mercredi 28 juillet 2010

Olympe de Gouge

Culture 29/07/2010 à 00h00
Amazone interdite

[EXCENTRIQUES] . «Libération» part à la rencontre des personnalités hors normes. Aujourd’hui : Olympe de Gouges, révolutionnaire qui a prôné la fin de l’esclavage, l’égalité homme-femme et qui a fini sur l’échafaud.



Par ANNE DIATKINE



Il y a peu de points qui remuent ou aient agité le débat politique ces dernières années auxquels Olympe de Gouges, née à Montauban le 7 mai 1748 et guillotinée le 3 novembre 1793, un mois après Marie-Antoinette, n’ait pas songé. Le Pacs ? Elle considérait le mariage «comme le tombeau de la confiance et de l’amour» et proposait de lui substituer «un contrat d’union de l’homme et de la femme» où le couple «durerait le temps de nos penchants» et qui incluait la possibilité de léguer sa fortune «en faveur de nos enfants et de ceux que nous pourrions avoir d’une inclination particulière». Les impôts ? Dès sa lettre aux peuples de 1788, un an avant la réunion des états généraux, elle concevait «le projet d’une caisse patriotique» où chaque citoyen verserait, selon ses moyens, «le tribut qu’il aurait bien voulu s’imposer, mettant son nom sur le registre, en bas de la somme qu’il aurait remise à la caisse publique». En verve, Olympe de Gouges ajoute que son système préserverait l’Etat de «toute malversation» et que cette transparence obligerait à se voir tous «dans le même miroir». Rappelons que sous l’Ancien Régime seul le tiers état était prélevé.

Dans un supplément à cette même lettre sur l’impôt patriotique, elle invente l’impôt sur la grande fortune selon les signes extérieurs de richesse : «On devrait créer un impôt sur le nombre de chevaux, de voitures, de chiffres, et d’armoiries.» Mais aussi sur «les bijoux des petites maîtresses» et leurs tenues ainsi que «sur la peinture et la sculpture car le peuple ne sait ni peindre, ni sculpter, ni décorer ses appartements». Et ajoute : «Plus un maître aurait de valets, plus son impôt serait fort.» Elle suggère également de «nationaliser» en quelque sorte les jeux et tous les théâtres. Il lui semble souhaitable que «les ministres donnent la preuve de leur activité et de leur exactitude car le gouvernement leur paye assez de commis pour cette correspondance», autrement dit, rendent des comptes. Elle conclut son vaste plan social, rédigé en décembre 1788, par la certitude que grâce à ces mesures, «la dette nationale» (ou déficit budgétaire) sera acquittée d’ici cinq ans. Elle est la première à donner l’exemple en donnant, l’année après son texte, le quart de son revenu annuel au bureau de l’Assemblée nationale.

Olympe de Gouges avait plus d’une idée par jour et elle la faisait connaître. Si elle a beaucoup été oubliée et que ses écrits politiques édités et préfacés par l’historien et biographe Olivier Blanc sont difficilement trouvables, elle a néanmoins traversé les siècles grâce à un texte : la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de septembre 1791 où elle démontre la nécessité d’une égalité totale entre les hommes et les femmes et l’impossibilité de légitimer l’oppression dont sont victimes les femmes. On y trouve cette phrase restée fameuse dans l’alinéa sur la liberté d’expression : «La femme a le droit de monter sur l’échafaud. Elle doit également avoir celui de monter à la tribune.» Laquelle femme devra quand même attendre 1945 avant d’obtenir le droit de vote.

Elle préfère faire jaser que de se marier

Paru deux ans après la Déclaration des droits de l’homme, son manifeste ne se contente pas d’en féminiser les termes. Olympe de Gouges y adjoint, un an avant la chute de la monarchie et alors que Louis XVI ratifie la Constitution inspirée de la Déclaration des droits de l’homme, une supplique à la reine. Fidèle à son habitude qui lui vaudra d’être décapitée, elle lui parle «franchement». Et n’hésite pas, avec une naïveté non feinte, à lui expliquer tout ce qu’elle gagnerait à être féministe et révolutionnaire. Olympe de Gouges lui explique : «La révolution ne s’opérera que quand toutes les femmes seront pénétrées de leur déplorable sort et des droits qu’elles ont perdus dans la société. Soutenez, Madame, une si belle cause ; défendez ce sexe malheureux, et vous aurez bientôt pour vous une moitié du royaume et le tiers au moins de l’autre.» En «postambule», elle harangue toutes les femmes à se «réveiller» et à reconnaître leurs droits. Olympe de Gouges écrivait tout le temps et réagissait à chaud à tous les événements de la période révolutionnaire, même si elle savait qu’elle risquait sa vie en énonçant ses convictions. Peu soucieuse de discrétion et de garder la «modestie» qu’exigeait son statut de femme, elle a tout fait au contraire pour afficher ses idées dans la rue. Dès qu’elle avait quelque chose à dire, elle courait chez l’imprimeur. Exaltée, elle note par exemple, peu de temps avant d’être exécutée : «J’arrive chez un imprimeur sans manuscrit, je dicte au compositeur, et je ne le quitte plus jusqu’à ce qu’il n’ait fait gémir la presse.» Elle s’y est d’ailleurs ruinée. Si bien qu’à lire ses écrits politiques, on a le sentiment d’être face à une blogueuse effrénée et alerte, la pensée toujours en chantier, apte à modifier son point de vue selon les faits du jour. Elle est une femme à sa fenêtre, une veuve célibataire, qui élève seule son fils, Pierre. Excentrique, elle ne l’est pas uniquement par son mode de vie et son esprit bouillonnant, mais aussi au sens propre, car, précise Dominique Godineau, historienne de la Révolution, elle refuse de s’adjoindre à un cercle et ne fait partie d’aucun club de femmes, qui pourtant se multiplient en cette période révolutionnaire. «Ce sont les féministes du XIXe siècle puis des années 70 qui vont en faire une figure emblématique. Mais, de fait, elle ne défend pas seulement les femmes, mais aussi les esclaves.» Son premier texte marquant est d’ailleurs une pièce anticolonialiste, Zamore et Mirza, écrite en 1785, injonction déguisée à abolir l’esclavage. Ce qui vaudra à son auteure une lettre de cachet.

