoire économique, artistique). Nous proposons également de rendre obligatoires, dans les cursus de formation des futur.e.s enseignant.e.s et responsables de l’orientation académique, des sessions de cours sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes ses composantes. Nous demandons enfin des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes dans les livres scolaires.
23. Pour une éducation aux relations entre les sexes
Les enseignements dispensés dans les établissements scolaires sur la sexualité, la procréation et la contraception sont cantonnés à deux heures annuelles en classes de 3e et de 4e, et au simple amalgame contraception, MST, sida, IVG, reproduction/prévention. Nous demandons leur extension à une véritable éducation aux relations entre les sexes : éducation sexuelle, mais aussi éducation au respect et à l’égalité.
24. Pour soutenir la création d’une mission d’observation et de suivi concernant les stéréotypes sur les femmes
Nous soutenons la pérennisation de la commission de l’image de la femme dans les médias et la création d’une mission d’observation et de suivi des stéréotypes féminins constituée de responsables des médias (proposition faite dans le rapport sur l’image de la femme dans les médias en 2008). Sur la base d’indicateurs de suivi et de rapports annuels issus des organismes publics (CSA…), elle devrait rendre compte, annuellement, des progrès réalisés.
En conclusion
Ces propositions ne doivent pas être lues comme une énième collection de vœux pieux mais bien comme des mesures concrètes pour changer les choses ici et maintenant et établir des rapports entre les sexes et entre les générations plus justes et plus équitables.
Nous voulons contribuer à l’édification d’une société plurielle où les femmes prennent leur place, et font valoir avec la même légitimité et liberté que les hommes leur vision et leurs choix; une société où femmes et hommes brisent les stéréotypes qui les enferment pour enfin vivre ensemble dans une reconnaissance réciproque de leurs compétences et qualités propres sans que leurs différences signifient la domination d’un sexe sur l’autre.
* Le « livre blanc » des Etats Généraux de la Femme de ELLE a été réalisé en collaboration avec Terra Nova et avec la participation de Sciences Po.
Le groupe de Terra Nova qui a travaillé sur ce livre blanc était placé sous la responsabilité de Yolande Cohen (historienne et professeure à l’Université du Québec à Montréal)*. Karine Martin, consultante en stratégie et transformation et Céline Mas, entrepreneure, spécialiste en stratégies de communication ont été les rapporteures/co-rédactrices du présent document. En outre, les membres du groupe de travail sont : Valérie Aveline, DRH au sein d’une grande entreprise ; Armelle Le Bras-Chopard, professeure de sciences politiques à l'Université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines ; Virginie Martin, professeure chercheure à Euromed Management ; Mariette Sineau, directrice de recherche au CNRS et au Centre de Recherches Politiques de Sciences Po ; ainsi que Floran Augagneur, Terra Nova, et Olivier Ferrand, président de Terra Nova.
Nous tenons à remercier Sylvie Schweitzer pour son importante contribution aux débats du groupe et à la préparation de ce document, ainsi que les expertes consultées, Dominique Méda, Jeanne Fagnani et Françoise Thébaud en particulier. Ce texte n’engage aucunement leur responsabilité.
cf Etats généraux de Elle sur les femmes
24 propositions dont :
IV. Contre les stereotypes changer l education
IV- Changer les représentations et l'éducation, le nerf de la guerre
Quand sont analysées les causes de la persistance des discriminations, la question de l’éducation des garçons est toujours évoquée. Or, cette éducation est du ressort des familles, mais aussi de l’institution scolaire qui reste, malgré ses bonnes intentions, discriminante, voire sexiste. Il est urgent de sensibiliser les enseignants à la question du féminin / masculin pour qu’ils modifient leur pratiques pédagogiques et de faire évoluer le contenu des enseignements à tous les niveaux des établissements scolaires, pour les rendre moins différentialistes et plus ouverts à l’altérité.
A l’identique, les représentations données des femmes dans les médias, le plus souvent par simple héritage, perpétuent les stéréotypes et portent atteinte à leur crédibilité mais aussi à leur estime de soi. Après les batailles juridiques, politiques, ou professionnelles, le combat de l’image reste très largement à mener. Il est crucial pour faire changer les représentations en profondeur.
21. Pour changer les pratiques pédagogiques du personnel éducatif
La mixité de tous les niveaux des enseignements, classiques, techniques et professionnels a été installée en 1974. Et pourtant, des discriminations sexuées subsistent de la part des enseignant.e.s, discriminations sans doute résumables dans l’aphorisme : « les garçons comprennent ce que les filles apprennent ». Parallèlement et dès les premiers apprentissages scolaires, les filles sont reprises sur la propreté et les soins, quand les garçons le sont sur la discipline. Par ailleurs, on souligne l’investissement des filles dans les disciplines « féminines », la littérature ou les langues, quand, parallèlement, on exagère la domination masculine dans les domaines mathématiques et scientifiques. Malgré l’égalité constatée des compétences, la divergence des orientations, soutenue par le corps enseignant, triomphe.
Nous demandons que, dans le cadre de leurs formations initiales comme continues, les futur-e-s enseignant-e-s et conseiller-e-s d’orientation suivent obligatoirement des enseignements leur permettant de déjouer les pièges d’une organisation sociale nourrie de représentations qui assignent filles et garçons à des rôles entérinant la hiérarchie entre les femmes et les hommes.
Nous demandons que, tout particulièrement dans les lycées professionnels, les orientations des élèves cessent d’être stéréotypées, au motif qu’il y aurait des « métiers d’hommes » et des « métiers de femmes ». Tous les secteurs d’emploi doivent être envisagés d’un point de vue neutre et mixte, y compris par un volontarisme permettant de valoriser ces métiers si féminisés qu’il en sont socialement dévalorisés.
22. Pour intégrer la question de l’égalité entre les femmes et les hommes aux enseignements
Nous demandons que dans le cadre de l’enseignement de l’Histoire soit instauré un module concernant l’histoire des femmes (histoire des luttes politiques, histoire économique, artistique). Nous proposons également de rendre obligatoires, dans les cursus de formation des futur.e.s enseignant.e.s et responsables de l’orientation académique, des sessions de cours sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes ses composantes. Nous demandons enfin des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes dans les livres scolaires.
23. Pour une éducation aux relations entre les sexes
Les enseignements dispensés dans les établissements scolaires sur la sexualité, la procréation et la contraception sont cantonnés à deux heures annuelles en classes de 3e et de 4e, et au simple amalgame contraception, MST, sida, IVG, reproduction/prévention. Nous demandons leur extension à une véritable éducation aux relations entre les sexes : éducation sexuelle, mais aussi éducation au respect et à l’égalité.
24. Pour soutenir la création d’une mission d’observation et de suivi concernant les stéréotypes sur les femmes
Nous soutenons la pérennisation de la commission de l’image de la femme dans les médias et la création d’une mission d’observation et de suivi des stéréotypes féminins constituée de responsables des médias (proposition faite dans le rapport sur l’image de la femme dans les médias en 2008). Sur la base d’indicateurs de suivi et de rapports annuels issus des organismes publics (CSA…), elle devrait rendre compte, annuellement, des progrès réalisés.
En conclusion
Ces propositions ne doivent pas être lues comme une énième collection de vœux pieux mais bien comme des mesures concrètes pour changer les choses ici et maintenant et établir des rapports entre les sexes et entre les générations plus justes et plus équitables.
Nous voulons contribuer à l’édification d’une société plurielle où les femmes prennent leur place, et font valoir avec la même légitimité et liberté que les hommes leur vision et leurs choix; une société où femmes et hommes brisent les stéréotypes qui les enferment pour enfin vivre ensemble dans une reconnaissance réciproque de leurs compétences et qualités propres sans que leurs différences signifient la domination d’un sexe sur l’autre.
* Le « livre blanc » des Etats Généraux de la Femme de ELLE a été réalisé en collaboration avec Terra Nova et avec la participation de Sciences Po.
Le groupe de Terra Nova qui a travaillé sur ce livre blanc était placé sous la responsabilité de Yolande Cohen (historienne et professeure à l’Université du Québec à Montréal)*. Karine Martin, consultante en stratégie et transformation et Céline Mas, entrepreneure, spécialiste en stratégies de communication ont été les rapporteures/co-rédactrices du présent document. En outre, les membres du groupe de travail sont : Valérie Aveline, DRH au sein d’une grande entreprise ; Armelle Le Bras-Chopard, professeure de sciences politiques à l'Université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines ; Virginie Martin, professeure chercheure à Euromed Management ; Mariette Sineau, directrice de recherche au CNRS et au Centre de Recherches Politiques de Sciences Po ; ainsi que Floran Augagneur, Terra Nova, et Olivier Ferrand, président de Terra Nova.
Nous tenons à remercier Sylvie Schweitzer pour son importante contribution aux débats du groupe et à la préparation de ce document, ainsi que les expertes consultées, Dominique Méda, Jeanne Fagnani et Françoise Thébaud en particulier. Ce texte n’engage aucunement leur responsabilité.
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