Rien ne prédestinait Olympe de Gouges, née Marie Gouze, à devenir une femme de lettres, auteure dramatique reconnue - à l’époque, les femmes écrivaient à la rigueur des romans, mais n’abordaient pas ce genre haut de gamme - et témoin clé de la Révolution. Rien ne laissait imaginer que cette enfant, officiellement fille du boucher Pierre Gouze et d’Anne-Olympe, mais fille naturelle de Jean-Jacques Le Franc, marquis de Pompignan, un magistrat influent, déploierait une telle liberté d’esprit et indifférence au qu’en-dira-t-on.

Marie Gouze est autodidacte, elle n’appartient pas à la minorité qui envoie les filles faire des études (au couvent) et de son avis même, son instruction fut négligée. «On ne m’a rien appris. Elevée dans un pays où on ne parle pas le français [mais l’occitan, ndlr], je n’en connais pas les principes.» Si bien que ses contemporains, et par la suite les historiens, ne cesseront de railler ses lourdeurs de style et son orthographe approximative.

Opinion qui prospère jusqu’à la notice biographique de Wikipédia. Mais que la lecture de ses textes en 2010 relativise grandement : on accepterait volontiers d’écrire aussi mal avec un tel art de la rhétorique.

Marie Gouze est mariée très jeune à un jeune cuisinier qu’elle exècre, mais qui a le bon goût de mourir tout de suite alors qu’elle est enceinte de leur fils. Toute sa vie, elle refusera de porter le nom de son mari, et jeune mère, elle se dira très heureuse d’élever seule son enfant et refusera de se remarier, même avec l’homme avec qui elle aura une liaison jusqu’à la Révolution, Jacques Biétrix de Villars de Rozières, haut fonctionnaire au ministère de la Marine. Elle préfère faire jaser que de se marier, tant que les noces demeurent une aliénation pour les femmes, et le divorce, inaccessible. Gentiment, l’homme au très long patronyme s’arrangera cependant pour que son aimée puisse bénéficier d’une rente, devant notaire.

Comment cette petite-bourgeoise de Montauban devient-elle une figure littéraire reconnue à Paris ? L’historiographie masculine du XIXe siècle accusera sa «beauté» et laissera croire qu’elle fut courtisane, insinuations sans fondements, démontre son biographe Olivier Blanc. De fait, c’est l’écriture qui assure sa réputation. Car avant même la Révolution, celle qui a choisi de s’appeler Olympe, en hommage à sa mère et à la connotation céleste du prénom, et de Gouges, en déformation de son nom de famille qui indique un lieu, s’est forgée une petite réputation d’auteure dramatique. Elle achète même un théâtre dans les années 1780, qu’elle revend, car trop onéreux. Si elle réussit à faire inscrire sa pièce anti-esclavagiste au répertoire de la Comédie-Française - le théâtre en est dès lors propriétaire et elle ne peut plus être jouée ailleurs -, elle se brouille avec les comédiens du Français qui refusent de la représenter, cédant aux pressions des colons qui louent des loges à l’année. Elle évite ainsi une première fois de justesse un séjour à la Bastille, pour délit d’opinion.

Refus de la moindre effusion de sang

Son premier écrit politique fait la une du Journal général de la France, le 6 novembre 1788. Dès lors, elle se montre particulièrement prolixe, n’hésitant jamais à mettre sa vie en jeu, ou inconsciente du danger. Girondine, elle vitupère par exemple Robespierre en 1792, dans une lettre ouverte : «Tu te dis l’unique auteur de la Révolution, tu n’en fus, tu n’en es, tu n’en seras éternellement que l’opprobre et l’exécration […] Ton souffle méphétise l’air pur que nous respirons actuellement. […] Le peuple français, devenu républicain, ne deviendra pas un peuple d’assassins […] Crois-moi, Robespierre, fuis le grand jour, il n’est pas fait pour toi. Imite Marat, ton digne collègue, rentre avec lui dans son infâme repaire. Le ciel et les hommes sont d’accord pour vous anéantir tous les deux.» Olympe de Gouges, révolutionnaire, se refusait à la moindre effusion de sang. Le 16 décembre 1792, elle s’affiche comme «une franche et loyale républicaine sans tache et sans reproche» et a l’idée saugrenue de plaider sa cause comme défenseure officieuse de Louis Capet !

Plus la Révolution se radicalise, plus elle affirme des positions en faveur d’une monarchie constitutionnelle. «Nous avons aboli la royauté. Peuple, trône, il a tout perdu. Soyons assez grands pour lui laisser la vie.» Un mois plus tard, elle change d’argument. Oui, Louis XVI est coupable et mérite «mille morts». Mais «cette tête coupable une fois tombée ne nous est plus d’aucune utilité».

La dernière excentricité d’Olympe de Gouges est d’être opposée à la peine de mort, en cette époque où l’échafaud fonctionne à temps plein. La sienne roulera, en dépit qu’elle ait prétendu se savoir enceinte «par des signes objectifs», mensonge fréquent chez les femmes incarcérées, car il fallait que le bébé soit né pour tuer sa mère, afin de ne pas supprimer un «innocent». De quoi est-elle coupable ? De sa liberté d’expression, fut-elle aussi confuse que l’époque, puisque Olympe de Gouges se dit à la fois révolutionnaire, républicaine, et prône une monarchie constitutionnelle. Le texte qui lui vaudra d’avoir la tête coupée commence ainsi : «Je me nomme Toxicodindronn ; je suis du pays des fous : j’arrive du Monomotapa. J’ai parcouru les quatre parties du Monde plus en rêve qu’en réalité, car notre vie n’est qu’un songe.» C’est une utopie où elle invite la Convention à organiser un vote où les citoyens (et citoyennes !) choisiront entre trois types de gouvernance : un gouvernement fédératif, un gouvernement républicain un et indivisible, et un gouvernement monarchique.

La dernière volonté d’Olympe de Gouges sera de prendre un bain et sa dernière dénonciation, l’absence d’hygiène dans les prisons, se montrant actuelle dans ses revendications jusqu’au bout. Sa tête roulera après qu’elle a cité l’article 7 de la Constitution : «La liberté des opinions est le bien le plus précieux de l’homme.»

Bibliographie : «Marie-Olympe de Gouges, une humaniste à la fin du XVIIIe siècle», par Olivier Blanc, éd. René Vienet. «Ecrits politiques» tomes I et II, Côté-Femmes Editions.

lundi 5 juillet 2010

Avorter en Espagne devient un droit

Avorter en Espagne devient un droit
LEMONDE.FR | 05.07.10 | 14h15 • Mis à jour le 05.07.10 | 14h43

Les Espagnoles peuvent désormais avorter librement. Une loi, qui entre en vigueur lundi 5 juillet, autorise les interruptions de grossesse à 14 semaines sans justification, et jusqu'à 22 semaines s'il existe un risque pour la santé de la mère ou si le fœtus présente des malformations.

Jusqu'à présent, la loi n'autorisait l'avortement qu'en cas de viol (12 semaines), de malformations du fœtus (22 semaines) ou de "danger pour la santé physique ou psychologique de la mère" (sans limitation de temps). L'immense majorité des avortements réalisés en Espagne étaient pratiqués pour "risque psychologique". Un entretien avec un spécialiste était dans ce cas nécessaire pour avorter. Selon les médias espagnols, certains médecins auraient accepté de faire passer des patientes pour "fragiles psychologiquement" afin de les laisser interrompre leur grossesse, parfois contre rémunération. Quelque 115 000 avortements ont eu lieu en Espagne en 2008, selon le ministère de la santé espagnol.
Sur le même sujet
Manifestation contre l'avortement à Madrid (Espagne), le 29 mars 2009.
Les faits L'opposition espagnole hostile au projet de loi sur l'avortement

Le texte doit entrer au vigueur ce lundi, mais le le Tribunal constitutionnel a accepté d'examiner le recours soumis par l'opposition de droite, le Parti populaire. Le PP estime que le droit à l'avortement est inconstitutionnel, violant un article selon lequel "chacun a le droit de vivre". Le gouvernement espagnol, lui, semble confiant quant à la viabilité juridique de son texte. La ministre de l'égalité, Bibiano Aido, a affirmé qu'elle n'avait "aucun doute" sur le fait que la loi était "tout à fait constitutionnelle".

L'ESPAGNE EN RETARD SUR LES AUTRES PAYS EUROPÉENS

La plupart des pays européens permettent aux femmes d'avorter sans restrictions dans un délai qui varie entre 12 et 14 semaines de grossesse. En Grande-Bretagne, le délai est de 24 semaines, en Finlande il est de 20 semaines pour les mineures. L'Union européenne n'est pas compétente pour légiférer sur le droit à l'avortement dans les Etats membres ; mais dans une résolution de juillet 2002, elle recommande de le légaliser.

L'avortement reste illégal dans quatre pays de l'Union : l'Irlande, la Pologne, Malte et Chypre. En Pologne, à Malte et à Chypre, si la femme a été victime de viol ou risque de mourir en amenant à terme sa grossesse, elle peut bénéficier d'un avortement thérapeutique.

En Irlande, seul le danger de mort de la mère peut provoquer une interruption légale de la grossesse. Le principe du "droit à la vie de l'enfant non né" est inscrit dans la Constitution irlandaise depuis 1983. Selon le ministère de la santé britannique, environ 5 000 irlandaises iraient chaque année en Angleterre pratiquer une interruption volontaire de grossesse. La justice irlandaise autorise les femmes à aller avorter à l'étranger sans être passibles de poursuite.

UN DROIT FRAGILE EN FRANCE

En France, l'IVG est un droit depuis la loi Veil promulguée en janvier 1975. Mais les associations de défense de l'avortement s'inquiètent régulièrement : ce droit serait mis en péril par les difficultés à obtenir une prise en charge médicale. Selon la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception (Cadac), plus d'une centaine de centres qui pratiquaient des IVG ont fermé leurs portes depuis 2000.

Les avortements chirurgicaux, peu rentables, font parfois perdre de l'argent aux établissements de santé. Pour garantir le droit à l'avortement, la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, a annoncé le 8 mars une revalorisation du forfait IVG : il en coûtera pour cet acte 625 euros au lieu de 300 euros.
Judith Duportail

dimanche 4 juillet 2010

Royal, Aubry et l’argent des ministres

Désintox
Politiques 03/07/2010 à 00h00
Royal, Aubry et l’argent des ministres

360 réactions

Par CÉDRIC MATHIOT
Martine Aubry et Ségolène Royal en 2009

«Nous, nous avions à peu près le tiers, et ça allait bien»

Martine Aubry, le 13 juin, dénonçant l'actuelle rémunération des ministres

«Depuis que Nicolas Sarkozy est élu, les ministres ont vu leur salaire augmenter de 150%»

Ségolène Royal, le 13 juin

INTOX

Le «cas Boutin» a offert un boulevard aux socialistes. Prise en flagrant délit de cumul de sa retraite de parlementaire et d’une coquette rémunération pour une mission sur la mondialisation, l’ex-ministre du Logement a poussé le gouvernement à agir en urgence. François Fillon a demandé aux membres du gouvernement retraités du parlement de mettre un terme au cumul des rémunérations. Pas de quoi calmer le PS, qui souhaite pousser son avantage. Dimanche 13 juin, Martine Aubry avait profité de son invitation sur France 5 pour dénoncer les salaires des ministres (14 000 euros brut) et suggérer un plafonnement de leur rémunération. A la question posée par Nicolas Demorand : «Est-ce trop, 14 000 euros brut pour un ministre ?», Martine Aubry répond : «Ecoutez, nous, nous avions je crois à peu près le tiers, et ça allait bien. Entre le tiers et 40, 45% selon les ministres». Le même jour, Ségolène Royal, invitée sur Canal +, joue la même corde : «Quand Nicolas Sarkozy est arrivé avec François Fillon, ils ont augmenté leur salaire de 150%, ils ont augmenté les salaires des ministres de 150%, et ils ont laissé croire qu’en compensation, il n’y aurait aucun cumul possible.»

DESINTOX

C’est suffisamment rare pour être souligné. Les deux dames fortes du PS chantent pour une fois de concert, sur l’air du «trop payés». Hélas, c’est avec les chiffres qu’elles sont fâchées. Commençons par Aubry, dont la mémoire flanche visiblement. Quand elle déclare «nous avions un tiers [de la rémunération actuelle des ministres, ndlr]», elle désigne probablement le gouvernement Jospin auquel elle a appartenu. Sauf qu’en 2001, la rémunération de base d’un ministre était de 7 600 euros brut par mois. Une somme qui représente bien plus d’un tiers des 14 000 euros brut que touchent aujourd’hui les ministres. Mais surtout, Aubry oublie qu’à l’époque, les ministres ne se contentaient pas seulement de cette rémunération de façade.

C’est en 2002, sous le gouvernement Raffarin, que les ministres voient leur salaire revalorisé : de 7 809 euros, il est porté à 13 300 euros brut. Cette hausse conséquente succède à la suppression des fonds spéciaux, décidée par Lionel Jospin en 2001. Ces enveloppes servaient aux ministres à rémunérer leurs collaborateurs, mais aussi à augmenter leur propre traitement de base, dans la plus grande opacité. C’est pour compenser le «manque à gagner» que l’augmentation a été décidée. Au final, en tenant compte des fonds spéciaux, l’écart entre les rémunérations de l’ère Jospin et celles d’aujourd’hui est donc bien moindre que ce qu’Aubry affirme.

Mais si la première secrétaire du PS exagère, Ségolène Royal, elle, déraille complètement. Contrairement à ce qu’elle assure, Sarkozy et Fillon n’ont nullement décidé une hausse de 150% du salaire des ministres. Depuis mai 2007, celui-ci a seulement progressé au rythme de la hausse du point d’indice de la fonction publique, soit une grosse centaine d’euros. En fait, Royal confond les émoluments des ministres avec ceux du président de la République, qui avaient effectivement été augmentés en mai 2007 de quelque 200%. Ce n’est pas la première fois que Royal dérape sur le sujet. En février 2009, au moment de la crise sociale en Guadeloupe, elle avait dénoncé l’absence sur le terrain du secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer Yves Jégo. «Le rôle du gouvernement, c’est d’être là. Les ministres sont payés pour ça, ils sont même grassement payés pour ça», avait-elle lancé, avant d’évoquer, déjà, cette augmentation des salaires ministériels : «Je vous rappelle que depuis que Nicolas Sarkozy est élu, les ministres ont vu leur salaire augmenter de 150%».


Voici un extrait des derniers commentaires: un flot d'insultes et de haine quel'on ne trouverait pas ailleurs pour des erreurs faites par des hommes ... gourdes, cruches, potiches etc... incroyable misogynie...


kockkock (139)
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voilà pourquoi
le petit peuple n'y comprend plus rien et met tout le monde dans le même panier de crabes(qui se bouffent entre eux c'est bien connu)!Et qu'on ne nous ressorte pas le Roi François comme le parangon de l'honnêteté!
Lundi 05 juillet à 07h53

pipolopipolo (79)
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du grain a moudre
bravo libe toujours le meme
Lundi 05 juillet à 05h32

allez_les_boeufsallez_les_boeufs (158)
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mieux qu'en foot !!!
si il y avait le championnat du monde des cruches et des potiches, on aurait les deux finalistes !!!
Lundi 05 juillet à 03h12

arcascroniferarcascronifer (331)
Inscrit Libé +Suivre cet internaute | Profil
Merci Libé !
D'avoir taclé un peu les madones du PS pour faire bonne mesure... Et surtout d'avoir ouvert un espace pour que les sarkozystes désormais aigris, devenus très discrets sur les autres articles, puissent se défouler et détourner la conversation ! C'est charitable,…
Lundi 05 juillet à 02h56

samedi 3 juillet 2010

Monsieur n'aime pas la Barbe

Chronique d'abonnés
La barbe
chronique : La barbe
par Aurélien Péréol, Enseignant
01.07.10

Le 3 juin, une conférence-débat à la Sorbonne fut interrompue, un petit groupe de femmes munies de fausses barbes. Elles lurent un texte, assez mal, je n'y compris rien, le distribuèrent au public et disparurent.

Le papier qu'elles ont distribué contient deux textes : un texte général sur leur groupe et un texte circonstancié à la conférence-débat. Elles veulent donc « remettre le féminisme en selle ». Elles veulent « partir à la conquête des territoires du pouvoir, sous toutes ces formes ». Si elles veulent atteindre ces buts, elles peuvent multiplier ce type d'action, si on peut appeler cela une action, autant de fois qu'elles veulent, cela n'avancera pas d'un pouce.
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Elles sont effarées, excédées, effrayées... etc. par la domination masculine... « Partout où les femmes se sentiront écrasées par la domination », il faut qu'elles surgissent avec de fausses barbes.

Les hommes se sentiraient, eux, « en terrain conquis ». Il faut leur dire « que les femmes veulent en être » et pour cela « jouer le jeu de la masculinité », « arborer les attributs du pouvoir ».

La barbe est apparemment pour elles un attribut du pouvoir !

Que feront les femmes du pouvoir ? On le verra. Pour l'instant, le mot d'ordre est de le prendre !

Au recto, le texte daté et circonstancié s'intitule « Quiris et Futura » présente les organisateurs de la conférence. Puis leur prête des intentions sous forme de questions fermées : « sied-il aux femmes de réfléchir?... Savent-elles seulement ce que démocratie numérique signifie?... »

Nulle part, elles n'écrivent le nom des femmes qui pourraient être à la tribune et qui n'y sont pas. Ni ce qu'elles y diraient, puisqu'elles présentent la conquête du pouvoir comme un combat sans autre but que le pouvoir lui-même.

« En nous proposant de réfléchir entre vous, vous nous obligeriez, messieurs. » Il faut analyser l’« entre ». Ce n'est ni « avec vous » ni « parmi vous ».

Aucun de ces hommes à la tribune n'a pensé qu'il ne seyait pas aux femmes de réfléchir. Ils n'ont jamais rien dit ou écrit qui permet une telle assertion. De même qu'aucun ne porte la barbe.

Ces femmes qui se plaignent qu'aucune femme ne soit à la tribune ne se soucient en aucune façon de s'y mettre elles-mêmes. Quand la salle aura la parole, aucune de ces femmes ne sera encore présente pour s'exprimer sur le sujet.

Cette manifestation n'est pas du tout dans le réel. Elle n'est que dans le symbolique. Elle prête des intentions à des gens, intentions mauvaises, il va de soi, pour leur faire honte et ne vise rien d'autre. Elle dit : « Regardez comme nous, les femmes, ne sommes pas considérées, voyez où sont ceux qui font le mal, condamnez-lez (moralement) avec nous... » Elle ne vise en aucune façon à résoudre le problème qu'elle pose (une inégalité de pouvoir entre hommes et femmes).

Envoi : Puisque vous vous imaginez que les hommes souhaitent réfléchir entre hommes (et sans femmes) et organisent de le faire (subtilement, par des barrières invisibles dont ils sont seuls coupables et responsables) je vous renvoie votre image, en espérant que vous ne trouverez pas que c'est dire du mal de vous : vous nous obligeriez, mesdames, à venir réfléchir avec nous (puisque vous voyez ce « nous »).

messages:




c'est quand même étonnant le nombre de tribunes, comités, débats etc où on n'a pas du tout pensé à inviter une femme! Imaginez un pays composé à 50% de noirs (ou de jaunes) et dont la représentation de la réflexion serait TOUJOURS tenue par des blancs (ou le contraire). je suis toujours étonnée de le constater et à contrario cela ne dérange à peu près personne. Prendre conscience de cela, ce serait déjà un progrès.
Sorbonne
03.07.10 | 21h28

Peut-on savoir sur quoi portait la conférence-débat et pourquoi aucun conférencier n'était une conférencière ? Quitte à dire les choses, autant préciser le contexte, non ?
Corinne B.
03.07.10 | 19h38

"Aucun de ces hommes à la tribune n'a pensé qu'il ne seyait pas aux femmes de réfléchir" Certes, mais donc il n'y avait pas de femmes à la tribunes de cette conférence-débat? Vous êtes vous demandés pourquoi? Leur aurait-on refusé les accès au savoir au cours d'une éducation et d'une orientation vers des métiers + "féminins"?

Le thème de la conférence: "Institutions, société civile, monde virtuel: les nouvelles formes de la démocratie". A Corinne B: Ce serait un problème d'éducation, pourtant 2/3 d'enseignantes ! Si vous êtes féministes, demandez la parité à l'éducation nationale. Et notamment dans les écoles dites "maternelles". Ces enfants n'ont pas de pères ? http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/hemiplegie-du-regard-politique-73177 Je dis surtout que cette manifestation ne mange pas de pain.
Médée
03.07.10 | 21h34

J'ai ajouté:


karine DORVAUX
04.07.10 | 08h33

L'école et sa féminisation certes mais soyons précis: plus on avance dans l'enseignement secondaire et universitaire, moins elles sont nombreuses (aussi le "plafond de verre" s'y retrouve). Quand l'orientation des adolescent-e-s se fait-elle ? Ce n'est pas en maternelle mais au secondaire. Ce plafond de verre psychologique s'installe, certes, tout au long de ce parcours et dès la naissance. Que l'on cesse alors de dire "ce n'est pas pour une fille" ou d'évoquer des capacités dites naturelles!
karine DORVAUX
04.07.10 | 08h25

L'"éducation" ne concerne pas que l'enseignement mais aussi les familles -à savoir la société et les représentations stéréotypées sur les sexes qui sont transmises, notamment sur les métiers "féminins" et "masculins". L'école a en effet un rôle: enseignants comme enseignantes doivent réfléchir à ce qu'ils/elles transmettent (de manière parfois inconsciente) comme clichés. Des colloques ont eu lieu récemment (Lyon en juin) et prochainement à Toulouse en novembre, par exemple... A SUIVRE.

Les archives de la police sous Vichy seront numérisées et mises en ligne

Les archives de la police sous Vichy seront numérisées et mises en ligne
LEMONDE.FR | 02.07.10 | 15h50 • Mis à jour le 02.07.10 | 20h32


Guy Môquet, jeune résistant communiste, a été arrêté le 13 octobre 1940 par des inspecteurs de la brigade spéciale.
AFP/FRED TANNEAU
Guy Môquet, jeune résistant communiste, a été arrêté le 13 octobre 1940 par des inspecteurs de la brigade spéciale.

C'est un travail qui devrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années : d'ici six ans, les archives de l'Occupation conservées à la préfecture de police de Paris seront numérisées, mises en ligne et librement consultables par le grand public.

Ce fonds est à la fois très complet et parcellaire dans la vision qu'il donne de la France de Vichy. Quelque cent trente cartons "pleins à ras bord" de documents rapportent l'activité des brigades spéciales de police, créées dans le sillage d'un décret de septembre 1939 portant dissolution du Parti communiste français, explique Françoise Gicquel, commissaire divisionnaire et responsable de la section archives de la préfecture de police.
Sur le même sujet
Blog La police sous l'occupation allemande
Compte rendu Quand Jean-Marie Le Pen défend Vichy et le maréchal Pétain
Portfolio A Vichy, le grand rabbin de France rend hommage aux Justes

"A cette époque, un mois après le pacte germano-soviétique, nous sommes encore sous la Troisième République", rappelle Mme Gicquel. A son arrivée au pouvoir, en 1940, le maréchal Pétain, anticommuniste fervent, va mettre les brigades à contribution pour éradiquer l'ennemi "communo-terroriste", selon la terminologie de l'époque.

EFFICACITÉ REMARQUABLE

"Même si les brigades spéciales ont eu un rôle 'à la marge', leurs archives permettent d'en apprendre énormément sur les méthodes de fonctionnement de cette institution", confirme Henri Rousso, historien et directeur de recherche à l'Institut du temps présent (CNRS). Composées de rapports de filatures, de rapports de perquisitions ou encore de transcriptions d'interrogatoires, ces archives témoignent d'une efficacité redoutable dans le démantèlement des réseaux communistes et gaullistes. "Après leur arrestation, les résistants étaient interrogés, souvent torturés puis livrés à la police allemande, qui les conduisaient au mont Valérien, où ils étaient le plus souvent fusillés", explique Françoise Gicquel.

Longtemps considérées comme sulfureuses, les archives policières présentent un formidable intérêt pour la recherche historique. "Elles fournissent notamment des informations sur des catégories sociales dont on ne connaît la vie que parce qu'elles ont eu affaire à la police", assure Henri Rousso. "Comment questionner l'Etat, surtout dans une démocratie, sans questionner sa police ?" ajoute Jean-Marc Berlière, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne (Dijon) et premier historien français à s'être penché sur le rôle de la police sous l'Occupation, au début des années 1980. L'historien s'est vite rendu compte que la police connaissait mal sa propre histoire, et qu'en interrogeant son fonctionnement, "on découvrait non seulement ses méthodes, mais aussi ses failles, ses faiblesses".

Le principal enseignement de ce fonds, selon les historiens, reste la nécessité de réfuter tout manichéisme. "Des gens souffraient de devoir faire ce travail, avertit Jean-Marc Berlière, mais ils souffraient quand ils pouvaient... Ce qui a naturellement suscité l'incompréhension des victimes à la Libération."

ÉTHIQUE ET MÉTHODE

Ces archives sont donc "précieuses et fragiles, d'autant plus qu'elles contiennent beaucoup de photographies, ajoute Françoise Gicquel. La numérisation permettra en outre de stopper la manipulation des documents." Au terme du délai légal dit "de sérénité", qui est de soixante-quinze ans, ces archives seront mises en ligne, à la disposition du public. Ce qui n'est pas sans susciter interrogations et réserves du côté des historiens.

"Je suis assez partagé, avoue Jean-Marc Berlière. Je pense qu'il est important d'ouvrir les placards, mais on n'entre pas dans les archives de la police comme au pays des Merveilles. Un vrai travail d'historien s'impose." Un travail qui exige selon lui deux qualités : l'éthique et la méthode. "Ces archives sont complexes, il faut apprendre à les lire. Cela dit, je me suis tellement heurté à des problèmes d'accès au début de ma carrière que je préfère voir le verre à moitié plein qu'à moitié vide."

Henri Rousso met lui aussi en garde contre d'éventuelles dérives. "La mise en ligne des fonds d'archives pose la question de l'utilisation d'Internet pour écrire l'histoire", souligne-t-il. "La presse a beaucoup glosé sur les noms de collaborateurs et de résistants mentionnés dans ces archives. Pour les descendants de victimes, ça n'est pas trop grave, mais pour les dénonciateurs, c'est plus délicat." La libre consultation défie ainsi le respect de la vie privée et le droit à l'oubli.

Même si l'historien reconnaît que "le bénéfice entraîné par l'ouverture des fonds est infiniment plus grand que ses inconvénients", il estime judicieux de s'interroger sur l'accès du public à ce type de document, peut-être par le biais d'un "espace filtré". "Ceci est un autre débat, conclut-il, mais il concerne tous les fonds d'archives consultables sur le Web."

Pour en savoir plus :

- Denis Peschanski, "La Confrontation radicale. Résistants communistes parisiens vs brigades spéciales", in Les Résistances, miroir des régimes d'oppression. Allemagne, France, Italie, François Marcot et Didier Musiedlak (dir.), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, série Historiques, 2006.

- Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski (dir.), Pouvoirs et polices au XXe siècle (Europe, USA, Japon), Bruxelles, Complexe, 1997.

- Jean-Marc Berlière, Les Policiers français sous l'Occupation, Paris, Perrin, 2001.
Audrey Fournier

L'ONU crée une superstructure dédiée à la condition féminine

L'ONU crée une superstructure dédiée à la condition féminine
LEMONDE.FR avec AFP | 02.07.10 | 23h00 • Mis à jour le 02.07.10 | 23h01


L'ONU s'est dotée vendredi 2 juillet d'une nouvelle structure disposant de forts pouvoirs, chargée d'accélérer l'amélioration de la condition des femmes dans le monde. L'Assemblée générale, où siègent les 192 Etats membres des Nations unies, a adopté à l'unanimité une résolution portant création de cette "Entité de l'ONU pour l'égalité de genre et l'autonomisation des femmes" ou, pour faire plus court, "ONU Femmes".

Cette création est le résultat de longues négociations entre Etats membres et de l'action des groupes militant pour la cause des femmes à travers le monde. Elle s'inscrit dans la réforme globale de l'ONU entamée en 2005, dont l'un des volets est de donner plus de cohérence à ses nombreux organes. L'Assemblée avait accepté en septembre dernier le principe de la création de cette entité et avait chargé le secrétariat de l'ONU d'en étudier les modalités pratiques, notamment budgétaires, avant d'approuver formellement sa création.

La nouvelle structure sera dirigée par une personne ayant grade de secrétaire général adjoint, sous l'autorité directe du chef de l'ONU, Ban Ki-moon, qui a exprimé sa gratitude aux Etats membres. Selon lui, ONU Femmes "stimulera efficacement les efforts de l'ONU pour promouvoir l'égalité des sexes, donner aux femmes davantage de chances dans la vie et s'attaquer aux discriminations à travers le monde".

Elle rassemblera sous sa coupe les activités de plusieurs organes de promotion des droits des femmes. Ainsi la Division pour l'avancement des femmes (DAW), fondée en 1946, l'Institut international de recherche et de formation pour l'avancement des femmes (Instraw, 1976), le Fonds de développement des Nations unies pour les femmes (Unifem, 1976) et le Bureau du conseiller spécial pour les questions de genre et l'avancement des femmes (Osagi, 1997) seront fusionnés dans la nouvelle entité.

mercredi 30 juin 2010

Mon porno m’appartient

Mon porno m’appartient

PORTRAIT. Mia EnGberg. Cette documentariste suédoise produit un film X fait par les femmes qui veut rompre avec les stéréotypes sexuels.

Fin de l’idée balançoire qui voudrait que les hommes soient des cochons et les femmes de pauvres petits cornichons, tout juste bons à pleurer l’amour perdu, en essorant leurs larmes au torchon de cuisine. Fin du porno macho-bimbo et début du porno queer et féministe.
Mia Engberg est une documentariste suédoise. Elle vient de produire Dirty Diaries, douze courts métrages réalisés par des femmes. Celles-ci se saisissent de la pornographie comme d’un genre qui n’en aurait pas, comme d’un genre qui n’en ferait pas. Le résultat est expérimental et inégal, bancal ou génial. En tout cas, les approches restent sexuées et distinctes. Ce qui n’empêche pas Mia Engberg d’affirmer : «Il faut sortir des stéréotypes du masculin et du féminin. Dans le porno comme dans la vie, les hommes peuvent être tendres et les femmes, agressives. En fait, je me bats contre les concepts d’homme et de femme.»
Subventionné a minima (50 000 euros) par l’Etat suédois, ce film a déjà fait jaser Stockholm où les conservateurs se sont émus de ce «détournement» de fonds publics. En France, les bandes annonces sexplicites de ce film interdit aux moins de 18 ans irritent la chroniqueuse du journal le Monde qui, en mère de famille responsable, se demande comment en parler à ses jeunes fils, qui se prennent le truc franco de port, entre deux eskimos. Interrogation possible, si ce n’est légitime, qui s’exerce différemment à l’égard du moindre film d’action. Eventrer, éviscérer, énucléer semblent moins perturber les parents Bisounours des chères têtes blondes que la représentation de l’acte sexuel. En images, il est désormais plus grave de baiser que de tuer. Comprenne qui pourra.
C’est avec réticence que Mia Engberg aborde la partie défense et illustration de son travail. Habillée très fille ce jour-là, cette rétive au maquillage, qui s’est longtemps coiffée d’une casquette de Gavroche, se décrit plus à l’aise dans l’action que dans l’argumentation. Et dit : «Je manque de répartie dans les débats. Ça me rend timide de devoir argumenter. Je n’ai pas fait d’études académiques, cela vient peut-être de là.» Histoire de la taquiner, on la suspecterait volontiers de sombrer dans une sous-estimation féminine traditionnelle.
Elle a 18 ans, consent à passer son bac puis s’empresse d’échapper à un milieu familial de travailleurs sociaux éclairés et compréhensifs. La voilà «activiste, anarchiste, autonome». Et aussi «antifasciste, anticapitaliste, antiporno». Elle court de squat en squat, de Berlin à Paris, via New York. Il s’agit alors de «changer le monde et de ne surtout pas faire de l’art». Elle évoque avec nostalgie cette «vie sauvage» qui l’aurait «sauvée». Remontant à la génération de ses grands-parents, elle revendique une filiation populaire, ouvrière, celle d’un marin de Gotland, l’île d’Ingmar Bergman, ou d’un mécanicien alcoolique du port de Stockholm. Et elle balaie les atermoiements de la classe moyenne à laquelle appartiennent ses parents.
Elle aligne dans le viseur deux références trop proches pour ne pas se retrouver collées au mur : le réalisateur de Scènes de la vie conjugale, «pesant patriarche suédois qui ne représentait les femmes que belles et souffrantes» et Olof Palme, «symbole de la sociale démocratie, devenue la seule religion du pays». Désormais, elle vote «le plus à gauche possible». Mais s’avoue «moins certaine d’être capable de faire la révolution». Et elle prendrait presque des accents à la Jean Gabin, accent des faubourgs revisité 9-3, quand elle brode sur le thème : «Je sais qu’on ne sait jamais.»
Petite, elle jouait du piano, reconnaissante au modèle suédois de favoriser l’éducation musicale, insistant encore et toujours pour se déprendre de la tradition bourgeoise. Jeune adulte, elle monte un groupe de ska «féministe et gauchiste». Le nom choisi est tout un programme, tout un poème. Mesdames et messieurs, et vous aussi les transgenres, veuillez accueillir comme il se doit les «Vagina Grande». En vous réjouissant d’avoir échappé au vagin denté…
Sur scène, elle tient la basse, porte un pantalon à carreaux rouges et noirs à la Madness, et fait le signe victorieux du MLF réactivé. Depuis, la chanteuse est devenue une «actrice connue». La saxophoniste est «ministre dans le shadow cabinet» du Front de gauche local. Mia Engberg, elle, écoute du reggae, du gospel et admet apprécier Bach et la musique sacrée. Quant au père de ses deux enfants, 10 et 4 ans, il réalise des musiques de film.
Livre et ciné mêlés, elle aime Marguerite Duras. Et aussi Beau travail de Claire Denis, sans oublier les dispositifs nombrilistes de Sophie Calle. Toujours des réflexions sur le corps sexué, le désir incorrect, la frustration contournée. Sa francophilie s’est affirmée lors de ses études à Paris, aux ateliers Varan, qui forment des documentaristes avides de «filmer le réel». Depuis quinze ans, Mia Engberg a acquis renom et légitimité à travers ses enquêtes sur le sida, les cités, New York, les apprentis stars.
Elle se souvient vaguement avoir visionné sa première vidéo X à 15 ans, sans avoir ressenti grand-chose. «Les garçons ricanaient, gênés, buvaient de la bière pour que ça passe mieux. Pour une fille, c’était encore honteux d’assister à un tel spectacle. Les stéréotypes archaïques et destructeurs étaient bien en place.» C’est à la BD qu’elle doit sa première émotion sexuelle. Sa scène originelle, deux filles sous l’eau «qui se touchent», deviendra sa séquence originale. Et Selma et Sofie sera son premier court «porno féministe» et la matrice de Dirty Diaries. Avec une franchise réjouissante et un tutoiement qui la libère des préciosités de la langue française, elle raconte avoir «essayé filles et garçons». Et, elle évoque les difficultés de la vie commune avec la même facilité. Cette athée mixe un souci de transparence assez protestant et une modernité qui se passe de mariage, mais ne verse pas «dans les polyamours ou les constellations neuves». Elle dit : «La sincérité dans un couple est déterminante. Il est hypocrite de faire semblant de ne pas avoir envie de quelqu’un d’autre. Il faut inventer sa liberté, ensemble.»
Evidemment, elle s’oppose au féminisme puritain. Bien sûr, elle pense qu’il faut éviter de marginaliser les prostituées. Mais, elle concède : «Je n’aimerais pas que ma fille devienne une putain.» Et elle ne s’interdit pas de criminaliser les clients. Démontrant par là qu’il lui reste quelques efforts à accomplir pour arriver à la cheville de Marcela Iacub.
Dans les pays latins, ça continue à la «choquer» qu’on la siffle dans la rue. Elle préfère le côté entreprenant des filles de Scandinavie qui, «en amazones», branchent assez facilement qui leur plaît et n’ose plus risquer une œillade. Au risque que l’éducation féministe provoque des renversements serpentins.
Bientôt, elle débute le tournage de sa première fiction. Titre : le Manque. «Il s’agit de l’histoire d’un amour perdu, de ce qu’on ressent quand l’être aimé disparaît.» Aucune scène X n’est prévue au scénario.
En 6 dates
1970
Naissance à Stockholm. 1993-94
Ateliers Varan à Paris. 1994-97
Institut dramatique à Stockholm. 2005
Selma et Sofie. 2007
Come together. 30 juin 2010
Sortie française de Dirty Diaries.


Par Luc Le Vaillant Photo édouard caupeil.myop